Critique: Quelques minutes après minuit

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Rating: 5.0/5 (1 vote cast)

A Monster Calls

 

De Juan Antonio Bayona

Avec James Melville, Felicity Jones, Sigourney Weaver et Liam Neeson

Etats-Unis/Espagne – 2016 – 2h

Rating: ★★★★★

 

Alors qu’il doit faire face au cancer avancé de sa mère, le jeune Connor est confié à sa grand-mère pète sec. Le garçon se réfugie alors dans ses songes où un arbre lui rend visite avec fracas pour lui narrer trois histoires. Une fois qu’il les aura écoutées, ce sera au tour de Connor de raconter la sienne.

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Dès l’ouverture, un gros plan nous présente le visage de Connor, dans son lit, éclairé par une lumière rouge qui peut rappeler le cinéma de Mario Bava et ses intenses couleurs qui marqueront le cinéma de genre au fer… rouge. Un contre-champ vient alors diégétiser cette lumière en nous montrant le radio-réveil du garçon passant à 00 : 07, une heure qui annonce l’arrivée du monstre et qui s’invitera donc tout au long du métrage (elle sera plus tard jouée au son au gré du déplacement de l’aguille d’une horloge). Cette première séquence prouve que chez Bayona, le style, aussi démonstratif soit-il, n’est jamais gratuit et se met toujours au service de son histoire et de son personnage. Ainsi, de la composition des cadres au jeu des acteurs en passant par la direction artistique, la partition musicale ou le mixage sonore, tout est mis en place pour nous faire pleinement ressentir les sentiments de son protagoniste. Si cela peut sonner comme une lapalissade tant une majorité des productions contemporaines visent cet objectif, il est rare de voir cette puissance immersive propre au cinéma à l’œuvre avec autant d’évidence et d’intensité. On partage pleinement la solitude du garçon et ses émotions contrastées, entre tristesse et colère (et malgré tout quelques courts moments de joie inespérés…), face au drame intime qu’il est en train de vivre.

Trouver un fils spirituel de Spielberg est certes devenu un lieu commun mais cela s’avère malgré tout pertinent en ce qui concerne Bayona. Alors qu’ET pouvait ainsi être considéré comme un parfait guide pour tout enfant devant affronter le divorce de ses parents, Quelques minutes après minuit pourra accompagner les spectateurs en deuil (pas que les jeunes d’ailleurs). Si un film peut paraître bien vain face à la disparition d’un proche, ça n’est clairement pas l’avis de Bayona qui signe ici un véritable plaidoyer en faveur de l’imaginaire. Comme les rêves, les histoires, qu’elles soient projetées sur un écran, écrites ou dessinées dans un livre mais aussi racontées oralement, peuvent armer nos esprits afin de mieux affronter les épreuves.

C’est d’ailleurs par le rêve que l’imaginaire fait ici irruption avec cet arbre impressionnant tout droit sorti des dessins de Connor. A chacune de ses visites, c’est le réel entier qui se distord et cela se poursuit jusque dans ses histoires. Celles-ci nous sont en effet représentées par des séquences d’animations (le film entier étant un hommage à l’animation, y compris à la stop motion de Willis O’Brien). Si elles peuvent laisser un goût d’inachevé, c’est que ces scènes s’imposent avant tout comme les pendants cinématographiques aux illustrations des livres de conte, et que le procédé permet de toujours rester sous l’emprise de la narration puissante de l’arbre. Celle-ci bénéficie de la voix rocailleuse de Liam Neeson, toujours aussi charismatique, qui se réserve également une apparition bien moins anodine qu’il n’y parait. Les histoires du monstre mettent à mal le manichéisme auquel on réduit souvent les contes aujourd’hui. Ainsi, la grand-mère de Connor, apparemment aussi austère que le candidat des Républicains, se révèlera autrement plus complexe. Il faut dire qu’elle est interprétée par Sigourney Weaver, une grande dame qui arrive à faire transparaître l’humanité de son personnage à chacune de ses apparitions. Car finalement, c’est surtout ça Quelques minutes après minuit, un film profondément humain.

Marchant sur les traces de son mentor Guillermo Del Toro et son Labyrinthe de Pan, Bayona signe une fable sur les fables, une œuvre cathartique aussi émouvante que passionnante. Quelques minutes avant minuit est aussi un film sur la transmission, mais ça, je vous laisse le découvrir par vous-même…

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C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.