Critique: Tu ne tueras point

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Hawksaw Ridge

 

De Mel Gibson

Avec Andrew Garfield, Vince Vaughn, Teresa Palmer, Luke Bracey, Sam Worthington.

Etats-Unis – 2016 – 2h29

Rating: ★★★★☆

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Alors qu’il se bat avec son grand frère, le jeune Desmond Doss lui assène un violent coup de pierre et manque de le tuer. Traumatisé par ce geste, qui trouve notamment racine dans le comportement brutal de son père alcoolique, il décide de tourner définitivement le dos à la violence. Aussi, lorsque la guerre éclate dix ans plus tard, Desmond ne résiste pas à l’appel du devoir mais, s’en tenant à son serment, refuse de porter une arme. Forcément, un tel principe ne facilite pas ses classes et le jeune homme se heurte à l’incompréhension de sa hiérarchie. Il parvient néanmoins à intégrer l’armée en tant qu’infirmer et s’illustre lors de la sanglante bataille d’Hawksaw Ridge. Ni armes, ni violence et sans haine comme dirait l’autre.

Devenu persona non grata à Hollywood, Mel Gibson est pourtant de retour avec cette fresque à 55 millions de dollars, retrouvant le producteur Bill Mechanic et le scénariste Randall Wallace, vingt ans après Braveheart. Tu ne tueras point est déjà communément considéré comme le film de la rédemption pour le cinéaste. Si cette thématique toute chrétienne émaillait déjà le reste de sa filmographie, Gibson fait de son pamphlet anti-guerre, tiré d’une (incroyable et méconnue) histoire vraie, une œuvre plus personnelle que jamais. Devant les scènes où apparaissent Hugo Weaving en figure paternelle autoritaire et torturée, on pourrait presque croire à une autobiographie.

 

Tu ne tueras point commence comme un biopic qui semble parfois désuet mais reste généralement efficace. Nous présentant avec nostalgie l’Amérique des années 40, le film renoue en effet avec un classicisme qui fait plaisir à voir, quitte à désarçonner le spectateur du 21ème siècle. Mais derrière le sourire béat d’Andrew Garfield (cheveux sur la langue à l’appui !) et sa drague à l’ancienne, le jeune Desmond Doss est déjà confronté à la violence. Gibson n’hésite pas à jouer des symboles pour montrer le combat de son personnage, comme dans cette scène où il utilise la brique et la ceinture, instruments du Mal dans l’incident qui a failli conduire au meurtre de son frère, pour sauver un accidenté de la route. Idéaliste acharné, Desmond Doss décide de s’engager pour son pays mais refuse donc de toucher une arme (lorsqu’il finit par le faire sur le champ de bataille, c’est là aussi pour la détourner de sa fonction meurtrière). Tu ne tueras point, toujours avec le même classicisme, nous raconte la détermination de son héros, s’apparentant même au film de procès pour mieux mettre en valeurs la morale limpide et pourtant controversée de son militaire pacifique mais presque (le casque de Full Metal Jacket ? Pas vraiment mais j’y reviendrai…).

 

 

Alors qu’on avait presque oublié les tableaux guerriers qui introduisent le film, Desmond Doss se retrouve dans l’enfer du Pacifique. Et là, Gibson se lâche avec un premier assaut d’une rare barbarie. Tandis que la musique jusqu’alors omniprésente se tait, la mise en scène sauvage et incroyablement immersive, qui s’inscrit dans la filiation directe de la célébrissime scène d’Il faut sauver le soldat Ryan, nous plonge au cœur d’une bataille sans gloire. Cette violence s’impose sans complaisance au vu du sujet et tranche avec le traitement aseptisé des blockbusters actuels où la guerre semble bien souvent réduite à un argument commercial forcément douteux. A l’image de son héros qui s’engage malgré ses principes, Gibson se confronte à la violence pour trouver le salut. Si on n’échappe pas aux figures imposées du genre telles que le chef instructeur à la répartie fleurie (Full Metal Jacket…), l’échange fraternel sur le champ de bataille ou encore la mort du compagnon d’arme dans les bras du héros, celles-ci trouvent le plus souvent une résonance toute particulière vu l’objection de conscience du personnage.
 

La structure en deux parties du film n’est pas sans rappeler Full Metal Jacket (voilà !)* mais l’approche de Gibson est très différente de celle plus glaciale et politique de Kubrick. Effectivement, là où ce dernier nous donnait à voir la déshumanisation de ces jeunes bidasses, Tu ne tueras point nous invite à adopter le point de vue d’un homme qui décide, envers et contre tous, de rester fidèle à ses principes. Aussi, Gibson adopte pleinement le point de vue de Desmond Doss. Alors oui, on pourra s’interroger sur le patriotisme aveugle de son personnage mais force est de constater que le film évite les écueils de la propagande américaine (ainsi, l’hymne et la bannière étoilée qui font souvent jaser se font ici très discrets) et rend même un curieux hommage à l’honneur japonais via une scène d’Hara-Kiri (Hey Mel, c’est pas un péché le suicide ?). De même, vu ses nombreuses références bibliques (Caïn et Abel, le véritable chemin de croix de Doss, l’eau qui redonne la vue à un soldat blessé ou encore le fameux commandement qui donne son titre français au film), les anticléricaux les plus convaincus trouveront certainement à redire alors que le discours de Gibson, même s’il est profondément marqué par sa foi, est ici avant tout humaniste. Tu ne tueras point, un point c’est tout.

 

 

*Un autre film de guerre adoptait aussi cette structure : l’excellent Gallipoli de Peter Weir avec au casting un certain Mel Gibson. Puisque ce dernier à également tourné Tu ne tueras point en Australie, je me suis même demandé s’il ne s’agissait pas de la même falaise. Je ne m’avance pas mais si quelqu’un à l’info, je suis preneur !
 
 

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C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.