Critique: Elle

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Elle

 

De Paul Verhoeven

Avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Jonas Bloquet, Anne Consigny et Charles Berling

France – 2016 – 2h10

Rating: ★★★★☆

 

elle

Paul Verhoeven, apparemment pas vraiment prêt à renouer avec Hollywood, préfère se diriger vers la France pour ce Elle, d’abord envisagé comme un film américain. Le cinéaste hollandais a vite senti que l’ambigüité du projet le rendrait très difficile à monter chez l’oncle Sam, ne serait-ce que pour trouver une actrice ayant l’audace d’accepter le rôle principal sans conditions. Il décide donc de se tourner vers le pays d’origine du roman ici adapté (« Oh… » de Philippe Djian) et trouve en Isabelle Huppert la « Michelle Leblanc » parfaite. Alors que le cinéma de Verhoeven se fond dans l’esthétique française (la photographie est signée Stéphane Fontaine, chef op pour Desplechin et d’Audiard) pour mieux parasiter le polar bourgeois de l’intérieur, l’actrice semble prendre beaucoup de plaisir à revisiter avec délices les rôles qu’elle a pu tenir chez Chabrol ou plus récemment chez Haneke. Contrairement aux drames du cinéaste autrichien, la dureté du sujet est ici contrebalancée par un humour des plus corrosifs qui vient sans cesse nous rappeler que oui, on est bien face à un film du hollandais violent.

Verhoeven n’a effectivement rien perdu de sa verve et tire à boulet rouge sur une France dite de racines chrétiennes (pour reprendre les termes chers à la Morano) mais pourtant incapable du moindre pardon. Il fustige une société hypocrite où chacun avance masqué et refoule ses désirs. Ainsi, les uns après les autres, les personnages finissent tous par révéler leur médiocrité. Michelle Leblanc, malgré son indiscutable saloperie, nous apparaît vite plus sympathique tant l’anti-héroïne névrosée assume son ambiguïté et se joue de ce bal des faux-culs.

Mais quid de ce viol qui s’impose à notre regard (à travers les yeux d’un chat aussi voyeur qu’impassible) dès les premières images du film et semblait même en être l’argument ? Verhoeven détourne les codes du «rape and revenge »  en refusant à son héroïne le statut de victime et en ne limitant pas la confrontation avec son agresseur à la simple vengeance. Le cinéaste se joue ainsi de son « whodunit » initial en révélant prématurément l’identité du violeur pour mieux  dévoiler, malgré les non-dits, les relations perverses qui unissent les deux personnages.

 

Elle est donc un savoureux jeu de massacre, mené de main de maître par un Verhoeven toujours aussi roublard. Si on peut regretter  que les extraits de Faites entrer l’accusé ne soient pas plus percutants (on est quand même chez le réalisateur de Robocop et Starship Troopers), les fans du hollandais violent sauront en revanche se délecter de cette peinture au vitriol de notre société bigote qui désigne et traque des monstres qu’elle génère.

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C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.