Critique: Silence

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)

 
 

Silence

de Martin Scorsese

Avec Liam Neeson, Adam Driver, Andrew Garfield, Tadanobu Asano,  Ciarán Hinds, Yôsuke Kubozuka, Yoshi Oida, Shinya Tsukamoto

Etats-Unis / Taïwan / Mexique –  2h40 – 2016

Rating: ★★★★★

 

Silence4

 

Ce film là, on ne peut pas dire que je l’attendais sereinement: c’était clairement ma plus grosse attente culturelle depuis très longtemps. Scorsese qui s’attaque à nouveau la question de la foi de manière ultra frontale en promettant un croisement entre Apocalypse Now, Furyo et ses propres questionnements, on peut dire que ouais, ça me faisait bander.

Dans la petite salle où j’ai assisté à l’avant première du film, une fois le générique terminé, je me suis tourné vers mon voisin, un inconnu, et lui ai dit que j’ai vu mon film préféré. Ca m’a frappé comme une évidence à chaque instant. J’ai vu plusieurs milliers de films, et j’ai découvert, à l’âge de 33 ans, mon film préféré.

Puisque le film s’appelle Silence, je vais commencer tout d’abord avec ce qui m’a le plus frappé ici, le son, justement. Scorsese est sans équivoque le cinéaste du bruit et de la fureur, le mec qui te balance du Stones à tout va, fait évoluer ses personnages dans des paysages urbains, et. 

Plus que tout autre réalisateur, on pourrait presque croire que dans ses films précédents, il a peur du silence. Ceux qui seront étonnés de voir un film formellement moins nerveux et plus lent de la part de Scorsese (qui il y a un an nous livrait Le Loup de Wall Street, un des films les plus formellement énervés qu’il m’ait été donné de voir), n’ont probablement pas vu La Dernière Tentation du Christ ou Kundun. Exit donc les bruits de la ville, et on se retrouve face au silence de la nature.

Mais le Silence évoqué dans le titre revêt plusieurs sens, évidemment. Que ce soit le silence face aux massacre des évangélistes chrétiens par les japonais, le silence de Dieu face aux prières des évangélistes, le silence de la contemplation.

 


 

A plusieurs égards, nous sommes face à un film diablement complexe. A travers cette histoire de deux personnes qui vont chercher leur mentor dans un pays qui leur est complètement inconnu, on découvre le Japon des années 1600 à travers les yeux des personnages et du réalisateur. On voit le pays ici comme un lieu riche et hostile en même temps. On voit la confrontation entre deux philosophies à l’extrême opposé.

Mais surtout, on voit Scorsese s’attaquer à la religion qui est la sienne. Scorsese a toujours parlé de religion dans ses films, absolument tous. De catholicisme pour être plus juste. Mais il n’a jamais été dans le prosélytisme, puisqu’il parle de son approche et de ses doutes. Doutes, c’est le mot le plus intéressant. Il a été vivement attaqué par les instances catholiques pour La Dernière Tentation du Christ car il a osé montrer un Christ qui doute, mais c’est ça la force aussi de Scorsese, c’est là que réside sa sagesse, il est catholique lui même et sait que suivre quoi que ce soit aveuglément est complètement débile, qu’il faut se poser des questions, se remettre en question, et trouver le chemin et le Dieu qui convient. 

Ici, il remet l’orgueil de la religion en doute à travers les questionnements de Rodrigues, le personnage principal, qui va être confronté aux pires atrocités avant de pouvoir accepter celle de l’invasion religieuse européenne et le fait que la religion est quelque chose d’hautement personnel et n’a pas à être imposée à qui que ce soit.

Le film est beau et témoigne de la culture cinématographique de Scorsese qui nous fait penser tantôt à Mizoguchi, tantôt à Kurosawa. Esthétiquement, c’est à tomber par terre, chaque plan est un tableau. Et contre toute attente, j’ai été plus qu’agréablement surpris par Andrew Garfield qui joue ici extrêmement bien son rôle.

Je ne sais pas si vous aimerez autant que moi. J’ai essayé de vous préserver un maximum de spoilers, mais sachez que c’est un film complexe, qui donne plus de questions que de réponses, c’est 2h40 de types qui se posent des questions sur fond de torture.

Mais c’est ce qui me plait aussi, le fait que je sois sorti de la salle en me posant des questions, que j’ai ruminé le film pendant des jours, des semaines même, et il continue à me hanter.

Bisous.

 
 
 

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

Ca peut également vous intéresser:

About Skreemer

Comme le dirait son bon pote Brassens, « Autrefois, quand j’etais marmot, J’avais la phobie des gros mots, Et si je pensais «merde» tout bas, je ne le disais pas… Mais Aujourd’hui que mon gagne-pain c’est de parler comme un turlupin, Je ne pense plus «merde» pardi ! mais je le dis. » En plus de tout ça, Skreemer a un goût certain pour la bagarre verbale avec les cons, les livres, les films et les bandes dessinées. Ses biscuits préférés sont les Hello Kitty à la fraise et il a toujours du Coca-Light et des clopes chez lui au cas où une demoiselle passerait. Par contre, il fait de longues phrases sans fin, avec plein de virgules dedans et n’aime pas les tomates. De plus, il est petit en taille et compense en utilisant du verlan.