2010 – 2016: état du cinéma d’Horreur actuel

 

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Cet article fait suite à un premier bilan de l’Horreur des années 2000.

 

L’avènement du torture porn et le besoin d’exorciser le trauma du 11 septembre avaient donné à l’horreur un essor assez fou, en faisant un peu le genre number one du marché avant que les films de super héros ne dominent les calendriers de sorties.

Du torture porn aux ghost stories en found footage en passant par les zombies, pendant plus de 10 ans, les sous genres se succédèrent, plus ou moins exploités jusqu’à la moelle par les studios.

Pourtant depuis quelques années, l’engouement s’essouffle, le marché étant grignoté par la télé et ses ambitieuses séries, la rentabilité devenue le coeur de tout projet issue de studios poussant aux remakes et franchises, et les moeurs et envies des fans changeants.

 

 

La fin des idoles du Splat Pack

 

À l’orée des années 2000, vers l’an 2004 précisément, le cinéma de genre  fut submergé par une vague de réalisateurs nouvelle génération, unis autour d’un sens singulier de la violence graphique, un amour pour le genre et ses grandes heures et conscients de livrer quelque part une catharsis nécessaire à un occident déboussolé et traumatisé. Il fallait un défouloir devant l’atrocité de la réalité qui passait en boucle à la télé. C’est ce que ceux que l’on nomma le splat pack vont apporter: un déchaînement de brutalité et surtout un ennemi clair et défini à haïr et à combattre.

Devil’s rejects, Hostel, La colline a des yeux, Saw, Wolf Creek, pour ne citer que les plus iconiques, autant de films posant les bases de ce qui alimentera une partie de la décennie jusqu’à l’essoufflement, la nausée.

Mais que font alors ces maîtres reconnus de l’horreur, étendard d’une nouvelle génération prometteuse ?

THE GREEN INFERNO

The Green Inferno

S’il fallait encore le rappeler, certains comme Eli Roth, gâchent leur talent à se toucher un peu la nouille grâce aux pactoles de la belle époque, d’autres sont encore en activité comme James Wan devenu depuis le golden boy de l’épouvante comme dirait l’ami Rigs de Toxicrypt. Wan est l’un des rares à avoir tronqué la tronçonneuse du torture porn pour l’épouvante feutrée de la ghost stories et ce avec succès, le réal faisant le bonheur de Blumhouse et Warner.

Rob Zombie, après avoir livré son masterpiece Lords of Salem aux frais de l’oncle Blumie semble vraiment galèrer, se faisant financer son 31 en crownfunding, et en choisissant de le tourner vite et pas cher. Selon les premiers retours (dont la critique de l’ami Gutbuster), on est bien loin de la réussite grand guignol House of 1000 corpses. Le peu de moyens et de temps semblent se ressentir. En gros, c’est la galère…

Il y’a ceux qui s’accrochent, à raison, comme Alexandre Aja, qui lutte pour pouvoir imposer ses idées et projets aux pontes d’Hollywood devant ainsi se plier à une petite commande de temps en temps pour continuer à être présent dans l’échiquier…

Et ceux comme Nispel ou Bouseman, qui ont préféré épousé le statut de tâcheron pour continuer à tourner.

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La première vague hyper violente a commencé à se résorber à l’explosion de l’autre genre dominant, le found footage. Avec le succès du premier Paranormal Activity, Oren Peli et Jason Blum ont dynamité le genre, en produisant des petites bobines d’épouvante àlacon avec budget réduit et recettes maxi. Du coup, la franchise se développe, donnant naissance à divers erstatz testant toutes les variations possibles d’une même formule – où les limites entre ghost stories et film d’exorcisme deviennent floues et où les codes des deux genres sont appliqués. Ils sont loin d’avoir inventé la poudre mais ils ont le mérite d’avoir trouvé la formule qui marche pour vendre des places et du popcorn.. Mais nous reviendrons sur ce point plus tard.

 

 

Quand la télé s’en mêle

 

La principale raison de la chute du Splat Pack est tout bonnement que l’audience s’est lassée de voir ces effusions de sang glauques, du moins sur grand écran. Preuve en est la popularité de The Walking Dead, American Horror Story, Hannibal et autres Game of Thrones.

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Hannibal

 

Paradoxalement, alors que le cinéma semblait avoir atteint sa limite en terme de représentation graphique de la violence avec le déclin du torture porn, c’est la télévision, qui, commençant à peine à explorer les limites en terme de glauque et de gore, grâce notamment aux très post 11 septembre Experts à la réalisation Matrix ou aux balbutiements des Buffy-likes, semble désormais masteriser le genre.

 

Avec des succès tels que Dexter, The Walking Dead et GOT, fini la distanciation, on n’hésite plus à offrir les détails les plus hardcores aux spectateurs de tout horizon, pas nécessairement fan de gore à la base mais qui aime bien son petit frisson hebdo en 45 min. Les amateurs de torture porn et autres effusions de sang trouvèrent ainsi un nouveau souffle gore dans le petit-écran, les chaînes américaines sautant sur l’occasion pour renouveler leur audience. Ce que les Profiler et autres X-files des 90’s suggéraient dans la pénombre, les séries du milieu des 00’s n’hésitèrent guère à le montrer dans le champ. Des scénarii les plus sordides aux plans les plus explicites de cranes défoncés, la violence, dans les images comme dans les histoires, est devenue monnaie courante dans la fiction télévisuelle (la même émancipation se retrouve par ailleurs dans les scènes de sexe). Mais il faut reconnaître qu’il n’y a pas que cette représentation de la violence que la série emprunte aux films. Fortes d’un soucis de mise en scène soignée, elles épousent de plus en plus la grammaire cinématographique, que ce soit dans l’écriture ou la réalisation – la première saison de True Detective en est le parfait exemple (ce plan séquence dont on se souvient tous..).

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Ash VS Evil Dead

 

Et il faut dire que ces dernières années, l’influence du ciné horrifique ne se limite plus seulement à l’utilisation de codes scenaristique ou visuels. Les séries se référencent plus seulement aux films, elles les adaptent sur petit écran, pour en étendre l’univers comme Fargo ou Hannibal, ou en faire une suite comme Ash VS Evil Dead. Ces trois cas sont intéressants car ils montrent combien le format série ne trahit pas l’essence d’un film, son ton ou son rythme mais permet au contraire de creuser davantage les personnages et de multiplier les intrigues.

Avec une audience plus large, empruntant allégrement la technique et les codes de mise en scène du cinéma, les séries télé ont attiré l’intérêt général au détriment du grand écran. Cela explique en partie pourquoi les producteurs de films d’Horreur semblent rechercher absolument la franchise, le serial, le filon qui pourra être exploité en plusieurs volets et rapporter plus de thunes. Et dans ce domaine, l’un des meilleurs dans le game, c’est incontestablement Oncle Blumie.

 

 

L’industrie Blumhouse

 

Venons en au cas de Jason “Oncle Blumie” Blum. Le collègue Naughty Bear en a déjà très bien parlé, mais ce qui nous intéresse ici, c’est l’aspect mercantile des productions Blum. Même si les autres gros studio (Warner, Paramount, Fox) sortent également des bobines horrifiques, remakes et originaux, menés par des gars comme Fede Alvarez, Jaume Collet-Serra ou récemment Luke, le fils de Ridley Scott, le bonhomme reste l’un des rares à investir autant dans le genre. 

THE VISIT

The Visit

Jason Blum est un producteur de studios à l’ancienne, appliquant la bonne vieille règle des séries A, B et Z, forgeant son écurie de poulain sur des franchises rodées, comme sur des projets à part, avec plus ou moins de budgets de départ selon le cas. En ressort pas mal de séries B et Z pour quelques “séries A”, comme les Insidious de James Wan, Green Inferno d’Eli Roth, Lords of Salem de Rob Zombie, The Visit de Shyamalan, ou même Barry Levinson sur The Bay, ou encore récemment le western In The Valley of Violence de Ti West ou The Darkness de Greg Wolf Creek McLean, qui lui confèrent un statut de mécène de l’Horreur.

 

Une mécanique bien rodée et hiérarchisée où se mêlent auteurs reconnus ( les fameuses séries A qui embellissent le catalogue), ex-stars montantes ( Daniel Stamm de Last Exorcism récupéré pour 13 Sins, Scott Stewart de Priest sur Dark Skies, Scott Derrickson), techniciens passés derrière la caméra (le scenariste Stiles White à la réal de Ouija, celui du remake d’Assault , James DeMonaco, derrière la série The Purge) et les poulains maison, à l’instar de Mike Flanagan, qui d’Oculus à son récent Ouija 2 , est devenu un des favoris de la critique. Une grande famille où certains ne passent que pour un film, d’autres sont testés et montent ou non en grade (de budget), avec pour objectif la rentabilité pour financer les projets suivants.

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Ouija 2

 

Mais Blum a l’avantage de ne pas / plus se cantonner à un seul style de films d’horreur: Home Invasion (Hush), Action horror (American Nightmare), torture porn (le remake de Martyrs) possession et ghost-story en tout genre (Insidious, Sinister…), le catalogue est aussi diversifié que le genre en soi.

 

La méthode est discutable, une bonne partie des productions étant destinée à juste rentrer du fric, vite et sans que cela ne coûte trop et la qualité n’est pas toujours au rendez vous, d’autant que Blumhouse, c’est une quinzaine de films par an. Forcément, il y a de quoi s’attendre à voir de la bobine insipide…mais aussi tout de même quelques perles non négligeables. La mécanique a déjà fait ses preuves et on peut reconnaître au moins à Blum d’alimenter (submerger?) un genre et d’attirer les ados, renouvelant l’audience, mettant en appétit de nouvelles générations d’amoureux du genre, qui finiront bien par trier le bon grain du mauvais, en voyant notamment de petites perles indés, qui par un coup de projecteur, buzze sur le net et prennent le chemin de l’exploitation en salles.

 

 

L’Émergence des indés

 

Heureusement pour les puristes, il restera toujours l’Horreur indé pour nous dégoter des noms à suivre et réinjecter un peu de neuf dans le genre.

La vague US des Ti West (House of the Devil), Wingard (You’re next) et autres Lucky McKee ( May, The Woman) avait apporté une fraîcheur, une différence marquante avec les héritiers du splat pack. Leurs traitements du gore, le choix des thématiques ou références choisies contrastait alors avec la médiocrité ambiante.

Depuis la fin du torture porn et l’avènement de la formule Blumhouse, les majors squattent le marché, le remplissant régulièrement de variantes débiles et autres adaptations en format long de court-métrage.

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It Follows

 

Pourtant malgré ça, on parvient tout de même à voir l’émergence d’un ou deux noms par an, deux nouveaux prodiges de l’Horreur, redonnant l’espoir d’un nouvel âge d’or et contrebalançant la médiocrité de la plupart des prods, remakes et franchises squattant de plus en plus les agendas de sorties des mois à venir.

It Follows de David Robert Mitchell, Babadook de Jennifer Kent, The Witch de Robert Eggers, Girl Asleep de Rosemary Myers ou le multi-récompensé Grave de Julia Ducournau, autant de pépites découvertes grâce aux coups de projecteurs de festivals influents comme le TIFFF ou Sundance, et en France comme l’Etrange Festival, le FEFFS, le PIFFF ou Gérardmer . De là, tous les festivals spécialisés cherchent alors à programmer le prochain succès critique. Ils mettent ainsi en lumière l’Horreur et le Fantastique indé australien, en passe de devenir aussi important que le made in UK, faits d’auteur(e)s indépendant(e), à l’image de Jennifer Kent et sa co-patriote Rosemary Myers.  Souvent première ou deuxième oeuvre de ces cinéastes, leur film leur permet de se faire connaître dans le monde entier, relève nécessaire au d’un genre tiraillé entre guerre à la rentabilité et exploitation en salles plus difficile que d‘autres genres comme la SF ou le thriller. Ces films illustrent parfaitement le fait qu’avec de l’inventivité, les petits budgets peuvent égaler les grosses productions.

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The Witch

 

Toute cette jeune garde de l’horreur contemporaine partage un sens aigu de la grammaire ciné, en maîtrisant les codes tout en parvenant à gérer un petit budget sans que cela ne soit perceptible à l’image. Ils réussissent à asseoir leur univers, cultivant les effets de terreur à l’ancienne, subtil utilisation de maquillage, de fausse hémoglobine, de jeux sur la profondeur de champ, et reposant sur un scenario si ce n’est inventif, du moins solide, réfléchissant sur le genre ou sur l’époque, gage certain de qualité.

Que ce soit l’insolite de The Witch, la menace pluriforme d’It Follows ou la brutalité malsaine de Grave, les films indépendants offrent un large panel de la richesse du genre, des différentes façons d’aborder la peur et et de provoquer le dégoût chez l’audience, des diverses formes cinématographiques et les émotions qu’elles peuvent susciter.

 

Le second millénaire est une période charnière de changements socio-culturels, le web ayant redistribué les cartes de la consommation de films et les réseaux sociaux, la manière de les faire connaître. Les festivals spécialisés restent cependant le tremplin ultime qui entraîne le buzz, permettant un renouveau du genre par l’émergence de nouveaux auteurs. Les grosses productions ne sont pas non plus étrangères au maintien de l’intérêt du public pour l’Epouvante-Horreur, tout comme les séries qui ouvrent au final la voie pour de futurs amateurs. Bref, le genre se porte comme un charme.

 

 

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.