Buffy et Daria, ou le 90’s Teen Spirit

 

 

Buffy et Daria fêtent les 20 ans de leurs premières diffusions à la télé, et mon adolescence aussi…

En tant que 1984 represent, ces deux séries ont réellement chamboulé mon adolescence, et sont devenues au fil du temps des figures refuges, des soutiens imaginaires. Quand la pression sociale du collège et du lycée devenait trop forte, il était fort rassurant de trouver à la télé des modèles de filles sensiblement du même âge et traversant les mêmes problèmes, qu’ils soient d’ordre amoureux, familiaux ou dans le rapport aux autres condisciples.

BUFFY DARIA 20 ANS

 

Daria a probablement été la première, découverte un été en vacances chez mon grand-père tellement cool qu’il avait une parabole qui nous permettait de passer des aprem entiers devant MTV et Canal. J’étais alors un simple collégienne en pleine découverte du grunge, perdue entre les garçons nourris au hip hop et les filles rendues hystériques par la déferlante boys bands qui me percevaient comme une weirdo fan d’un gars s’étant tiré une balle dans la bouche. Et d’un coup, un dessin animé mature diffusé sur LA chaîne cool par excellence mettait en scène un personnage féminin traversant la même crise existentielle que moi, une série qui légitimait mon malaise et glorifiait la différence, l’anticonformisme.

 

 

Spin off de Beavis et Butthead dans lequel elle apparaissait, créée par Glenn Eichler et Susie Lynn Lewis, Daria a été diffusé pour la première fois sur MTV le 3 mars 1997. Autour de ce personnage éponyme, issue de l’union de deux anciens hippies rangés des familles, devenus avocate et consultant, la série présente un panel d’ados caractéristiques des teen drama – la pompom girl et le quaterback un peu débiles, l’intello, le pervers, l’artiste, la gothique, les fashionistas, et d’adultes – profs et parents, tous habités de névroses, symptomatiques de la société moderne (pour la plupart toujours d’actualité).

 

 

MTV oblige – enfin celui des 90’s, pas celui d’aujourd’hui bouffé par la real tv, la bande son qui accompagne les épisodes est une anthologie des tubes de l’âge d’or des 90’s: Blur, Garbage, The Cardigans, chaque groupe ayant marqué à un moment les radios de la décennie finissent par être cité en fond sonore.

Résolument féministe, la série passe largement le Bedchel test – Jane et Daria, perso centraux, ne se soucient que peu des garçons. Même Queenie, aux allures de pétasse écervellée, qui se sert de son charme pour arriver à ses fins ne se fait jamais avoir en retour, ou la mère de Daria, féministe des 70’s mutée en avocate typique des années 80, n’en reste pas moins matriarche à la maison (son mari, comme Homer Simpson ou Hal de Malcolm, est un empoté ayant besoin d’être materné).

Contrairement aux autres feuilletons de l’époque, les femmes, comme les minorités, sont représentés et leurs problématiques subtilement soulevées. Rien d’étonnant à ce que Daria soit l’une des premières séries à parler de féminisme intersectionnel, notamment à travers le perso de Jodie, l’intello noire, confrontée à la fois aux discriminations racistes et sexistes.

 


La série durera tout de même cinq saisons, jusqu’en 2002, faisant d’elle un véritable vestige de la culture des années 90.

 

 

 

Autre série culte qui fête ses vingt printemps, Buffy contre les vampires a elle aussi marqué à sa manière la décennie et la génération d’ados dont je faisais partie.

Là encore, en terme de women empowerment, la Tueuse de Joss Whedon n’est pas en reste. Archétype en apparence de l’ado ordinaire et futile, l’héroïne grandit en maturité et en estime de soi au fur et à mesure qu’elle devient physiquement plus forte, grâce à son pouvoir naturel d’élue mais aussi à force d’entraînements intensifs.

 

 

Les problèmes de coeur, de famille, de réussite scolaire, la difficulté de se faire des amis, la peur d’être rejeté par les autres au lycée, ce sont le genre de banalités de la vie d’un ado qu’elle traverse, entre deux traques de démons. Et si vous ne vous identifiez pas à elle, il y a pléthore d’autres personnages dans lequel se retrouver: Willow l’intello, qui deviendra plus tard un des premiers perso importants dans la représentation LGBT dans ce genre de shows, Xander, le looser terriblement humain, Cordelia, la bitch superficielle, Anya, la démone sociopathe.. Le Scooby Gang réunit les archétypes des teen movies des 80’s digéré par la télé dans les 90’s.

 

BUFFY

 

Malgré ces codes évidents inhérents au genre et au public visé, Buffy a su à plusieurs reprises sortir de ces sentiers pour se démarquer des autres prods. Que ce soit la dépression qui pousse tantôt au “suicide” par vampirisation, tantôt par le mass shooting, ou le dopage au lycée, la série n’hésite pas à utiliser le fantastique pour imager les troubles ados, de la modification corporelle au malaise sociale, en passant par la recherche de son identité.

Au delà du fait que la série est une femme comme perso principal, les figures féminines sont nombreuses, indépendantes et maîtresses de leur vie, de leur corps et de leur destin. Joyce, la mère de Buffy, par exemple: mère célibataire élevant seule une ado “difficile”, qui ne faillit jamais à son devoir de mère, sans avoir besoin de l’aide d’un homme. Faith, bien qu’en quête permanente de la figure du père, n’en reste pas moins une gamine s’étant élevée seule, Harmony, la cheerleader sans jugeote finit tout de même leadeuse de gang de vampires, ou encore Gloria, puissance ancienne redoutée de tous. Le Buffyverse est peuplée de personnages féminins forts, qui tôt ou tard finissent par faire leur preuve par elles-même.

 

 

Le féminisme dans Buffy a probablement atteint son apogée à travers les personnages masculins, que ce soit la perversion narcissique d’un Angel ayant retrouvé son âme, le #nottallmen de la tentative de viol de Spike et de son utilisation douteuse du Buffybot, ou encore les effroyables plans du trio dirigé par le mascu ultime Warren – créateur du Buffybot, notamment dans l’épisode 13 de la saison 6, Dead Things, où il parvient à créer un objet magique rendant les femmes dociles ( le rêve de tout prédateur sexuel).

Fort heureusement, tous les hommes de la série ne sont pas dans cette verve, et beaucoup sont des alliés, des acolytes, même s’il a été reproché à la série de jouer la carte de l’inversion des valeurs du patriarcat. Quelque part dans la figure de cette lutte contre le Mal, la Tueuse est devenue également symbole d’une autre lutte.

 

 

Je ne pouvais faire un papier sur l’adolescente dans les séries 90’s sans évoquer une série un peu plus antérieure, Angela, 15 ans – qui va fêter les 23 ans de sa première diffusion US.

 

 

Titrée en VO My So-Called Life, la série d’ABC est devenue culte, malgré son unique saison (et sa quasi-unique diffusion en France), de par l’échec commercial de la série mais aussi des aspirations de cinéma de Claire Danes (qui explosera 2 ans plus tard avec Roméo + Juliet de Baz Lurhman).
Même si pour le coup, la série ne passerait pas le Bedchel test – son intrigue gravitant pas mal autour des émois d’Angela pour Jordan Catalano (aka young Jared Leto), elle a néanmoins su aborder des sujets comme le harcèlement scolaire, l’homophobie, les problèmes d’alcool et de drogues, mais aussi plus intimes, comme les relations difficiles avec les parents, le regard des autres, de nous même sur notre corps et les complexes qui vont avec. Sa narration particulière, son sens aigu du réalisme et sa capacité à capter l’essence même de ce qu’est l’adolescence font de My So-Called Life une série atypique d’une rare qualité pour son genre et son époque de production. Un vrai bijou qui mériterait d’être transmis aux générations suivantes.

 

 

Buffy et Daria ont donc 20 ans, My So-Called Life, 23, et toutes trois sont devenues cultes. Modèles immuables ayant su caractériser à merveille les affres de l’adolescence et les multiples embûches de cette période charnière, ces séries présentent un beau panel de strong female character, et pas forcément celui que l’on a pris l’habitude de voir dans la pop culture – masculinisée, victimes d’abus en quête de justice, souvent définies par leur rapport aux hommes. Comme la mode est au revival 90’s, on a hâte de voir fleurir plus d’équivalents à la télé, comme Veronica Mars en son temps, ou Sweet/Vicious à notre époque.

 

 

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.