Critique: The Girlfriend Experience (Saison 1)

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)

The Girlfriend Experience

De Lodge Kerrigan et Amy Seimetz

Avec  Riley Kheough, Paul Sparks, Mary Lynn Rajskub, Amy Seimetz, Alexandra Castillo, Kate Lyn Sheil, James Gilbert, Michael Theirriault

Etats-Unis – 2016 – 13 épisodes de 30mn

Rating: ★★★★☆

the gf exp

Dire que Christine est une jeune fille ambitieuse serait manquer de respect envers son intelligence et sa pugnacité, autant dans la sphère affective que professionnelle, véritablement le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle sait ce qu’elle veut. Ainsi contrairement à sa copine Avery, elle bataille becs et ongles pour obtenir (avec succès) un stage dans un prestigieux cabinet juridique où elle aura l’immense honneur de servir de gratte-papier. Mais justement sa copine Avery a  un autre hobby qui pour faire court, génère des résultats plus immédiats en termes de stabilité et de reconnaissance.  Alors, non sans  renier absolument ses projets de carrière, Christine finit par rencontrer Jacqueline, la responsable d’un réseau de prostitution de luxe, et par évoluer « un peu trop bien » dans le milieu..

Le réalisateur Steven Soderbergh confirme de plus en plus ses intentions de poursuivre sa carrière dans le domaine de la fiction télévisée, selon lui le médium le plus apte à développer des narrations beaucoup plus complexes que le cinéma ne peut désormais se le permettre. Aussi avait-il annoncé entre deux saisons de The Knick le développement imminent en série de son long-métrage éponyme datant de 2009, un projet d’autant plus attendu car le réalisateur avait bien spécifié dès le début son intention d’en confier les rennes à la fine fleur des réalisateurs indépendants anglais, Amy Seimetz et Shane Carruth, accompagnés du trop discret Lodge Kerrigan (auteur notamment du sublime Clean, Shaven) à la réalisation.

Ce dernier reprend ainsi quelques éléments de mise-en-scène du film original (que Soderbergh avait déjà amplement développé dans Out of Sight) cette façon bien particulière de rendre sensuelle le lieu-même de l’action ( !) alliant un emploi marqué de la mise-au-point à l’image d’avec une certaine proximité vis-à-vis des personnages, baignant eux-mêmes dans des atmosphères relativement monochromes. L’effet ne manque pas de marquer la filiation d’avec l’œuvre originale, et ce n’est que très progressivement que la mise-en-scène s’ouvre à d’autres espaces, ainsi qu’à d’autres interactions, pour finalement trouver sa propre identité. C’est  plutôt à l’intérieur du champ narratif-même que celle-ci apparaît de façon définitivement plus flagrante, avec  des épisodes assez courts (30mn) mais surtout rythmés par une approche essentiellement « transactionnelle », à l’image de son personnage principal qui souligne elle-même qu’elle  «n’aime pas gaspiller son temps si c’est pour ne rien voir aboutir ». De ce point de vue, l’angle créatif de Seimetz et Kerrigan s’avère absolument imparable, opérant une fusion magnifiquement réussie entre le fond et la forme.

Notre héroïne à qui tout réussit dans un premier temps se retrouve pour le coup avec  les dents un peu trop longues et son ascension prodige finit tout naturellement par lui exploser à la figure. On pourrait ainsi craindre le temps de quelques épisodes une légère déviation du projet original vers des sphères plus convenues, une certaine proximité avec House of Cards par exemple (et la présence du comédien Paul Sparks ne peut que renforcer cette impression) mais ce serait sous-estimer nos auteurs et leur travail d’orfèvre en terme d’installation  – c’est pourquoi je le dis ici et maintenant :  l’épisode 9 de The Girlfriend Experience est « l’autre grand moment de télévision » de cette année 2016 ; bien plus méchant que la « Battle of Bastards » de Games of Thrones, yep.  La performance de Riley Kheough dans le rôle principal appelle également à être saluée :  faisant usage de son sex-appeal comme d’ un scalpel, elle laisse cependant échapper des moments de candeur absolument bluffants quand elle se réalise  projetée un peu trop rapidement dans la réalité du monde des adultes.

La solitude des pourvoyeurs des rêves était déjà le sujet du métrage original, mais nous nous retrouvons à la fin de cette première saison face à  un constat encore plus clinique : l’asexualité de l’héroïne est en fait la partie émergée de l’iceberg de ses difficultés à nouer toutes formes d’interactions (sphères professionnelles et familiales s’avèrent non pas inadéquates, non pas insatisfaisantes, juste obsolètes) et  son salut réside peut-être effectivement dans les méandres sans fins de la simulation –  pensons à la superbe scène finale de role-play sexuel qui évoque curieusement et contre toute attente certains passages du Holy Motors de Léo Carax. Mais justement, notre héroïne ne dispose peut-être en effet que de très peu d’options de survie, hormis celui de facturer cette fameuse  « beauté du geste », celui de fermer les yeux sur les défauts des clients,  car l’amour avec un grand A au temps de nos belles sociétés capitalistes  apparaît de plus en plus comme la plus inatteignable de toutes les fictions, un véritable vestige en voie de disparition.

 

 

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Nonobstant2000

Le samedi soir il mange des chips. Pas de catch, pas de foot; si tu veux tu peux venir!