Critique: Zootopie

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 5.0/5 (1 vote cast)

Zootopia

de Byron Howard et Rich Moore

Avec Ginnifer Goodwin, Jason Bateman, Idris Elba, J.K Simmons, Jenny Slate, Shakira

Etats-Unis – 2016 – 1h48

Rating: ★★★★☆

Zootopie

Je dédie cet article à mon épouse Elmidea à qui ces quelques lignes tenaient très à coeur .. Et qui, à ma grande tristesse est tombée éperdument amoureuse de Nick Wild!

 

Qu’on se le dise de suite, et peut-être cela renforcera-t-il la suite de ce papier : je ne suis absolument pas un chantre de Disney, bien au contraire, je suis même à l’accoutumé plutôt virulent lorsqu’il s’agit de donner mon avis à son sujet ! Résolument opportuniste, désespérément aseptisé, d’une naïveté confondante, pour ne pas dire parfois abrutissante, je n’ai jamais été tendre avec feu l’oncle Walt et ses productions, et à raison me semble-t-il que diable, à quelques exceptions près bien sûr ! A dire vrai, cela faisait un sacré bail que je ne m’étais pas déplacé dans les salles obscures pour découvrir un Disney, que je n’avais pas été autant séduit par un simple trailer (l’excellente et poilante séquence des paresseux) au point de me promettre d’aller le voir, alors même que ce dernier n’en révélait strictement rien sur le synopsis !

Zootopia est une ville qui ne ressemble à aucune autre : seuls les animaux y habitent, prédateurs et proies y cohabitent ! Toute trace de sauvagerie semble avoir disparu. Dans cette incroyable et immense métropole, on trouve des quartiers résidentiels élégants comme le très chic Sahara Square, et d’autres moins hospitaliers comme le glacial Tundratown. L’harmonie y règne et tout le monde semble y avoir sa place !

Lorsque Judy Hopps fait son entrée dans la police, elle découvre qu’il est bien difficile de s’imposer, surtout quand on est une adorable petite lapine : pour preuve, elle est malheureusement envoyée, en guise de première mission, distribuer des contraventions. Bien décidée à faire ses preuves, Judy s’attaque à une épineuse affaire de disparition, et, contre toute attente, elle va devoir faire équipe officieusement avec Nick Wilde, un renard loquace, charismatique et véritable virtuose de l’arnaque ! Les deux compères que tout oppose vont bientôt se retrouver confrontée à un événement mystérieux lorsque des animaux reviennent soudainement à l’état sauvage…

Zootopie est donc un véritable polar, ou plutôt, pour être plus précis, une vrai initiation au polar, pour les plus jeunes, aux accents délicieusement méta, pour les plus grands, un mélange subtil et savoureux entre le Grand Sommeil et Orwell mâtiné de buddy movie sur le mode whodunit brillamment ficelé, le tout au sein d’un univers somptueusement persistent ! Mais, prenons les choses du début : le cadre urbain qui est ici dépeint est un émerveillement de chaque instant, nous le découvrons ainsi dans les yeux ébahis de Judy, il foisonne, fourmille d’idées et de détails tous plus irrésistibles les uns que les autres, s’impose irrémédiablement comme visuellement d’une inventivité rare, joue allègrement avec les effets d’échelle à l’image de cette course-poursuite haletante en plein cœur du tout petit quartier des musaraignes.

La mise en scène, sans être géniale, s’avère réellement inspirée et tire le meilleur parti de son univers et du genre dans lequel il s’inscrit, offre même quelques très beaux moments référentiels on ne peut plus jouissifs ! Tout est prétexte à s’amuser des clichés se rapportant à chaque espèce ! Ces clichés, forgés et véhiculés d’ailleurs jusqu’alors principalement par la firme Disney elle-même, le film va s’en amuser ; il les déconstruit, les contourne, et ce avec une intelligence rare. La résolution de l’enquête et la découverte des coupables est à ce titre parfaitement révélatrice de la démarche adoptée, témoigne de la cohérence absolue de l’œuvre, ose et révèle une certaine forme de subversion au moins vis à vis de ses propres codes.

Zootopie 2

C’est justement l’écriture qui étonne particulièrement, détonne définitivement, échappe à tous les clichés, préfère travailler les archétypes pour les exploiter en profondeur : outre l’intrigue de polar volontairement nébuleuse mais captivante de bout en bout et véritablement surprenante lors de la mise à jour du pot aux roses, ce sont les personnages qui impressionnent et permettent une immersion totale en plein cœur de l’univers chatoyant qu’est Zootopia ! Tout d’abord Judy, la petite lapine ayant quitté l’exploitation agricole familiale pour monter en ville et réaliser son rêve, passionnée, charmante et touchante, et dont la quête initiatique, aussi classique soit-elle, fonctionne avec une efficacité redoutable ; et surtout Nick, le renard escroc au charisme magnétique, plein d’ironie et de malice, un bijou de trouvaille scénaristique. Le duo possède une persistance, une concrétude, rare chez Disney et dans le cinéma d’animation américain en général, ne tombe, encore une fois, à aucun moment, dans les clichés, préfère manipuler les archétypes, et y injecte une justesse et une humanité souvent bluffante.

Zootopie est donc une œuvre sacrément réjouissante, moderne et en même temps quasi-intemporelle, un divertissement de très belle et de très grande qualité qui réussit presque tout ce qu’il entreprend, et propose en plus, au-delà de toutes ses velléités narratives, un sous-texte moral et politique somme toute classique (l’habit ne fait pas le moine, la peur est une arme redoutable pour gouverner, … ) mais on ne peut plus pertinent, dans la mesure où, à aucun moment, le spectateur, petit ou grand, n’est pris pour un con, comme c’est malheureusement trop souvent le cas dans ce type de production, et là réside toute sa noblesse salutaire !

 

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

Ca peut également vous intéresser:

About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.