Critique: Emprise

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Frailty

De Bill Paxton.

Avec Bill Paxton, Matthew McConaughey, Matt O’Leary, Powers Boothe.

Etats-Unis – 2001 – 1h40

 

Rating: ★★★★☆

 

Tout d’abord, afin de dissiper tout malentendu et ne faire aucun déçu, nous n’aborderons pas ici Barbara Hershey et son corps dénudé puisque cet article parlera d’Emprise (sans le « L’ » donc), premier film (qui sera uniquement suivi par une prod’ Disney sur le golf avec Shia LaBeouf…) de l’excellent Bill Paxton, qui vient tristement de nous quitter.

 

dad meiks

 

Treize ans avant True Detective, Matthew Mc Conaughey faisait déjà dans l’interrogatoire énigmatique. Venu ici dénoncer son frère qu’il sait être « la main de Dieu », un serial-killer qui sévit dans la région, il se replonge (et nous avec) des années auparavant… Flashback ! : Alors qu’ils vivent, avec son petit frère, une enfance insouciante au sein d’une Amérique rurale tranquille, les deux gamins sont réveillés au milieu de la nuit par leur père. Celui-ci lui confit avoir reçu une mission de Dieu ainsi que trois armes : une paire de gants, une barre de fer et une hache, répondant au doux nom d’Otis, gravé dans son bois. Au moyen de celles-ci, ils vont devoir détruire ensemble les démons dissimulés parmi nous et dont la liste sera communiquée au paternel par un ange. Bon… Ouais, dis comme ça, on flaire directe la bonne grosse démence et le jeune Matthew n’est pas dupe. Mais voilà, du haut de sa douzaine, tenir tête à son père n’a rien d’aisé. Voilà donc notre petite famille embarquée dans leur mission divine qui les conduit à dézinguer du quidam au quatre coins du Texas !
Sorti au début des années 2000, alors que les Etats-Unis traverse une période qu’on sait particulière, Emprise s’inscrit dans cette vague de thrillers paranormaux initiés par Sixième sens, s’imposant même comme l’un des plus sombres et des plus percutants. En suivant ce personnage qui embarquent ses enfants dans une quête meurtrière, qu’importe qu’il soit véritablement le bras armé de Dieu ou un pauvre psycho-killer illuminé, c’est bien l’irruption du Mal qui s’impose à nos yeux, et à ceux de son fils, dans cette histoire qu’on pourrait croire issue d’un bouquin de Stephen King. Mais, aux antipodes de ce taré de Torrance immortalisé par Nicholson, Bill Paxton confère à ce personnage de père sa sympathie naturelle, le rendant autrement plus humain, mais pas forcément moins glaçant. Aussi, les morts s’entassent au fil de scènes de meurtres qui, sans tomber dans le gore, ont de quoi déranger, notamment puisque le brave papa implique donc ses enfants. Comme dans le film de Shyamalan, qui avait d’ailleurs fait tache d’huile sur toute une partie de la production, Emprise y va de son gros twist qui lève le voile sur ses mystères mais ne fait qu’en renforcer encore davantage l’ambiguïté. Le mal est fait, il s’est bel et bien répandu à l’ensemble du film, abandonnant le spectateur à son propre jugement morale, si tant est qu’il sache encore où il habite !

 

 

Présent devant mais aussi derrière la caméra, Bill Paxton révèle un indéniable talent de réalisateur, ayant visiblement bien retenu les leçons de Sam Raimi (qui l’a dirigé dans Un plan simple). Ainsi, il maîtrise à merveille ses effets au sein d’une mise en scène inspirée et efficace, bénéficiant au passage de tout le savoir faire du vieux briscard Bill Butler (Les dents de la mer, Jeu d’enfant, Hot Shot !…) à la photographie. Mais Paxton n’est pas qu’un formaliste et n’hésite pas à livrer avec ce premier long métrage une oeuvre très personnelle, ayant lui-même grandi au Texas au sein d’une famille catholique pratiquante. S’attaquant ici frontalement à la religion en soulevant les questions du Mal et du fanatisme, nul doute qu’Emprise témoigne de ses propres obsessions en embarquant le spectateur dans son troublant jeu de piste théologique et philosophique jusqu’à un plan final carrément politique. Déconcertant.

 

 

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About HollyShit

C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.