Critique: Eat that question – Frank Zappa in his own words [Etrange Festival 2016]

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Eat that question – Frank Zappa in his own words

De Thorsten Schütte

France, Allemagne – 2016 – 1h29

Rating: ★★★★☆

zappa

 

Frank Zappa est né le 21 décembre 1940 et décédé le 4 décembre 1993. Musicien, auteur, compositeur, interprète, ingénieur du son, producteur, satiriste et réalisateur, son oeuvre va du blues à la musique classique -plus précisement contemporaine ou avant-garde- en passant par le folk, le rock, le funk ou le jazz et il faisait même le crooner. Mais il n’y a pas de concert, de festival, de spectacle ou d’événement à son honneur comme les Beatles, Pink Floyd, Queen ou les Rolling Stones voire ABBA. Pourquoi donc? Parce-qu’il est insaisissable…

Vous vous rappelez l’article hommage à David Bowie? J’avais déclaré avoir découvert l’artiste anglais dans les disques de ma tante. Et bien cette même tante avait aussi Sheik Yerbouti de Frank Zappa. Vous avez compris le jeu de mots… ce fût la chose la plus étrange que j’avais écouté mais je n’avais pas encore développé mon goût et ma connaissance musicale. Sinon Frank Zappa, c’est d’abord une gueule: des cheveux longs noirs ébène, une moustache fer à cheval avec un duvet sous la lèvre inférieure, des yeux perçants, le tout posé sur un long corps longiligne. Comme dit un journaliste d’époque, « un look Méphistophélès », difficile à capter, hein? Pourtant son regard n’est jamais fuyant, il accepte la situation médiatique tout en se mettant lui-même en scène face à la caméra (d’où son envie de réaliser des films, 200 Motels reste un échec), en bon orateur qu’il est, et ce avec ses adjuvants ou contre ses opposants. Il illustre à la perfection la différence entre ce que l’on semble être (un hippie drogué) et ce que l’on est vraiment (quelqu’un de très conceptuel et drôle). D’ailleurs cela a quelque chose d’analogique à Muhammad Ali… Le documentaire soutient l’idée que Zappa a une conscience politique mais n’adhère à aucun parti (ni gauchiste ni anarchiste). Car la finesse de Zappa est dans ses propos d’interview : sa clairvoyance à la mascarade d’une certaine partie du fonctionnement démocratique américain, « la crainte du théocratie fasciste », tout en s’affirmant mari et père de famille content de payer des impôts. Pour être précis, son activité musicale lui permet d’être un libertin libertaire, de plus, sa position sur le fait que les groupies seraient l’unique résultat de la révolution sexuelle voire l’unique avancée sociétale des années 70 est intéressante… tout en refusant de jouer pour les syndicats, les associations, les événements caritatifs, les partis politiques et les religieux, bien qu’il était invité en Tchécoslovaquie par un fan, pardon le président du pays Vaclav Havel, afin de signer la légalité de vente de ses albums sur le territoire (une arrivée similaire à Rodriguez, artiste folk américain considéré en dieu vivant en Afrique du Sud, j’avais fait la critique de Sugar Man ; ou à Yves Montand en U.R.S.S). Et il a lutté très sérieusement contre les élus américains contre l’étiquetage de tout signe d’avertissement sur les albums de musique à la Cour Suprême, il était très critique dans ses interviews contre les Etats-Unis.

Vouloir faire le lien entre les compositeurs Igor Stravinsky, Anton Werbern et Edgar Varèse l’a amené à un premier passage télévisuel qu’aurait pu être le dernier (visible sur Youtube, faire de la musique avec une bicyclette…). Mais que nenni car il gardera cette attitude pour son groupe de musique The mothers of invention, donnant dans une musique très impulsive, aux changements de rythmes constants et mélanges de genre, complétés par des paroles considérées comme salaces, grossières voire perverses. « Mais ce ne sont que des mots, ils n’ont pas de pouvoir magique » disait-il pour se défendre d’obscénité ou de provocation facile. Puis le documentaire s’axe au fur et à mesure sur Frank Zappa devenant un artiste solitaire, faisant de la musique seule pour orchestre; ou une musique électronique, digitale et numérique. Alors que retenons-nous d’un documentaire sur un artiste allant plus loin que David Bowie? Plus touche-à-tout que Stevie Wonder? Plus productif que Prince? Dont l’artiste le plus proche actuellement serait Mike Patton (Faith No More, Mr Bungle, Fantômas, Tomahawk et Peeping Tom)? Et surtout un artiste qui pensait « qu’il n’y avait pas plus contre-nature qu’une interview et que la presse musicale est faite par des gens qui ne savent pas écrire pour des gens qui ne savent pas écouter »? Qu’il était une personne humble, pudique et discrète, ne croyant pas à la vie après la mort (il pensait d’ailleurs que l’humanité aura disparu en l’an 3000). Il se foutait de ce qu’il laissera derrière lui, car il a vécu la vie qu’il voulait, toujours en ayant un bon rapport avec ses auditeurs et son public. Mais je m’avancerais en disant qu’il laisse cette force, cette énergie qu’il faut toujours lutter contre la médiocrité ambiante et le nivellement par le bas, Zappa was here.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…