Critique : Premier Contact

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Arrival

De Denis Villeneuve

Avec Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker

Etats-Unis – 2016 – 1h56

Rating: ★★★★☆

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Un jour d’université normal pour la linguiste Louise Banks. Sauf que très peu d’élèves sont présents à son cours, ils suivent tous sur les écrans l’arrivée d’étranges sphères sur 12 endroits de la Terre. Louise y prête peu d’attention, jusqu’à ce que l’armée vienne la chercher pour l’aider à communiquer avec les aliens…

En premier lieu, le chiffre deux (oui je sais, rime pauvre). Pourquoi ? Cela est important dans le cinéma de Denis Villeneuve : le frère et la sœur (2) face à la mère et au père (2) dans Incendies, le flic taciturne et tiqué face au père de famille croyant et survivaliste (2) dans Prisoners, un homme face à lui-même tel un miroir déformant (2) dans Enemy ou l’agent du FBI face au mercenaire colombien (2) dans Sicario. Pour Premier Contact, le chiffre deux sera allégorie et métaphore de complémentarité. C’est Louise la linguiste et Ian le scientifique. Cette dualité, ou duo a son équivalent, son répondant en aliens, Abbot et Costello (en référence à un duo comique américain des années 40 et 50). On verra une autre dualité au niveau du temps… Le langage et la science (encore 2) comme base de civilisation, moyennant le progrès technologique qui détruit malgré elle cette même civilisation est un bon postulat de départ pour un film de science-fiction, sauf que ce n’est pas la technologie qui est vu comme danger… En second lieu, notons que le langage relève de la logique, de la conviction et du savoir ; ajoutons que la langue relève de la technique, aussi de la conviction et du pouvoir ; continuons en clamant que le discours relève de l’ethnique, de la persuasion et du devoir ; enfin affirmons que la parole relève de l’éthique, aussi de la persuasion et du vouloir. Ces quatre modalités de communication (2+2) sont la matrice du dernier film de Villeneuve : les relations avec les différents sites, l’appréhension des aliens par les humains (quoique canadien, Denis Villeneuve a l’attrait du cinéma américain paranoïaque), le traitement d’information des médias et surtout l’échange conversationnel avec les extraterrestres.

Et de cet échange conversationnel, vient une autre matrice : l’intersubjectivité relative, du chiffre deux on passe au chiffre trois. Projetez-vous sur trois pôles, comme trois angles d’un triangle. Un angle, un pôle représente le moi (le soi) ; un autre angle représente autrui (l’autre, celui qui est comme moi mais pas moi) ; et un dernier représente la réalité, (la société dans laquelle on vit). Alors où place-t-on les extraterrestres ? Peut-être dans les 3 pôles vu la communication qu’ils proposent. Ou mieux, si on situait Abbot et Costello sont dans le 4ème mur. Du chiffre 4 nous sommes amenés en troisième lieu, à la matrice du cinéma. En effet, la rencontre avec les aliens se fait via un écran, dans un dispositif noir et blanc stylisé et Louise a des rêves, ou des visions. Et il y a même une séquence d’approche primitive entre les deux espèces, à un niveau quasi-scolaire (écrire une phrase et faire l’action de cette phrase). Ces différents motifs et procédés relèvent des codes et modalités du cinéma, et bien sûr, nous aurons droit à la traversée du 4ème mur… Enfin, le dernier point est la réflexion sur l’intelligence : « arme », « langage », « outil », Premier Contact les établit comme synonymes, au-delà du fait que pour parler à des extraterrestres, il faut clairement faire preuve d’intelligence. Et de cet approche, les principes de communication et d’intersubjectivité relative sont magnifiés, sublimés notamment au niveau de la perception du temps. Sommes-nous alors dans une perspective phénoménologique des philosophes Edmund Husserl ou Georg Wilhelm Friedrich Hegel ? Ou dans la perspective d’Être et Temps de Martin Heidegger ? Si oui, c’est-à-dire définir le temps comme 4ème dimension ou 4ème pôle de l’intersubjectivité relative, le film de Denis Villeneuve est clairement à rapprocher de celui de Stanley Kubrick, 2001 l’odyssée de l’espace.

Alors film pompeux ? Prétentieux ? Rien de tout cela. Tout comme Nolan et Refn, le canadien est juste un réalisateur précieux, ce qui me rappelle un groupe de rock cérébral connu. Premier Contact c’est Pink Floyd.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…