Les One-hit Wonders du cinéma – Part V

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Nouvelle partie du doss des One-Hit Wonders du cinéma de genre, ces mecs qui ont fait un film culte, une one perfect shot, avant de retomber dans l’oubli, ne réatteignant jamais les sommets qui font de leur masterpiece, un bout de légende.

 

Pour le rattrapage des parties précédentes, c’est par là!

 

Schizophrenia de Gerald Kargl 1983

Film préféré du sulfureux Gaspar Noé, Schrizophrenia fait parti de ces films capables de mettre mal à l’aise son spectateur, de part son sujet et sa manière de le traiter. Prenant racine dans les faits bien réels des meurtres perpétrés par Werner Kniesek, tueur en série autrichien, le film de Gerald Kargl nous plonge dans la psyche torturée du personnage principal, qui vient d’être relâché après avoir purgé sa peine pour l’assassinat d’une vieille femme. Tiraillé par l’envie de recommencer, il déambule de rencontres en opportunités meurtrières avant d’échouer dans la propriété d’un homme handicapé vivant avec sa mère et sa soeur…

En adoptant le point de vue du tueur, renforcé par son monologue monotone, Kargl ne cherche pas à romancer son personnage à la manière du Voyeur de Powell ou de Maniac de Lustig. Bien au contraire, le réalisateur entretient le décalage entre les actes violents et d’apparence irraisonnés du serial killer et le calme de sa voix intérieure, celle de ses pensées, axées principalement sur la traque de sa prochaine victime.  Ce contraste est intéressant car il va à l’encontre de celui utilisé dans le film de Powell, dont le Mark Lewis semble physiquement innocent, sa psyche est monstrueuse.

Schizophrenia se démarque également dans sa mise en scène et le soucis de réalisme presque documentaire qui lui est apporté, laissant le spectateur témoin silencieux des pulsions meurtrières du héros et de leurs libérations brutales, le tout ambiancé par la musique signée Klaus Schulze, ex-Tangerine Dream, qui devait aussi faire la BO du Dune de Jodo (small world, vu qu’on en parlait dans la Part IV).

Premier long métrage de Gerald Kargl, qu’il a co-scenarisé avec le réalisateur polonais Zbigniew Rybczy?ski, Schizophrenia ou Angst en VO, est également l’unique projet cinéma qu’il va effectuer avec sa société de prod fraîchement créée.  Il faut dire qu’au vue de l’ambition réussie du film, les retombées commerciales n’ont guère été très importantes. Il préféra par la suite se consacrer à la production de films éducatifs et d’entreprises (si tu as suivi les différentes Parts du dossier, tu sais que c’est un peu une récurrence chez le One-Hit Wonder, les films éducatifs/d’entreprise…).

Froid, atrocement attaché à un certain degré de réalisme, Schizophrenia est le genre de film à ne pas ménager son spectateur, à l’instar des films de Noé, qui le cite même en inspiration pour sa mise en scène.

Lullaby Firefly

 
 

La mort en prime de Alex Cox (1984) 

Otto (Emilio Estevez) quitte son boulot dans une épicerie parce qu’il est foncièrement rebelle pour se retrouver « repo man » (le titre original du métrage, pour «repossessor», des huissiers mobiles chargés de saisir des véhicules impayés) suite à un concours de circonstances : ayant aidé un certain Bud (génial Harry Dean Stanton) au cours de l’une de ses saisies, il se retrouve à faire partie de la joyeuse bande de briscards de l’entreprise Helping Hand, goûtant aux joies de porter un costume puisque de toutes façons plus personne ne l’aime dans sa bande et ils sont tous en train de sombrer dans la criminalité pure et dure. Au cours de ses multiples pérégrinations (pour le travail) il fera la connaissance de Leila, travaillant pour une organisation secrète qui serait parvenue à exfiltrer  clandestinement le corps d’un alien d’une base américaine située au Mexique, à bord d’une Chevrolet Malibu plus précisément, qui jusque là n’a eu de cesse d’échapper aussi bien aux services secrets qu’aux autres entreprises locales concurrentes de repossession. Un détail pour lequel, sur le coup, il n’a que très peu de considération et il a bien tort, cette histoire va littéralement changer le cours de sa vie..

 

Première réalisation culte de l’anglais Alex Cox, dont la carrière prometteuse explosera en plein vol avec Walker en 1987 et qui lui vaudra un bon gros blacklisting dans les formes de la part des studios, le contraignant à se tourner uniquement vers des productions indépendantes (en même temps ça colle mieux à son tempérament, Cox étant férocement anti-capitaliste) bien qu’il fût un temps commissionné pour l’adaptation de Las Vegas Parano avant d’être remplacé par Terry Gilliam suite à quelques différents créatifs avec Hunter S. Thompson. Egalement fan avéré de Godzilla, il commente quelques documentaires sur le sujet, écrit même une mini-série pour Dark Horse Comics en plus d’avoir nourri pendant longtemps le rêve de réaliser une adaptation-live du personnage.

 

Dans La mort en prime transparaît pour beaucoup la passion du réalisateur pour la scène punk des années 80 (il est également l’auteur du Sid et Nancy avec Gary Oldman sorti deux ans plus tard) tant le réalisateur prend plaisir à filmer ses personnages dans leur microcosme quotidien, la banlieue de Los Angeles – et en ce sens il n’est pas du tout exclu que le film n’aie pas été une influence d’ importance pour Jim Muro et son Street Trash. Mais ce qui faisait de Cox l’un des réalisateurs les plus prometteurs de sa génération demeure cependant à chercher définitivement du côté de ses audaces narratives, elles-mêmes propulsées par une fibre foncièrement subversive : La mort en prime est une relecture déjantée du En quatrième vitesse de Robert Aldrich transposée sous l’ère reaganienne, avec quelques clins d’œil fortement marqués vers William Burroughs, matinée d’extra-terrestres à la Roswell, d’agents fédéraux tous plus ou moins déglingués et de quelques blow-whistlers qui ne le sont pas moins. Audace narrative qui va également se nicher jusque dans des drôles de petits détails, comme cette nourriture étiquetée « nourriture » comme si on évoluait déjà sans lunettes dans l’univers du Invasion Los Angeles de John Carpenter, tandis qu’un groupe de musique un peu atypique dans un coin, ou encore un échange décalé par cabines téléphoniques à un trottoir de distance, auront peut-être marqués plus que l’on croit un David Lynch post-Dune.

 

Cox travaillera longtemps à une suite qui échouera à retrouver son chemin sur le grand écran mais qui verra tout de même le jour sous forme de graphic-novel (Waldo’s Hawaiian Holiday – en fait c’est juste Otto qui a changé de prénom). Il réalisera cependant une suite plus officieuse, Repo Chick en 2009 tandis qu’un long litige continuera de l’opposer aux studios Universal, à propos du Repo Men de Miguel Sapochnik, qu’il accusait de capitaliser implicitement sur la réputation de sa propre franchise.

       Nonobstant2000

 
 
 

C’est arrivé près de chez vous de Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde (1992)

En 1987, Rémy Belvaux rencontre André Bonzel à l’ENSAS, l’école de cinéma de Bruxelles. Aussi, il décide de coréaliser un court métrage avec lui et fait également appel à son meilleur pote, un certain Benoit Poelvoorde. Deux ans après ce premier effort intitulé Pas de C4 pour Daniel Daniel, les trois compères se lancent dans la réalisation de ce qui sera leur film de fin d’études : une parodie de l’émission Strip-Tease où ils suivent le périple meurtrier d’un serial killer belge incarné par Poelvoorde. Le faux-documentaire dure alors 50 minutes mais les trois réalisateurs décident de tourner quelques scènes supplémentaires et de réintégrer des parties coupées par leurs professeurs afin d’en faire un véritable long-métrage. C’est arrivé près de chez vous est présenté à la Semaine de la critique où il fait grand bruit, s’attirant les foudres d’une partie des critiques qui lui reprochent sa violence mais devenant aussi instantanément culte pour une grande partie des spectateurs.

Conçu bien avant Le projet Blair Witch et toute la vague de found footage qui s’est depuis abattue sur nos écrans, C’est arrivé près de chez vous se montre particulièrement inventif vis-à-vis de ce procédé (cf les morts des cadreurs ou encore cette scène où caméraman et perchman sont séparés). Aussi, le film n’hésite pas à brouiller les pistes en intégrant de véritables passages documentaires. Ainsi, la mère de Benoît Poelvoorde n’était pas au courant de l’histoire et donne donc ici un vrai témoignage sur son fils. Si les trois réalisateurs ne manquent pas de susciter l’effroi, ils n’utilisent pas le found footage et son rapport ambigu au réalisme pour provoquer la peur mais bien pour conduire le spectateur jusqu’aux limites de l’humour le plus noir.

Tour à tour sympathique, odieux, inquiétant voir même carrément glaçant, Poelvoorde trouve ici le rôle de sa vie et impose le personnage qui ne le quittera plus, déjanté et beau parleur, se laissant aller à des envolés lyriques souvent un peu foireuses mais toujours hilarantes. Il est l’âme de ce film où se succèdent les séquences cultes, de la préparation du Petit Gregory au lestage de corps en passant par le meurtre « propre » de mamie Tromblon. Les sommets de l’horreur seront atteints avec le meurtre d’un enfant et une abominable tournante alcoolisée. Vous en avez rit ? Putain, moi aussi…

Ce qui suivra cette perle noire ne sera pas forcément plus joyeux en ce qui concerne ses trois réalisateurs. Si Poelvoorde et Belvaux se retrouveront rapidement pour Les carnets de monsieur Manatane, le premier rencontre vite le succès qu’on lui connaît tandis que le second rencontre plus de difficultés. Rémy Belvaux dirige de nombreux spots publicitaires et participe également à  l’entartage de Bill Gates aux côtés de Noël Gloup Gloup Godin mais il n’arrive pas à monter sa deuxième réalisation. En 2006, il se donne la mort en se jetant sous un train. Ni Benoît Poelvoorde, profondément affecté par ce drame, ni André Bonzel n’ont réalisé de films depuis C’est arrivé près de chez vous.

Désolé d’avoir un peu plombé l’ambiance… Aussi, que diriez-vous d’un Petit Gregory qui remet bien la patate ? Y’a qu’à suivre la recette du spécialiste…

 

HollyShit

 
 
 

Demolition Man de Marco Brambilla (1993)

A l’orée des années 90, Schwarzy, et Sly, stars jusqu’alors incontestées du cinéma d’action, voient débarquer avec Bruce Willis et son McClane un nouveau type de héros, moins bodybuildé et plus à la cool. Aussi, nos deux gaillards, déjà de plus en plus blagueurs, décident de se lancer dans la comédie pure avec Jumeaux et Un flic à la maternelle pour Schwarzenegger et l’Embrouille est dans le sac puis l’embarrassant Arrête ou ma mère va tirer pour Stallone. Contrairement à l’étalon italien, Mister Univers rencontre un grand succès avec ses films familiaux et se lance alors dans un projet qui allie action et comédie : l’injustement boudé mais assurément génial Last Action Hero. De son côté, Sly ne s’avoue pas vaincu et emporte la mise au box-office cette année là en tournant dans Demolition Man. Le film n’est pourtant pas mis en scène par un ténor tel que Mc Tiernan mais par un jeune réalisateur italien issu de la publicité : Marco Brambilla.

On imagine bien la pression que ça doit être de mettre en boite un premier film à 60M de dollars et Brambilla s’en tire avec les honneurs en livrant un actionner SF des plus funs qui a néanmoins des choses à dire. Demolition Man commence dans un Los Angeles de 1999 complètement ravagé par le crime, avec son emblématique panneau Hollywood en flammes, et il est difficile de ne pas faire le lien avec les émeutes qui ont secouées la ville en 1992 suite à l’acquittement des flics qui avaient passé à tabac Rodney King. On pourrait alors suspecter le film de prendre clairement parti, en faisant de son méchant psychopathe un noir tandis que la violence policière de notre héros blanc apparaît comme légitime. Mais Demolition Man préfère s’attaquer au politiquement correct en envoyant ses deux personnages dans un futur aseptisé après un saut dans le temps cryogénique. La société américaine de 2032 est en effet une « utopie » non violente où les flics ressemblent plus à des boyscouts, où la radio ne diffuse plus que de vieux jingles publicitaires débiles, où une machine vient verbaliser les écarts de langage et où on ne se torche plus au papier toilette pour utiliser trois mystérieux coquillages… Cumulant les références à des classiques de la SF tels que 1984, Le meilleur des mondes ou encore à La machine à voyager dans le temps, Demolition Man nous décrit un futur où la « bien-pensance » est devenue totalitaire : l’alcool, les cigarettes et les armes à feu sont prohibés (c’est peut-être pas si mal pour un des trois !) ainsi que le sexe (du moins physique !…), l’avortement ou la procréation non-contrôlée. Loin de la démonstration austère, on se délecte joyeusement du décalage entre notre Stallone brut de décoffrage et cette société « idéale ».

Demolition Man n’oublie jamais d’être un redoutable divertissement et s’impose comme un véritable comic-book live. Le face à face qui oppose John Spartan, super-flic bien burné qui révèlera des aptitudes pour le tricot, à Simon Phoenix, savoureux méchant coloré (pour le coup, je parle de son incroyable look !) incarné par un Wesley Snipes en roue libre, est d’anthologie. Il faut aussi noter la première apparition so cute de Sandra Bullock et le fait que ce gros relou de Rob Schneider ne la ramène pas trop ! Enfin bref, il y aurait encore des dizaines de raisons de faire de Demolition Man le parfait film du dimanche soir. Mais alors, qu’est devenu Marco Brambilla ?

Quatre ans après Demolition Man, Marco Brambilla réalise son deuxième long métrage intitulé Excess Baggage où il met en scène Alicia Silverstone (actrice des 90’s plus populaire que les films dans lesquels elle jouait !), Benicio Del Toro et Christopher Walken. Le film est un échec public et critique. Brambilla s’éloigne alors des plateaux de cinéma pour se tourner vers la vidéo d’Art. Ses travaux sont alors exposés dans les musées les plus prestigieux. Il revient un temps à la fiction pour réaliser les épisodes de la mini-série Dinotopia. Parmi ses travaux les plus célèbres, on peut citer les impressionnants collages du triptyque hypnotique Megaplex, composé d’Evolution, Création et Civilization , ainsi que le clip très remarqué de Power pour Kanye West. Enfin, on ne pouvait ici faire l’impasse sur une de ses œuvres où il triture plastiquement le film d’un baiser et qui s’intitule… Celluloïd!

 

HollyShit

 
 

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