Les One-hit Wonders du cinéma – Part IV

 

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Quatrième partie de ce dossier fleuve consacré aux One-Hit Wonders du cinéma de genre, ces gars ayant signé un film culte avant d’abandonner la réalisation ou de retomber dans l’oubli..

Vous pouvez retrouver la première partie là, la seconde est par là et la troisième juste ici.

 

Return of living dead de Dan O’Bannon 1985

S’il y a bien un mec qui a participé à l’émergence du ciné SF moderne, c’est bien Dan O’Bannon. Tout commence en 1974 avec Dark Star, premier film de John Carpenter sur lequel O’Bannon officie comme acteur, co-scenariste et décorateur. Les deux compères sont alors encore étudiants en ciné à l’USC (l’université de Californie du Sud) et qu’ils mettent 6 ans à boucler.

Epaté par le boulot de O Bannon sur les décors, Alejandro Jodorowski l’appelle pour son projet monstre, l’adaptation de Dune, autour duquel il est en train de réunir une dream-team improbable composée d’Orson Welles, Moebius, Jagger, Dali, Pink Floyd et le plasticien suisse H.R Giger. Le projet sera finalement avorté mais O’ Bannon aura néanmoins fait deux rencontres décisives pour le reste de sa carrière, celle de Moebius pour lequel il scenarise la BD The Long Tomorrow en 75, et  celle de Giger, avec lequel il va concevoir l’iconique créature d’Alien de Ridley Scott, tournant marquant dans l’histoire du cinéma SF.

Dès lors, sa carrière de scenariste est lancée, et il continue à livrer la matière première de films cultes comme Metal Hurlant, Total Recall ou encore Lifeforce et L’invasion vient de Mars, tous deux de Tobe Hooper.

 

Sa première tentative derrière la caméra, Le Retour des Morts-vivants repose sur un script écrit par John Russo, acolyte de Romero sur La Nuit des Morts-vivants ayant gagné en justice le droit d’utiliser le terme “ of the living dead”, alors que son ex-coéquipier eut toute jouissance du terme “ of the dead” qui ponctue les titres de ses films de zombie. O’Bannon retravaille le scenario, destiné à être réalisé par Tobe Hooper, mais ce dernier abandonne le projet, lui préférant Lifeforce, ironiquement écrit par O’Bannon. Russo et le producteur Tom Ford décident alors de lui filer la casquette de réal, ce qu’il accepte à la condition de pouvoir réécrire le scenario pour se détacher de l’intention première de Russo, faire un film de zombie à la Romero.

 


 

Et le pari est plutôt réussi, Return of the Living-Dead délaissant l’Horreur pure pour lui donner une dose d’humour noire et une saveur slapstick, ponctuant son récit de gags et de scènes gore, le rendant singulier dans la niche zomblard. Peuplé d’une myriade de personnages follement 80’s,dont la cultissime punkette exhibo. Au delà du scenario, O’Bannon se détache de l’école romerienne en ajoutant aux effets de maquillages chers à Big George, quelques animatroniques dont les “half man zombie” (qui parle) et “Tarman Zombie”, le premier créé et animé par Tony Gardner, qui a bossé sur Evil Dead 3, Darkman ou 127 Heures, et le second par Allan Trautman, collaborateur de Henson sur les Muppets, deux monstres apportant beaucoup à la singularité du film.

A  noter que le fait de donner la parole à un zombie est un des thèmes qu’aborde Romero dans son Day of the Dead, sorti la même année. Simplement là où l’un en fait une reminiscence de sa vie de vivant, l’autre choisit d’en faire le témoignage de l’état d’être zombie, dans une des scènes les plus mythiques du motif ( pour vous dire, je l’ai étudié en fac de ciné, dans un cours sur le zombie, true story). Punk, fun, généreux, Return of the Living-Dead témoigne de l’ingéniosité de son créateur, qui aurait mérité de figurer au même rang que Sam Raimi ou Peter Jackson.

Mais O’Bannon ne refera qu’une seule tentative en tant que réal, The Ressurected en 92, une adaptation de Lovecraft, qui sortira en DTV et sera un échec. Il produira encore deux scenari, Screamers, adapté de K. Dick et Bleeders, adapté de Lovecraft. Cependant, Le Retour des Morts-vivants est devenu avec le temps un fleuron des 80’s et a largement participé à entériner la légende O’Bannon. 

Lullaby Firefly

 

Street Trash  de Jim Muro (1987)

Un grossiste tombe par hasard dans sa cave sur un stock de vin d’au moins 60 ans d’âge mais tant pis, ce sera toujours bien assez bon pour les clodos du voisinage. Ce qu’il ignore c’est que le breuvage a tellement bien vieilli qu’il liquéfie littéralement ceux qui le consomment – mettant à jour par ailleurs tout un éventail de gammes chromatiques que l’on imaginerait pas forcément trouver à l’intérieur du corps humain.

Version longue d’un court-métrage de fin d’études du réalisateur Jim Muro, (faisant dores et déjà la preuve d’une maîtrise inspirée du steady-cam dont il a fait depuis sa profession, notamment pour le compte de James Cameron ou encore de Kevin Costner) dont le seul postulat garantissait une place de choix au Panthéon des films bis, le film effectue pourtant sans prévenir un drôle de volte-face dans sa partie centrale, dont le scénariste et producteur Roy Frumkes concède bien volontiers qu’elle a cependant bel et bien été pensée pour offenser le plus de monde possible. Et en effet, malgré le talent certain employé sur les effets spéciaux pour montrer des corps dans des déliquescences toujours plus inventives les unes que les autres, celles-ci font parfois pâle figure au regard des autres « réjouissances » que le métrage peut réserver. Le récit se concentre en effet rapidement sur les interactions mouvementées entre différentes factions de hobos (dont une dirigée d’une poigne de fer par un vétéran du Vietnam complètement décalqué du bulbe) la police et un gangster local, s’attachant à dépeindre avec un humour grinçant les différentes interactions à l’intérieur de ce joyeux microcosme.

 

 

L’intrigue finit par se resserrer entre les murs d’une casse automobile, renforçant encore plus pour le spectateur le sentiment d’assister à quelque chose se déroulant littéralement « à l’écart du monde », et cette « dé-réelisation » provoquée par l’autarcie de la marginalité sera, si ce n’est la justification, au moins une forme d’explication au regard du déluge de barbarie sans tabous dont il sera progressivement le témoin. Un somptueux mélange d’isolation et d’impunité  dans lequel les productions Troma avaient depuis quelques années déjà intensivement cultivé le terreau (porteur évidemment des plus belles splendeurs coercitives propres à toutes les microsociétés) pour donner lieu à des satires toujours plus corrosives et dont on perçoit sans aucun doute l’influence ici ; et qui à son tour, aura certainement inspiré quelqu’un comme Jason Eisener pour son Hobo With a Shotgun (que tout le monde n’apprécie pas forcément mais moi si) pour finir d’ essayer de vous donner une idée de la tonalité générale. Tout ceci ajouté à un sous-texte un peu curieux sur la politique étrangère des states (fomenté par la présence du vétéran – lui et ses drôles de remontées de souvenirs de guerre – ainsi que celle de la jeune asiatique au grand cœur veillant sur nos deux héros principaux) achève de faire de  Street Trash une référence incontournable, l’un des fleurons les plus emblématiques de l’émulation et de la rage créative ayant cours à cette époque – le métrage original (perdu aujourd’hui) faisait même environ 2h30, et qui sait ce que Munro et Frumkes avaient envie de raconter en surplus.

 

Nonobstant2000

 

Begotten de E.Elias Mehrige (1991) 

Un dieu hagard n’en finit pas de se mutiler, jusqu’à la mort. De ses entrailles éparses émerge une autre figure divine, féminine cette fois-ci, qui s’imprègnera de son sang et donnera naissance à un fils qu’elle abandonnera immédiatement à son sort. Une tribu nomade non identifiée le recueillera, se nourrissant d’abord de ses déjections avant de le consommer entièrement. Puis, après un deuxième cycle de dévoration, à la fois de l’enfant mystérieusement ressuscité et de sa génitrice revenue le veiller, surgira le Monde.

Initialement metteur en scène de théâtre d’avant-garde, E. Elias Mehrige décide pour des raisons de budget de transposer sur pellicule sa dernière création (une fresque consacrée à l’énigme de nos origines pensée à la source de toutes les mythologies) sous la forme d’une trilogie dont Begotten constitue le premier volet. Se revendiquant des influences d’ Artaud (pouvait-on en effet rêver d’une plus belle mise en pratique des préceptes du «Théâtre de la Cruauté » ?) et de Nietzsche en ce qui concerne l’écriture, il délivre un métrage ouvertement expérimental, complètement exempt de dialogue et pourvu d’une photographie aux contrastes saturés, à mi-chemin entre les relectures similaires de l’histoire d’un autre metteur en scène assez fameux, Tadeusz Kantor, et la démarche des performeurs viennois. Plus ou moins inexplicablement, les critiques américains n’y verront eux que l’influence éventuelle du Eraserhead de David Lynch (…)(bon, peut-être pour le côté noir et blanc après tout) ce qui n’entachera en rien toutefois la reconnaissance progressive mais certaine du travail de Mehrige au fil du temps.
 

 

Après une réalisation un peu plus mainstream avec L’Ombre du vampire (produit par Nicholas Cage !) narrant les coulisses du tournage du Nosferatu de Murnau (avec John Malkovich,Willem Dafoe et Udo Kier à la distribution) puis quelques clips pour Marilyn Manson, Danzig et Interpol, le réalisateur essuie une sévère déconfiture au box-office avec Suspect Zero en 2004. Bien que ces incursions dans le domaine grand public soient toutes deux très très loin d’être déshonorantes, elles ne possèdent certainement pas l’ampleur des œuvres du réalisateur dans son registre de prédilection, car si celui-ci n’est peut-être pas l’un des cinéastes les plus réputés de notre époque, il en est assurément l’un des plus modernes. On le retrouvera deux ans plus tard enfin de retour dans son propre univers avec le deuxième volet de sa trilogie par le biais du court-métrage Din of Celestial Birds, remplissant le pari audacieux de figurer cette fois-ci la naissance de la conscience humaine.

Nonobstant2000

 

Suture de Scott McGehee David Siegel   (1993)

Projet totalement fou mené par un duo de réals qui ne s’étaient alors qu’expérimentés aux formats courts, Suture plut tellement à Soderbergh qui en avait vu une version roots, qu’il aida à trouver des financements.

Suture suit Clay venu rendre visite à son frère Vincent qu’il a rencontré il y a peu à l’enterrement de leur riche père. Vincent, qui lui a fait promettre de ne pas révéler leur lien de parenté, met rapidement en place son plan machiavélique, assassiner ce frère dont tout le monde ignore l’existence en faisant sauter sa voiture, après avoir pris le soin de laisser des indices pour faire croire à sa  propre mort. Mais Clay survit, bien qu’amnésique, et se retrouve avec le visage et l’identité de son frère.

Suture signe donc leurs débuts dans le long-métrage, écrit à quatre mains et tourné en noir et blanc. Et quel noir et blanc! Invoquant de leur propre aveu aussi bien les films japonais du milieu des années 60 et le classicisme hitchcockien, ils parviennent à livrer un néo-noir singulier, brouillant les pistes temporelles pour lui conférer un aspect rétro-futuriste. Reprenant de grands codes et motifs du film noir, le film a bien digéré ses références, alternant réalité, rêves et souvenirs en jouant sur les textures et le contraste de son noir et blanc.
 


 

Créant dès le début un décalage entre ce que sait le spectateur et ce que sait le personnage principal, Scott McGehee et David Siegel accentue le contraste par le choix de Dennis Haysbert (le président du monde libre dans 24) pour incarner Clay, qui défiguré par l’accident, revient du bloc avec les traits d’un homme blanc. Pas besoin de “white-face” ou de prothèses, on est dans un film. Les personnages le voient avec le visage de Michael Harris qui incarne Vincent ( qui est avouons-le davantage un mix de Peter Weller et de Poutine), mais nous, spectateur omniscient, voyons au delà de l’apparence, nous voyons son âme.  Idée brillante, le combat principal de Clay restant celui de reconstituer son identité en dépit de celle que l’on lui a imposé, son humanité et la noblesse de son caractère contre la froideur de son frère manipulateur (et un peu sociopathe aussi).

Film de contraste, essence même du film noir classique, Suture est une démonstration brillante de l’intemporalité du noir et blanc, de la façon dont les règles classiques peuvent servir une forme plus moderne. Le film sera d’ailleurs récompensé à Sitges du prix du meilleur réal et de la meilleure photo à Sundance en 1994. Les deux comparses resigneront par la suite quelques bobines bien plus confidentielles et classiques dont The Deep End avec Tilda Swinton en 2001, sans pour autant parvenir à ressortir de l’ombre et retrouver cette équation fabuleuse qu’est Suture.  

 

Lullaby Firefly

 
 
 

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