Critique: Le monde de Dory

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Finding Dory

 

De Andrew Stanton et Angus McLane

Avec en VO Ellen DeGeneres, Albert Brooks, Ed O’Neill, Diane Keaton, Idris Elba et Sigourney Weaver

en VF. Franck Dubosc, Kev Adams, Mathilde Seigner et Claire Chazal (non ? sérieux ? Y’en a encore que ça fait chier de lire les sous-titre là ?!)

 

USA – 2016 – 1h37

Rating: ★★★☆☆

2016.06 - Dory Memento copie

Un an après le superbe (chant du cygne ?) Vice Versa et six mois après l’embarrassant Voyage d’Arlo, Pixar (à l’instar de ses concurrents d’ailleurs) remet en marche sa machine à suites avec ce Monde de Dory. Depuis l’annonce du projet, l’idée de se taper un film entier consacré au poisson frappé d’amnésie antérograde avait de quoi rebuter le plus régressif des spectateurs. Mais contrairement à Cars 2, où le side-kick Martin était promu tel quel en héros, infantilisant le film à outrance, le personnage de Dory bénéficie d’un traitement autrement plus soigné. En prenant son handicap comme ressort dramatique majeur (unique ?), Andrew Stanton place littéralement le poisson chirurgien au centre de son intrigue, le délestant au passage d’une partie de sa lourdeur de side-kick. Alors que l’on découvre son passé oublié (ce qui est paradoxalement plutôt cool parce qu’il est pas bien gai !), Dory, sans pourtant perdre son optimisme contagieux (ou énervant, c’est selon !), se teinte d’une mélancolie bien réelle malgré le fait que celle-ci ne peut se fonder sur des souvenirs durables. Les maigres réminiscences qui lui reviennent au gré d’un dialogue, d’un courant marin ou d’un coquillage la poussent à se lancer à la recherche de ses parents. A la façon du héros de Memento, Dory devra composer avec son handicap pour retrouver ses parents et le principe d’indices par réminiscence, s’il aurait mérité d’être plus poussé, permet une enquête plutôt originale et pleine de péripéties, à défaut de grosses surprises. Elle pourra bien évidemment compter sur Marin et Nemo pour l’accompagner dans son aventure.

 

Si on pouvait craindre alors le remake à peine déguisé, Le monde de Dory zappe le voyage pour passer directement à la destination (sur laquelle nous reviendrons…). Cela n’empêche pas le film de faire de nombreux emprunts au premier volet, même quand il s’agit d’en retourner les enjeux : au lieu de suivre un poisson à la recherche de son fils, on suit un poisson à la recherche de ses parents (ce qui passe notamment par une belle inversion du Petit Poucet tandis que ce sont les parents qui sèment des cailloux/coquillages afin de ramener leur enfant sur le chemin de la maison). Le procédé reste évidemment convenu pour une suite et ne fait ici jamais vraiment illusion. Le film souffre du même problème que Monstre academy. En effet, malgré des qualités indéniables, la bromance universitaire de Pixar ne parvenait jamais à s’extraire de sa condition de préquel pour s’affirmer comme un film à part entière. Il demeurait une sorte d’add-on de luxe, très plaisant mais incapable de réinvestir complètement son univers. Il en va de même pour Le Monde de Dory qui, malgré son rythme tonitruant (les gars de chez Pixar n’ont pas leur pareil pour mettre leurs personnages dans la merde*), n’arrive pas à la hauteur de son ainé et semble souvent se limiter à son statut de spin-off. Les premières victimes de ce constat sont bien entendu les personnages de Marin et Nemo qui peinent à exister.

Revenons maintenant au lieu de l’action : le Marine Life Institute (sorte d’hôpital/aquarium). Si ce décor s’avère idéal pour faciliter les multiples références au milieu marin dans un espace limité, il est difficile de ne pas le voir comme le parent pauvre du magasin de jouet ou de l’école maternelle dans la saga Toy Story. Loin d’être avare, le film semble malgré tout manquer de l’imagination légendaire de Pixar. Ainsi, on regrette de ne pas voir Los Angeles mieux caractérisée (pourquoi n’avoir pas accentué la ressemblance entre les courants marins et les célèbres échangeurs autoroutiers californiens ?) ou la mise en place d’une distance ironique entre les poissons et le monde des humains, qui ne semble curieusement n’avoir aucun secret pour eux. Si la fin du film a été modifiée à la vue du documentaire Black Fish, on peut regretter que les questions écologiques aient été pour le moins éclipsées là où elles auraient pu être mises davantage en avant, ce qui n’aurait pas manqué d’enrichir le propos d’un film assez limité.

Malgré ces réserves, le dernier Pixar reste un film efficace et émouvant, Le monde de Nemo jouant déjà sur la corde sensible (les introductions des deux films sont incroyablement sombres). De plus, comme pour le premier volet, Andrew Stanton n’hésite pas à tirer parti de son décor marin et à le pousser vers l’abstraction afin d’illustrer au mieux les émotions de ses personnages. Si l’ensemble manque de profondeur, il devrait séduire les fans du studio qui retrouveront leur sens du rythme ainsi que les classiques easter eggs : le fameux A113 ou encore Sigourney Weaver qui vient redonner de la voix(off) après avoir été l’ordinateur de bord de Wall-E (attention, à ne pas voir en VO sous peine de se manger Claire Chazal dans la gueule à la place !). Et encore, je n’ai pas parlé de Hank le poulpe, véritable star du film et défi technique réjouissant pour les animateurs (son corps et ses tentacules bénéficient d’un rig qu’on devine d’une complexité affolante). Spécialiste de l’évasion individualiste, le personnage, que ça soit par ses moyens de déplacement, son don d’invisibilité ou encore ses éjaculations d’encre ( !), tire son épingle du jeu jusqu’à un générique de fin particulièrement ludique.

 

*Règles de scénario chez Pixar n°19 : « Les coïncidences mettant vos personnes dans le pétrin sont bienvenues, en revanche celles qui les tirent de ces situations ne sont pas acceptables : c’est de la triche. »

(pour les autres règles, qui sont toujours d’excellents conseils d’écriture : http://www.faire-un-film.fr/ecriture-de-scenario/22-regles-storytelling-pixar)/

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C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.