Les One-hit Wonders du cinéma – Part II

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Seconde partie  ( la première est dispo ici) de ce dossier fleuve, signé Lullaby Firefly et Nonobstant2000 sur les One-Hit Wonders du cinéma de genre ces réalisateurs ayant fait un film culte, parfait, avant de retomber soit dans l’oubli, soit  » à la vie civile », reprenant leur métier d’avant la tentative à la réalisation.

 

 

Honeymoon Killers de Leonard Kastle (1970)

Inspiré par les criminels Raymond Fernandez et Martha Beck, couple d’arnaqueurs devenus peu à peu tueurs de riches femmes célibataires que Raymond rencontrait via petites annonces dans les années 40, Honeymoon Killers devait à l’origine être réalisé par le jeune Marty Scorsese. Malheureusement, pour le futur réalisateur de Mean Street, le producteur du film Warren Steibel le trouva trop lent et le vira au bout d’une semaine. Il faut dire que Steibel est l’instigateur du film, sa première production cinématographique, financée par un riche ami, Leon Levy, qui lui avait octroyé 150 000 $ de budget. Une fois son sujet choisi, ceux que les journaux appelaient les Lonely Hearts Killers, Steibel demanda à son coloc de l’époque, Leonard Kastle de rédiger le scénario.

La chaise de réalisateur laissée vacante par Scorsese allait être allouée à un certain Donald Volkman, habitué des films industriels, mais ce dernier ne resta que deux semaines. Steibel se tourna alors vers son scenariste et lui proposa de passer derrière la caméra.

 

 

Le résultat est étonnant. Savant mélange de rétro-40’s tout en étant d’une violence graphique et psychologique dans l’air du temps à l’époque, Honeymoon Killers possède ce même charme maladroit des premiers films, poussé par l’élan d’un Nouvel Hollywood encore en début de conquête. Une oeuvre sombre et violente, tel un portrait réaliste d’une Amérique minée par la misère, à l’instar de classiques comme Bonnie & Clyde d’Arthur Penn. Restant une petite série B qui ne bénéficiera pas de la reconnaissance de cette nouvelle vague en plein essor, le film de Kastle n’en est pas moins culte pour autant, car au delà de l’amateurisme de certains acteurs, les imperfections niveau prises de son ou les maladresses de mise en scène, il n’en reste pas moins une oeuvre forte, brute, entre classicisme rétro et modernisme. 

Lullaby Firefly

 

 

The Wicker Man de Robin Hardy ( 1973)

S’il y a bien un one-hit wonder qui a fait des émules, c’est bien Robin Hardy. Les références à ce film sont nombreuses et de plus en plus revendiquées par une nouvelle génération de cinéastes et autres vidéastes, pour beaucoup britanniques (dernier exemple en date, le clip de Radiohead Burn The Witch qui reprend la trame du film en stop motion). Devenu au fil des ans un véritable trésor national, The Wicker Man est le premier et seul film reconnu d’Hardy, sur une courte filmo de trois longs, dont l’arlésienne The Wicker Tree, suite supposée de son chef d’oeuvre.

Le film suit le sergent Howie, dépêché sur une île peuplée par une communauté implantée depuis des siècles et dirigée par Lord Summerisle, pour enquêter sur la disparition d’une gamine. Mais peu à peu, les habitants s’adonnant à d’étranges rituels païens lui paraissent de plus en plus suspects.

 

 

Alors certes, The Wicker Man dénote forcément en 1973. Un film d’horreur avec Christopher Lee (qui a toujours dit que c’était le film de sa carrière qu’il préférait), que la Hammer avait habitué aux rôles de méchants iconiques comme dans les franchises Fu Manchu et Dracula, se passant dans une communauté new age hippie, dont l’action se passe principalement la journée sous un grand soleil, cela fait beaucoup d’inversions de codes et valeurs. Pourtant, c’est ce parti pris radical (qui rappelle celui de La Mort aux trousses), qui donne sa singularité au film et qui va peu à peu l’inscrire dans le temps et le faire accéder au statut de film culte, qui n’aura pas d‘équivalent par la suite et qui pourtant deviendra une référence forte pour la nouvelle vague de la British Horror (Hot Fuzz d’Edgar Wright, variation brillante sur le même thème, avec entre autres au casting Edward Woodward, interprète du sergent Howie, en est le parfait exemple).

Bercé par une B.O folk fabuleuse composée par Paul Giovanni, The Wicker Man s’affirme comme film d’horreur folk, de part sa bande son, dont la plupart des chansons sont utilisées dans les rituels, mais aussi de part son sujet. Cette communauté portée sur la cohésion avec la Nature, le culte d’anciens dieux et les rites aux moeurs très libérées de toute considération judéo-chrétienne n’est pas sans rappeler certains principes des mouvements New Age qui se sont développés à l’âge d’or des hippies.

Trop éloigné des productions horrifiques habituels, The Wicker Man bouleverse les codes du genre. Trop en avance sur son temps, il faudra attendre les années 2000 et la béatification par la nouvelle école du genre britannique pour que Robin Hardy et son film connaissent les éloges qu’ils méritent.

 

Lullaby Firefly

 

 

The Call of Cthulhu d’Andrew Leman (2005)

Un hôpital psychiatrique du milieu des années 20, un patient explique à son médecin le cheminement qui l’a conduit sur les sentiers de la folie à partir du jour où il a découvert le journal secret de son grand-oncle, où par des recoupements de phénomènes apparemment sans rapport les uns avec les autres, et le fruit de ses propres investigations, ce dernier met à jour l’existence d’un culte secret visant à réveiller une obscure divinité afin d’asseoir son règne sur l’humanité.

 

Malgré les maintenant célèbres adaptations de Stuart Gordon, l’œuvre de H.P Lovecraft n’est toujours pas en odeur de sainteté avec les grands studios, c’est pourquoi ce moyen-métrage d’environ 45 mn fit beaucoup parler de lui en 2005. Les auteurs ont pris de légères distances d’avec la nouvelle originale, mais leur approche globale a remporté l’adhésion du public : tout simplement réaliser le film comme s’il avait été produit à l’époque, c’est-à-dire muet et en noir et blanc (un peu dans le sillage de Guy Maddin – que l’on ne peut pas ne pas évoquer- en moins enfiévré cependant) et qui se révèle une véritable déclaration d’amour tant au matériau original qu’au médium cinéma, délivrant des atmosphères soignées débordantes d’inventivité, à la lisière de l’expressionnisme pur.

 

 

Très peu d’éléments concernant le réalisateur Andrew Leman : accessoiriste réputé, il aurait occupé des postes non-crédités de graphic-designer sur des prods d’envergure telles que Scream 3 et Galaxy Quest. Ce qui est certain en tout cas, c’est sa passion pour tout ce qui touche à l’univers de H.P Lovecraft, qu’il partage apparemment avec son ami scénariste et producteur Sean Branney.

 

En effectuant quelques  recherches pour le présent article, je découvris que le tandem  ne s’était pas arrêté avec The Call of.. mais avait également signé une 2e adaptation des œuvres du Maître, The Whisperer in Darkness, en 2011, au succès un peu plus confidentiel mais non moins plébiscité. Branney, cette fois-ci passé à la réalisation, déclarera  s’être inspiré des jeux de rôles en plus des œuvres originales,  tout en essayant de convoquer pour ce 2e opus l’esprit des premiers Dracula, Frankenstein et King-Kong. Le métrage est parlant , dure presque deux heures, mais malgré un savoir-faire technique indéniable (notamment en ce qui concerne les effets rétro-s.f et la photographie) ainsi qu’une distribution remplie d’inconnus talentueux, la mise-en-scène demeure elle, un brin didactique. Souhaitons cependant que nos deux auteurs poursuivent néanmoins leur démarche passionnée, en retrouvant l’emphase de leurs débuts.

 

           Nonobstant2000

 

 

Reflections of Evil  de Damon Packard (2002)

..y a “hit-wonder” et y a “hit-wonder”. Peut y avoir également aussi bien culte que méprisé. Après des débuts fracassants dans la sphère indépendante avec son court-métrage/ fausse bande-annonce Dawn of an Evil Millenium en 1988, le réalisateur Damon Packard touche un héritage assez substantiel qu’il décide de réinvestir intégralement dans la réalisation de son premier long-métrage (malgré des conditions de vie plus que précaires) dont il pressera 23 000 exemplaires dvd, qu’il distribuera gratuitement aux studios ainsi qu’à un éventail assez large de célébrités. Les réactions de l’establishment seront plutôt mitigées (pour rester poli) tandis que la critique spécialisée, elle,  est unanime : Reflections of Evil est l’une des gloires absolue du cinéma indépendant américain.

 

Packard se met en scène lui-même dans le rôle d’un vendeur de montres obèse, accro au glucose,  hanté par la disparition de sa soeur aînée après une visite dans le parc d’attraction Universal avec leur grand-mère, dans les années 70. Il y confronte dans le bruit et la fureur les rêves de l’Usine à Rêves avec la réalité de la violence urbaine au quotidien (quand il ne fait pas un sort tout court aussi bien au Rêve Américain qu’au rêve hippie). Réalisé dans des conditions de cinéma-guérilla qui vaudront au cinéaste un bannissement à vie des studios Universal, je ne cesse déclamer à qui veut l’entendre (depuis que je le découvris au Festival du Film Underground de Lausanne qui lui avait consacré une rétrospective en 2006) que ce film est en réalité l’un des derniers « vrais films »  jamais réalisés – si l’on daigne bien écarter la notion maintenant inhérente de « produit » aux productions cinématographiques contemporaines d’à peu près tous les acabits.

 

 

Les régulières prises de positions (assez cinglantes, mais  plutôt réalistes) du réalisateur vis-à-vis de l’industrie font qu’il est toujours l’objet  d’une omerta tacite de la part des studios , et bien qu’il ne trouve ni producteurs, ni distributeurs (son dernier métrage Foxfur n’a  été projeté que dans quelques Cinémathèques et Musées d’Art Contemporain avant de se retrouver sur You Tube, par les bons soins de  l’auteur toutefois) Packard continue vaille que vaille de mettre sur pied de nouveaux projets.  Reflections of Evil survit cependant malgré tout dans les mémoires, et la sphère indépendante, elle,  n’a pas complètement oublié son auteur :  après un petit rôle dans Theatre Bizarre, il signe le court-métrage John Carpenter’ Corpse pour l’anthologie Betamax.

 

        Nonobstant2000

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