Critique: Miles Ahead

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Miles Ahead

De Don Cheadle

Avec Don Cheadle, Ewan McGregor, Emayatzy Corinealdi, Keith Stanfield

Etats-Unis – 2015 – 1h40

Rating: ★★★☆☆

 

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Fin des années 70. Miles Davis, le jazzman le plus célèbre qui soit,  est dans une sorte de parenthèse artistique. Il vit seul, avec une douleur chronique à la hanche et joue très peu en raison de sa dépendance aux drogues et médicaments. Par le plus grand des hasards, un jeune journaliste, Dave Bruden, souhaitant être aux premières loges lors du come-back du trompettiste, toque à sa porte…

Personnellement, ce n’est pas ma période préférée de Miles Davis, mais il est clair qu’elle est la favorite du réalisateur. On pourrait avancer ce choix pour la preuve qu’à 50 ans passés, le metteur en scène prouve qu’un artiste peut toujours se renouveler. Miles Davis a quand même vécu juste avant cette « pause » de 5 ans (1976-1981), 6 périodes, 6 phases artistico-jazzistiques: il débute dans le bebop (il a étudié à la Julliard School) avec Charlie Parker, puis enchaîne sur le cool jazz toujours avec Bird et au bras de Juliette Gréco, puis c’est le hard bop avec Thelonious Monk et Horace Silver tout en découvrant John Coltrane, ensuite ce fût le jazz modal avec Bill Evans (premier blanc à jouer à l’Apollo), enfin il mêle du rock et du funk à un jazz électrifié. Mais ce n’est le récit du film, donc ces précédentes périodes seront des flashbacks, mais imposantes, au point que la dernière partie du film mélange littéralement réalité, souvenirs, rêves et cauchemars. Pourtant, je ne signifierai pas Miles Davis comme jazzman de l’hallucinatoire ou du psychédélisme. Et dans cette continuité, le néo-réalisateur n’hésite pas à mélanger les dispositifs de point de vue: tantôt nous sommes dans une situation d’entretien documentaire, avec un passage où on accélère, ralentit ou met sur pause des images de concert, tantôt on se fond dans les souvenirs de Miles ou tantôt il est joué une déconstruction du récit (voir plusieurs fois la même action ou la même image).

Si l’ambiance années 70 est bien reconstruite (voire celle des années 60 avec la ségrégation), elle va jusqu’à fluidifier le sentiment paranoïaque du trompettiste (isolement, huis-clos, brûler la vie par les deux bouts…). Et l’altérité, que ce soit le journaliste joué par Ewan McGregor ou le jeune trompettiste Junior, ne change pas le comportement de l’artiste, quoique… Car l’autre idéal, était son ex-femme Frances, une romance assez facile dans son traitement et malheureusement pas si touchante. Contrairement à la consommation de drogues, qui est propice à de nombreuses aventures (payer de la cocaïne en autographe) mais qu’on ne lie pas forcément au travail ou au talent artistiques, tout en signifiant clairement que cela fait partie du décorum d’un artiste, sans jugement. Et de la réflexion jazz? Il y a ces paroles du personnage exprimant que « jazz est un mot de journalistes pour les journalistes. Ce que je joue est de la lutte sociale ». Oui, avant d’être devenue une musique de péteux jouée dans les country clubs, le jazz était un des premiers moyens pour la population noire américaine de dire fuck à l’oppression sociétale, systémique, étatique et institutionnelle dont ils étaient victimes sans en subir les conséquences, tout ayant une volonté de s’élever. Alors quelle magnifique idée de faire un parallélisme entre la scène d’une salle de concert et un ring de boxe…

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Malgré de nombreux défauts (comme la faiblesse du récit du temps présent car elle se limite à la recherche d’une bande enregistrée) et de nombreux déboires à la production (obligation d’avoir un acteur blanc connu pour le financement et l’exportation internationale, tout en passant par le crowfunding), le long-métrage est fidèle à l’un des artistes les plus complets, inspiré et inspirant du siècle dernier. En preuve la dernière scène du film, attention mini spoiler: Herbie Hancock, Robert Glasper, Wayne Shorter, Esperanza Spalding et Gary Clark Jr…

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…