Les One-hit Wonders du cinéma – Part I

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Des réalisateurs à la carrière jalonnée de succès, on en connaît un wagon. Mais certains réalisateurs ont fait un seul perfect one-shot, devenu au fil du temps un véritable film culte, qu’ils n’aient jamais réussi à égaler le coup de génie ou qu’ils n’aient tout bonnement jamais retenté l’aventure.  Petit hommage à ces one-hit wonder du cinéma de genre, qui auraient pu eux aussi devenir des grands, et de leurs films cultes qui eux sont quelque part entrés dans la légende.

 

  La Nuit du Chasseur de Charles Laughton (1955)

Adaptation du roman éponyme de Davis Grubb de 1953, s’inspirant des crimes perpétrés par Harry Powers dans les années 30, La Nuit du Chasseur est réalisé par une figure connue des studios à l’époque, Charles Laughton, acteur de son état, vu chez Cecil B. Demille, Hitchcock, Duvivier ou Renoir, ou plus tard chez Kubrick, carrière d’acteur qu’il continuera une fois le film achevé.

C’est le producteur Paul Gregory qui fut à l’origine du projet, qui, après avoir lu le roman de Grubb, fit appel à son ami Charles Laughton pour le réaliser, première pierre à l’édifice d’un chef d’oeuvre. Pour le scénario, Grégory choisit James Agee, critique influent dans les années 40, ravagé par l’alcool et avec déjà une crise cardiaque à son actif (une seconde lui fut fatale trois mois à peine avant la sortie du film). Ne restait plus qu’à trouver l’acteur parfait pour incarner le révérend Powers.

 

 

Mitchum n’était pas le premier choix de Laughton, qui avait d’abord abordé un Gary Cooper persuadé alors qu’un tel rôle nuirait à sa carrière. Puis au final, à son audition, Mitchum fit fort impression au réalisateur. Et ce choix de casting participe pour beaucoup à la réussite du film, tant l’acteur déborde de charisme et personnifie à merveille la folie diabolique de l’assassin.

Dépité par l’échec public et critique qu’il rencontra à sa sortie, Laughton ne voudra plus revenir derrière la caméra… L’Histoire du cinéma démentira donc par la suite le box-office et la critique contemporains qui l’avaient en leur temps boudé. Et pour cause, la noirceur et la badassitude de Mitchum ont vite entériné la légende.

Lullaby Firefly

 

Carnival of Souls de Herk Harvey (1962)

Mary, jeune organiste ayant réchappé à un accident de voiture, vient s’installer en ville pour trouver un travail à l’eglise. Mais entre les avances poussives de son voisin et des hallucinations étranges, la jeune femme commence peu à peu à perdre pied.

Ayant fait comme Romero ses débuts et ses armes dans les films industriels et éducatifs (le genre parodié dans les Simpsons avec Troy McClure), Herk Harvey livra en 1962, ce qui aurait pu être son “Night of the Living Dead” s’il n’avait fait un bide à sa sortie en salle, le splendide Carnival of Souls. Tourné en seulement 3 semaines, pour 30 000 dollars, le film recèle de véritables moments de mystère quasi-hitchcockien ( la scène de l’orgue, celle du magasin), tout en cultivant un esthétique très particulier pour un motif horrifique oscillant entre le fantôme et le zombie. Trop visionnaire, trop en avance sur son temps, Carnival of Souls est déjà du Lynch-matérial, jouant sur la confusion entre réalité et rêve, fantasme.  

 

 

Demeurant incroyablement moderne, de part son scénario mais aussi grâce à la mise en scène d’Harvey (avec comme point culminant la scène de danses des zombies au parc de loisirs Saltair, le fabuleux décor qui inspira le point de départ du scénario à Harvey), il est facile de comprendre ce qui a fait de Carnival of souls un film devenu culte avec le temps. Il est aussi très triste de se dire qu’il fut si incompris en son époque et que cela aura pour conclusion malheureusement le retour du bon Harvey aux productions institutionnelles.

Un sacré gâchis au regard de son incroyable et unique incursion dans le cinéma, de genres de surcroît.

Lullaby Firefly

 

 

Eden Log de Franck Vestiel (2007)

Un homme se réveille seul et amnésique dans des espèces de catacombes, confronté aux vestiges d’un monde qu’il ne reconnaît pas. C’est à peu près tout ce que je partagerais sur l’histoire parce qu’il y a tellement d’autres choses à dire.

On n’a pas manqué de faire notamment un parallèle avec les jeux vidéos – puisqu’en effet, la narration est construite au propre comme au figuré sur une structure en plusieurs « paliers ». Je me permettrais moi d’extrapoler sur un point qui me paraît plus important : la filiation d’avec le spectacle vivant, et c’est pas tous les jours non plus. Les effets spéciaux sont déjà tous très bien mais le réalisateur Franck Vestiel s’est adjoint en plus de ça les services de Jean-Philippe Moreaux pour les décors, qui délivre une succession de scénographies toutes plus sophistiquées les unes que les autres, faisant de l’environnement en général un acteur à part entière du récit et surtout, contribuant à faire d’Eden Log une expérience sensorielle totale : on joue sur la lisibilité (parfois obscurité « naturelle », parfois stroboscope détraqué), il y a un travail fabuleux sur les images dans l’image (diagrammes, projections), on a aussi des suspensions, on rampe sous le décor, ou alors on le reconstruit –je pense notamment à cette scène sublime où Clovis Cornillac récupère des plaques réfléchissantes pour attraper des hologrammes et reconstituer ainsi des premières bribes d’information, et là encore je m’arrêterais ici parce que le film EMPILE littéralement ce genre de morceau de bravoure. Sans compter qu’en plus de ces mises-en-place futuristes somptueuses, s’ajoutent par-dessus des prises de vues proprement VIRTUOSES, ça y est je l’ai dit.

Mon seul bémol se situerait au niveau de quelques personnages secondaires à la déclamation si foutrement indicielle qu’ils nous feraient presque sortir du récit, par contre Clovis Cornillac délivre une performance assez intense, à tel point qu’on croirait voir par moments apparaître sous nos yeux le petit-fils de Burt Reynolds, ou encore le Sean Connery de Outland.

 

Sorte de prolongement labyrinthique (spéciale dédicace à mon collègue Naughty Bear) du Bunker de la dernière rafale de Caro et Jeunet, on a également parlé d’une radicalité rappelant celles des premiers films de Georges Lucas ou de David Cronenberg, jusqu’à une patine gore instaurée par petite touche qui n’est pas sans évoquer non plus le Tetsuo de Shinya Tsukamoto (re-spéciale dédicace) – tout ça pour dire que le monde entier a été globalement réceptif à ce film, excepté son beau pays d’origine car le métrage a été un véritable flop commercial. Sans cela c’est certainement une carrière d’envergure internationale de grande amplitude qui attendait Franck Vestiel, ainsi que son scénariste Pierre Bordage. Quand à cette première réalisation (surtout dans ce domaine science-fictionnesque qui n’est plus le nôtre depuis bien longtemps) ,par le recul envers ses propres influences ainsi que le dispositif des procédés narratifs employés, elle aurait mérité d’être brandie en étendard depuis le premier jour de sa sortie en salles.

Nonobstant2000

 

The Evolved – Part One de Andrew Senior et John Turner (2006)

Deux flics londoniens que tout oppose – hormis la même façon de se passer la main dans les cheveux devant les couchers de soleil – enquêtent sur les disparitions mystérieuses d’animaux domestiques (plus particulièrement les chiens) qu’ils attribuent potentiellement à la chaîne de fast-food nazie Burger Priest (« Amen With Cheese ») récemment implantée dans la région. Epaulés par une journaliste d’investigation alcoolique (interprétée par une poupée de ventriloque – raisons de budget)(mais vu ce qu’on lui fait, c’est peut-être mieux comme ça, je ne sais pas quelle actrice irait accepter ce type de rôle) et un fœtus qui parle (qui plus est accro à l’héroïne), nos deux gardiens de l’ordre (ou de la paix, je sais jamais) nous entraînent dans une visite guidée infernale spiralant dans les tréfonds de la face cachée de nos sociétés contemporaines qui ne laissera aucun spectateur totalement indemne (je sais pas, on m’a dit que c’était porteur des formules comme ça). En parallèle de tout ça, un monstre mutant à tête de requin à qui tout le monde trouve une ressemblance avec Tom Hanks, sème carnage et destruction sur son passage en tuant, lui, tout le monde indifféremment (c’est pas tout à fait le cas des autres méchants) à cause surtout qu’il dissimule un lourd et terrible secret.

 

 

Succès total au Marché du Film à Cannes en 2006, réitéré au Festival de Films Underground de Lausanne (LUFF) la même année, puis l’année d’après au Festival de Gothenburg en Suède, cette production anglaise réalisée par Andrew Senior et John Turner (l’interprète du flic Sonny Boy dans le film) pour un budget de 1000 livres seulement, distribuée par Troma, est un véritable météore écrasant tout sur son passage (à grands renforts de détourages fluos et de masques en latex) (voire de déguisements discutables en règle générale) et qui ouvertement, n’en a rien à foutre. Le film n’a peut-être pas eu la carrière qu’il aurait mérité, mais s’en est sorti tout de même avec une solide réputation – les rédacteurs de Mad Movies présents au LUFF n’avaient d’ailleurs pas manqués d’en vanter amplement les qualités et mérites. Et puis plus rien, plus la moindre nouvelle des auteurs depuis maintenant dix ans. La page Wikipédia nous indique toutefois qu’ils seraient en train de travailler à un deuxième métrage, de nouveau avec une poupée de ventriloque dans la distribution, intitulé « The Beef Eaters » où nos deux héros sauvent cette fois l’Angleterre des sombres plans destructeurs ourdis par Tom Jones (…)(un écossais, donc).

Nonobstant2000

 

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