Récap’ séries TV 2016 – Part 5: les nouveautés

 
 

RECAP SERIES 2016 5

 
5ème partie du grand récap’ des séries 2016 par la rédaction. Vous pouvez retrouver la partie 1 sur les WTF ici, la partie 2 sur Westworld ici, la Partie 3 sur les séries musicales ici et la partie 4 sur les séries réalistes ici

 
 

 

Quarry Saison 1 – 8 épisodes

 

Arthur et Mac, deux vétérans du Vietnam reviennent dans leur Memphis natal pour se retrouver les cibles de l’opinion publique, rapport à l’une de leur mission qui se serait soldée par un massacre d’enfants. Se réinsérant difficilement à la vie civile, ils sont tous deux contactés par un homme se faisant appeler « The Broker » qui leur propose d’opérer pour son compte, essentiellement se débarrasser de certaines personnes sans trop poser de questions, en échange d’une belle somme.

 

Les thématiques n’ont rien à voir, mais Quarry réussit précisément là où une série comme Aquarius avait échouée : toutes deux proposent de très belles retranspositions d’époques où les tensions politiques impactaient au jour le jour le quotidien des héros mais là où personne ne pouvait empêcher David Duchovny d’être David Duchovny (non sans brio, mais au dépend de la pourtant très réussie performance de son antagoniste Gethin Anthony, dans le rôle de Charles Manson) la réalisation habilement temporisée de Greg Yaitanes propose par contre un très beau déploiement dans l’installation des personnages ainsi qu’ une excellente gestion de toutes les intrigues parallèles. Surtout nous sommes face à un récit qui au moins connaît ses propres enjeux et on dira ce qu’on voudra, c’est quand même toujours un plus.

 

J’avoue la comparaison est un peu injuste car plus on enchaîne les épisodes et plus on réalise que l’on est devant  quelque chose de la trempe de la récente série Fargo, ou encore du magnifique Blue Ruin de Jeremy Saulnier, en ce qui concerne la maîtrise des tensions dramatiques : Yaitanes délivre un boulot absolument incroyable dans son emploi des points de vue subjectifs , sexe et violence  sont posés quasiment sur le même pied d’égalité, abordés sous le même prisme intimiste, et ces immersions disparates dans l’action (aussi graduelles que les situations le permettent, c’est-à-dire pas toujours) pour le spectateur autant que pour les personnages font que la thématique de la proximité d’avec la finitude elle-même vient nimber tous les autres ressorts narratifs.  Bien sûr c’est un peu plus marqué avec le héros, parce que justement c’est celui pour qui les frontières entre la vie et la mort sont les plus floues (il est sujet à des « absences » du fait de son temps passé sur le front vietnamien) mais à bien y regarder, chacun des personnages composent un peu avec leurs propres abîmes et leurs différentes pulsions mortifères, et pas forcément toujours très consciemment non plus  – le côté pour le coup un peu « tête brûlée » de l’épouse de Mac, ainsi que du flic qui enquête sur eux deux, l’approche au contraire aussi pragmatique qu’ hédoniste du mystérieux « Broker », et encore une toute autre palette intermédiaire au travers des différents hommes de main de celui-ci.

 

Quand à la restitution des années 70, à propos aussi bien des tensions raciales que de la difficile réinsertion des vétérans, n’allez surtout pas imaginer que cela donne pour autant dans le politiquement correct. Le final de cette première saison prend notamment quelques contre-pieds inattendus vis-à-vis du cliché du soldat traumatisé et de la sacralisation habituelle de l’Amérique pour ses héros de guerre. Même si quelques ficelles apparentes commencent à se dessiner tout de même, voici là une proposition de fiction télévisuelle tout à fait honorable, peut-être plus ambitieuse qu’il n’y paraît, et de très très belle facture.

 

 
 
 

3% Saison 1 – 8 épisodes

 

Chaque année au Brésil, dans un futur indéterminé, les membres de « l’Offshore » (l’élite de la population, les 3% du titre) organisent un test de recrutement pour sélectionner parmi les jeunes générations ceux qui viendront rejoindre leurs rangs.

 

Impossible de ne pas repenser à Lost avec émotion puisque vraiment on nous rejoue les meilleurs moments : la notion de candidats bien sûr, les flash-backs consacrés au background des personnages pour expliciter leurs motivations, les interrogations au sujet du « sens » de certaines épreuves, etc.. mais tout de même une belle intention de redéfinir la notion de « héros contemporain ». Dans ce même élan, nous avons également un léger aperçu de ces fameuses élites pas si mystérieuses, à travers un nombre de personnages plus réduit certes, qu’on nous les humanise un petit peu (le nommé Ezekiel surtout, celui qui supervise le recrutement de l’ année, auquel on attribue son petit secret tragique) où l’on comprend qu’ils sont eux-mêmes sujets à des luttes intestines similaires à celles des candidats, finalement.
 


 

Cette production Netflix semble disposer plus ou moins d’un budget pour nous aider à croire à ce sympathique petit récit d’anticipation : quelques décors en CGI ici et là ainsi que des fenêtres numérisées grandeur nature (un peu comme dans Minority Report) mais parfois c’est juste un drap tendu dans un coin de pièce pas très bien éclairée ou encore du papier alu collé sur les murs, les moments où mon cœur vacille évidemment.. On peut bien sûr se gausser des thématiques et de l’approche, mais comme on se le répète aussi en secret dans les alcôves de la profession « c’est pas Marseille ».
 
 

 

Channel Zero Saison 1 – 6 épisodes

 

 

Mike Painter, psychologue pour enfants très publié, retourne dans sa ville natale pour écrire sur un fait-divers ayant eu lieu trente ans plus tôt, la disparition inexpliquée de 5 enfants – dont son propre frère jumeau. Malheureusement, son arrivée coïncide avec de nouvelles disparitions et il se retrouve suspecté par ses propres amis d’enfance (dont l’un devenu shérif entre-temps) qui voient d’un mauvais œil les théories que Mike a offrir sur le sujet : pour lui, le phénomène serait lié à la résurgence mystérieuse d’un show télévisé que seuls les enfants pourraient voir.

 

Légère petite déception quand au dénouement, mais cette production de Max Landis inspirée des creepypastas a su dérouler une trame passionnante le long de ses 6 épisodes, avec une mise en scène millimétrée s’interdisant absolument toute digression inutile et surtout une très bonne gestion de ses diverses influences dans le registre que s’en était presque exemplaire, mais qu’une trop grosse proximité avec le Twin Peaks de David Lynch pour le tout dernier épisode vient quelque peu désamorcer. Une nouvelle saison est prévue pour 2017, du moins peut-on espérer qu’on nous fera pas le même coup une 2e fois.
 
 

 

The Exorcist Saison 1 – 10 épisodes

exorciste capta (1)

2016 aura été plutôt prolifique en ce qui concerne les séries inédites consacrées au surnaturel, avec notamment deux adaptations de comics très attendues: Preacher, d’après l’œuvre éponyme de Garth Ennis et Steve Dillon (qui nous aura hélas quitté cette même année) et Outcast, une série plus récente de Robert Kirkman, le créateur de The Walking Dead. La première est un long préambule plutôt sympathique au comics, à la narration volontairement disjointe et un brin déjantée tandis que la seconde impose un rythme et une atmosphère qui surpassent presque le matériau original. Mais la grande surprise aura été je crois la séquelle en dix épisodes consacrée au film culte de William Friedkin, et tous ceux qui comme moi qui s’y étaient risqués en attendant à peu près rien dans les grandes lignes ni au travers se sont retrouvés plutôt surpris.

 

La jonction d’avec le film que l’on connaît tous se fait à vrai dire de façon très graduelle et on aurait presque pu s’en passer (!), le scénariste Jeremy Slater pose tout à fait admirablement les bases d’un cycle de possession complètement inédit centré de nouveau sur une famille lambda américaine et installe dans le même temps des personnages très bien construits pour se charger de faire face à cette nouvelle menace : Ben Marcus (aperçu dans House of Cards) crève littéralement l’écran en prêtre défroqué un brin borderline tandis qu’ Alfonso Herrera hérite lui aussi d’une personnalité merveilleusement nuancée. Le trailer ci-dessous est volontairement celui du Comic Con où la série avait été seulement annoncée, car il ne reprend des images que du premier épisode, ce qui évitera quelques spoils.

 

 

Les quelques effets spéciaux que l’on peut apercevoir ici et là feront peut-être penser par moments à quelque chose finalement très dans l’air du temps, mais en règle générale nous avons plutôt affaire ici à une mise en scène des phénomènes occultes quasiment tout aussi réussie que dans une série comme Salem, une approche qui ne repose pas seulement sur les grosses figures imposées du registre mais bien plutôt sur ses interstices, une passion tangible en ce qui concerne la mise en place des « mécanismes surnaturels », et vous je ne sais pas mais moi j’ai toujours trouvé ça plus intéressant que les  autres moments estampillés frayeur – bien que nous aurons droit à quelques scènes de possession qui ne manquent pas d’honorer la franchise originale. Mais on ne peut pas s’empêcher de se dire par exemple que c’est un comble que la série Constantine aie pu être un échec aussi cuisant tant les concepteurs de The Exorcist semblent avoir autant puisés dans la nouvelle originale de William Peter Blatty que dans cet autre comic-book ultra-culte (Hellblazer, d’après un personnage créé par Alan Moore) pour l’installation d’une deuxième trame narrative liée à un culte sataniste. Je ne développerais pas davantage sur ce point (ce serait dommage)  mais par contre en ce qui concerne notre dernière référence nous retrouvons ici les mêmes penchants pour des personnages secondaires un peu bigarrés, issus d’un peu toutes les strates sociales et ayant chacun leur propre rapport à l’occultisme – à tel point que les adorateurs, autant que les opposants, finiraient presque par voler la vedette au Démon lui-même (bien qu’il soit loin d’être décevant) tant la creative-team prend un plaisir palpable à répartir et la Foi et la Corruption là où on ne les attendraient pas forcément. On peut également percevoir le même goût manifeste pour des scènes de rituels un peu décalées mais bien présentes dans le comics et dont les showrunners de Constantine n’ont eux, absolument jamais su quoi faire.
 

Bizarrerie du calendrier toutefois, nous avons pu assister à un renouveau similaire cette année sur grand écran, avec le film de Na Hong-jin, The Strangers, convoquant justement cette « tradition » issue des films de magie noire japonais, notamment ceux de Kuei Chih-Hung (la trilogie Hex, ou encore le cultissime diptyque Bewitched / The Boxer’ Omen) à savoir l’idée d’accorder autant d’importance à la « préparation » des éléments surnaturels qu’à leur « effet », faisant littéralement du rituel un élément narratif à part entière. Alors certes, peut-être d’une façon un peu moins déjantée que ces sources d’inspiration un peu lointaines (pour les films de Kuei Chih-Hung, il faut au moins penser aux premiers Sam Raimi, mais puissance dix-mille) en tout cas la délocalisation du surnaturel en milieu urbain opérée par Slater et son équipe (qui n’est pas sans évoquer toutefois les œuvres de Clive Barker ou encore de Neil Gaiman, des influences peut-être un peu plus proches pour nos auteurs) achève de donner à la série une identité d’une originalité assez redoutable dans le paysage horrifique du moment.

 

 

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