Chips-Movie: Slashers

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Slashers

 

De Maurice Devereaux

Avec Jerry Sprio, Neil Napier, Carolina Pla, Sofia De Medeiros, Claudine Shiraishi, Kieran Keller, Christopher Piggins, Tony Curtis Blondell, Sarah Joslyn Crowder

Canada – 2001 – 1h39

 

Rating: ★★★★☆

Dans un futur indéterminé, nous nous retrouvons spectateurs de l’émission de télé-réalité la plus en vogue au Japon, où six candidats acceptent de jouer leur vie en se laissant pourchasser à mort par trois vrais tueurs psychopathes afin de tenter de remporter la super-cagnotte.

 

Bon, comme vous savez,  je n’essaie même plus de justifier mon penchant pour les décors en carton-pâte donc vous pouvez me croire quand je vous dit que le réalisateur canadien développe des trésors de scénographies pour le  labyrinthe à plusieurs niveaux où seront traqués nos participants : bâches en plastique, bâtisses en contreplaqué avec un peu de sable par terre, non, vous ne rêvez pas, c’est en effet juste somptueux et qui plus est très bien renforcé par un habile travail des éclairages. L’atmosphère du plateau-télé en ouverture est également magnifiquement campée, malgré des problèmes de budget-figurants assez flagrants. Certaines productions profitent parfois du manque de moyens en général  pour justifier de piètres choix de réalisation (Wolfcop anyone ?) et bien justement ce n’est pas le cas ici non plus, l’atmosphère du lieu y étant déjà pour beaucoup dans la teneur immersive du métrage, il faut en plus souligner de beaux efforts en ce qui concerne la mise en scène pour une narration dont même les temps-morts sont soigneusement gérés.

 

 

Curieux en tout cas que personne n’aie remarqué à quel point Rob Zombie s’était ouvertement inspiré de cette petite péloche ma foi bien sympathique (mais donc pour le coup, pas très connue) pour son dernier projet, 31. Tous deux proposent en effet un éventail similaire de l’évolution des archétypes du boogeyman au regard de l’Histoire : celui de Devereaux passe du redneck inadapté des années 70 à l’American Psycho bien de son temps des années 90 (à l’époque le profil créé par l’écrivain Brett Easton Ellis n’était pas encore aussi implanté dans les mentalités) tandis que Zombie utilise le même genre de trajectoire avec son nain belliqueux (sorte de fusion entre Hitler et Mussolini) pour remonter jusqu’à Doom Head, le « sadique désintéressé » (ou bien juste mauvais perdant) soit effectivement plus ou moins le même genre de constat en ce qui concerne la thématique de la banalisation du mal. Zombie délaisse juste un peu l’élément le plus ouvertement « zeitgeist » (la télé-réalité) de l’approche de Devereaux pour rendre le tout un peu plus universel, et surtout (je crois) un peu plus percutant, en faisant de l’épreuve de survie quelque chose de plus confidentiel, à savoir le simple passe-temps d’inconnus fortunés qui aiment à se déguiser en aristocrates, étendant par ce biais la réflexion sur la nature  de plus en plus disposable de l’individu à un tout autre niveau.

 

Un parallèle avec le comportement de nos élites depuis la nuit des temps assez douloureux donc, mais qu’apparemment une bonne partie de la critique assermentée s’est efforcée de ne pas voir, préférant s’attarder sur les soit-disant « problèmes formels » du métrage, qui donc ne «  fait pas assez peur », qui n’est « pas assez propre » ou bien encore « pas assez sale ». Pourtant au message d’alerte un peu candide de Devereaux à la fin de Slashers , Zombie substitue lui, le compte-rendu en direct depuis le champ de bataille une décennie plus tard: un conflit se déroulant loin des préoccupations habituelles du reste du monde, dont l’issue est restée en suspens. Mais l’est-elle vraiment ? Il semblerait en tout cas que ce soit un postulat par trop anecdotique (« suffisamment acquis » ?) pour nos valeureux défenseurs du bon goût au point qu’ils aient préféré parler d’autre chose. Tout bringuebalant qu’il soit, 31 n’en demeure pas moins un sacré coup de gueule et malheureusement, ce n’est absolument pas ce que l’on en retiendra.
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Devereaux lui se situerait davantage dans la continuité de fictions comme Le prix du danger d’Yves Boisset ou encore Running Man de Paul-Michael Glaser, qui mettaient l’accent sur les dérives du spectacularisme. Le réalisateur soumet en effet sa trame narrative aux impératifs commerciaux de la vraie vie : par exemple, les candidats ne doivent rien faire durant les pubs, même si ils ont un couteau sous la gorge. Il y a également beaucoup de commentaires un peu métas qui ne sont pas sans rappeler Scream , où les protagonistes commentent d’eux-mêmes leurs actions en rapport avec les canons en vigueur du story-telling inhérent au genre (l’auto-présentation, l’instant confession, le rôle de la musique dans le déroulement, ou bien encore enlever le haut de temps en temps pour faire grimper l’audimat et gagner du temps de survie). C’est peut-être un peu didactique mais cela souligne de façon efficace comment toute forme de discours est parasitée par les modalités mêmes de sa présentation – l’un des personnages participe au jeu uniquement pour en dénoncer le concept, et se rend bien vite compte de la vacuité de cette initiative en partie pour ces raisons. C’est cette forme de parasitage qui aboutit à l’usure au nivellement des valeurs – et ce n’est sans doute pas pour rien si les émissions d’un certain Cyril H. continuent de poser à l’heure d’aujourd’hui de gros problèmes de déontologie – et c’est pourquoi  s’attaquer au problème n’est pas une mince affaire puisque rien ne semble pouvoir ébranler cette propension des audiences à préférer des programmes s’apparentant de plus en plus aux jeux de cirques romains : le monde peut s’écrouler, rien de mieux que de voir « une tête de.. » se faire brimer en live, et l’on ne sait plus finalement qui est le plus à blâmer, entre l’offre et la demande. Quand à savoir si l’on peut réellement miner le système de l’intérieur, là je vous renvoie au terrifiant Punishment Park de Peter Watkins sorti en 1971.

 

Slashers lui, date  de 2001 mais se retrouve (malgré son petit statut) régulièrement commenté ici et là d’années en années, car l’acharnement dont fit preuve Maurice Devereau à développer son propos le différencie encore à ce jour de ces petites productions « désintéressées » qui pullulent ici et là depuis que le weird et l’exploitation sont revenus à la mode. Cette honnêteté palpable à l’image dans l’effort, que ce soit du côté de l’investissement de l’entièreté du casting visiblement non-professionnel, ou encore une fois,  cette rigueur assez exemplaire à traiter son sujet continue de susciter l’attention de certains critiques (je rends ici de nouveau hommage au Docteur Devo de Matière Focale) et finira peut-être par donner au métrage une deuxième vie en salles ou bien en festival, ainsi qu’une reconnaissance bien méritée.

 

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