Six Andy’s

 
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Il y a trente ans jour pour jour nous quittait Andy Warhol, artiste incontournable du XXème siècle et figure emblématique du mouvement Pop Art. Alors qu’il avait fait des icônes hollywoodiennes l’un de ses sujets de prédilection et qu’il était lui-même réalisateur (les expérimentaux Sleep ou The Velvet Underground and Nico parmi des centaines d’heures tournées) et producteur (les cultes De la chair pour Frankenstein et Du sang pour Dracula), l’artiste ne pouvait qu’inspirer le 7ème Art. En attendant le biopic annoncé avec Jared Leto qui devrait à nouveau s’en donner à cœur joie dans le transformisme, retour sur les précédentes incarnations warholienne à l’écran.

 
 

David Bowie dans Basquiat (1996)

 

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En 1996, Julian Schnabel, également peintre et cinéaste, signe le biopic de l’artiste génial qui fût aussi son ami : Jean-Michel Basquiat. Forcément, il ne pouvait faire l’impasse sur la rencontre entre l’artiste de la rue et le maître du Pop Art. Alors que ce dernier dîne avec le galeriste Bruno Bischofberger, incarné ici, par Dennis Hopper, Basquiat entre dans le restaurant pour lui vendre ses cartes. Son travail ne manque pas d’attirer le regard de Warhol qui demande alors à son riche ami de lui en acheter quelques unes. Ils se retrouveront plus tard, alors que Basquiat aura accès aux plus grandes galeries new yorkaises, épaulé par son prestigieux nouveau fan. Le début d’une longue amitié comme dirait l’autre… Malheureusement non puisque Warhol passe l’arme à gauche quelques années plus tard tandis qu’une overdose condamnera l’étoile filante Basquiat à rejoindre le club des 27 peu de temps après.

Au début des années 70, David Bowie consacre à Andy Warhol une chanson éponyme sur l’album Hunky Dory. Aussi, il décide de se rendre à la Factory pour lui jouer mais l’artiste lunaire quitte l’assistance avant la fin du morceau. Forcément déçu, Bowie continuera néanmoins de fréquenter l’usine artistique et de vouer à Warhol une grande admiration. A l’occasion de ce mémorable biopic entre amis, il se glisse dans la peau de son idôle avec un souci de réalisme qui le poussera à enfiler l’authentique perruque et les lunettes teintées de l’artiste. L’union entre ses deux icônes de la pop et la propension naturelle de Bowie à incarner des personnages étranges feront le reste pour une apparition warholienne forcément inoubliable.

 
 

Guy Pearce dans Factory Girl (2006)

 

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Dix ans, plus tard, un autre biopic fait la part belle au maître du Pop Art en s’intéressant à son égérie la plus célèbre : Edie Sedgwick, incarnée par Sienna Miller. En suivant ainsi le destin de cette « pauvre petite fille riche » qui monte à New-York pour devenir la reine des « Warhol Superstars », le film présente un Andy Warhol prévenant et amicale. Sous la perruque, on retrouve un Guy Pearce forcément livide, le regard généralement dissimulé sous ses impénétrables lunettes noires. Alors que le génial interprète de Vorace ou LA Confidential nous avait montré avec Des hommes sans loi qu’il était aussi capable de cabotiner, sa performance dans Factory Girl s’avère plutôt sobre malgré la posture forcément maniérée propre à Warhol. Il faut dire que le film joue de l’aura mystèrieuse de ce personnage toujours inaccessible. Le protecteur et meilleur ami gay devient même plus inquiétant tandis que sa muse commence à fréquenter Billy Quinn (Bob Dylan ayant refusé que son nom soit utilisé), interprété quant à lui par l’espiègle Hayden Christensen.

Andy Warhol, ici largement montré en train de filmer ses excentricités cinématographiques ou ses interviews intimistes, semble atteint d’une forme d’autisme qui le conduit souvent à réduire ses « Superstars » à des objets qu’il peut manipuler sans état d’âme. N’est-ce pas là le sujet même de son art ? A l’image de la société de consommation qu’il singe dans ses oeuvres, Warhol se lasse vite et abandonne Edie Sedgwick comme il l’avait fait, quelques scènes auparavant, avec Richie Berlin (jouée par Mena Suvari, autre Hit girl plus récente). Complétement ruinée et broyée par cette célébrité ephémère qui n’a fait que jouer de sa propre vacuité, Edie Sedgwick fait plusieurs séjours en établissements psychiatriques avant de mourir d’une overdose. Ce Factory Girl, biopic réalisé avec soin par le documentariste George Hickenlooper (le making-of Aux cœurs des ténèbres) et doté d’un casting trois étoiles, se propose donc de lui rendre un hommage qui manque quand même de personnalité.

 
 

Crispin Glover dans The Doors (1990)

 

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Comme l’ensemble du biopic d’Oliver Stone sur le fameux groupe californien, la rencontre entre Jim Morrison et Andy Warhol relève plus du fantasme que de la reconstitution historique. Elle prend place lors d’une soirée visiblement pimentée aux substances psychédéliques voire même à quelques opiacés. Au son d’un Heroïn du Velvet Underground très approprié, l’ambiance est ainsi des plus planantes, en témoigne les cadres mouvants et la lumière toujours aussi radicale d’un Bob Richardson ici porté sur le orange.

Et pour la rencontre ? Et bien, au terme d’une série de propos nébuleux qui font néanmoins le bonheur de l’assemblée (composée notamment de Paul Williams) Warhol offre à Morrison un énigmatique téléphone doré. Il fallait bien un acteur aussi frappé que Crispin Glover pour incarner un Warhol à la hauteur d’une telle apparition. Aussi doux que manieré, il révèle, alors que Morrison lui retire ses lunettes, un regard d’une désarmante innocence. Une scène qui tient donc du pur trip cotonneux et qui donne bien envie de se rematter The Doors d’Oliver Stone en fumant un… heu… en buvant une bonne tisane.

 
 

Bill Hader dans Men in Black 3 (2012)

 

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Alors que Will Smith remonte le temps pour enquêter en pleine année érotique, il rencontre évidemment Andy Warhol, figure incontournable du New-York de l’époque. Et forcément, dans l’univers de Men in Black, l’artiste à la perruque argenté ne pouvait être qu’un extra-terrestre !… Et bien non, erreur ! Warhol, contre toute attente, n’est pas ici originaire d’une autre planète mais bel et bien un « man in black » infiltré. Interprété par un Bill Hader affublé d’un faux nez et d’un faux menton très bogdanoviens, l’agent W est chargé de surveiller la Factory, repaire pas très discret d’extra-terrestre, mais, à force de peindre des bananes et de filmer des gens manger des hamburgers, commence à sérieusement frôler le burn-out.

Cette apparition pour le moins iconoclaste de Warhol, qui se révèle donc ici être un agent un poil réac’ perdu au milieu des hippies, reste l’une des meilleures idées  de ce troisième épisode sympathique mais quand même un peu poussif.

 
 

John Cameron Mitchell dans Vinyl (2016)

 

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Puisque la série de Terence Winter, Mick Jagger et Martin Scorsese, prend place dans le New-York des années 70, il fallait bien que le pape du Pop art y fasse une apparition et c’est John Cameron Mitchell, créateur du musical glam culte Hedwig and the Angry Inch et réalisateur de Shortbus, qui vient lui prêter ses traits. Après une figuration durant un live de Lou Reed et son Velvet Underground, Andy Warhol a droit à sa propre scène.
Alors que le personnage de Devon Finestra, ex-mannequin en contact avec les hautes sphères artistiques de la Grosse Pomme, est en quête d’agent pour s’assurer un peu d’indépendance vis-à-vis d’un mari de toute façon sur la paille, elle renoue avec Warhol. Tandis que celui-ci la filme dans une de ses fameuses performances vidéos qui prend ici des allures d’interrogatoire, Devon finit par avouer les raisons de sa venue. Elle voulait que l’artiste authentifie une sérigraphie qu’il avait fait d’elle afin de la vendre. Charitable, Warhol accepte évidemment de signer cette oeuvre souvenir mais cette scène montre que son célèbre « quart d’heure de gloire » peut s’avérer bien amer.

 
 

Greg Travis dans Watchmen (2009)

 

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Parmi les idées les plus brillantes de l’adaptation cinématographique de Watchmen, il y a bien entendu son magnifique générique qui vient ancrer les super-héros dans la réalité de ce nouveau présent parallèle. Dans l’un de ses tableaux en slow motion, Andy Warhol, accompagné par Truman Capote, inaugure à la Factory une exposition consacrée aux Watchmen. Effectivement, dans cette séquence où tout est de toute façon bien vu, on aurait bien du mal à imaginer un monde où les héros masqués existeraient sans qu’Andy Warhol ne leur ai consacrées quelques unes de ses fameuses sérigraphies. Voulez-vous en savoir plus ? Et bien, ce court rôle est tenu par Greg Travis, un visage bien connu des cinéphiles puisque c’est lui le reporter qui se fait copieusement trucider dans l’introduction de Starship Troopers.

 
 

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C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.