Critique: Vinyl

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Vinyl

Créée par Terence Winter, Martin Scorsese, Mick Jagger et Rich Cohen

Avec Bobby Cannavale, Olivia Wilde, Ray Romano, Juno Temple et James Jagger

Etats-unis – 2015 – 1 saison de 10 épisodes de 60 minutes (112 pour le pilote)

Rating: ★★★★☆

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L’annonce est tombée : Vinyl est officiellement annulée. Alors que niveau hip-hop, Empire cartonne et que Baz Luhrman s’apprête à dévoiler son Get Down, la série rock de HBO ne connaîtra donc pas de deuxième saison. Voyant Scorsese et Jagger collaborer avec le créateur de Boardwalk Empire pour s’attaquer au milieu de la musique dans le New York des 70’s, Vinyl avait pourtant tout du fantasme absolu pour le cinéphile mélomane. Aussi, la série semblait d’ores et déjà s’imposer comme le nouveau carton de HBO. La chaîne avait d’ailleurs mis le paquet puisque le pilote à lui seul a coûté la bagatelle de 30M de dollars (en comparaison, le Battle of bastards de Game of Thrones, qui fait tant parler de lui, a juste coûté trois fois moins). Malheureusement, les audiences ne sont pas au rendez-vous et l’accueil critique est plus mitigé que prévu. Si Vinyl voit son renouvellement annoncé dès le deuxième épisode, Terence Winter est néanmoins remercié à la fin de la diffusion de la série. Finalement, c’est le show entier qui est annulé par HBO. Dommage car, malgré ses défauts, le geste valait largement le coup d’œil.

L’intrigue de Vinyl prend donc place à New York au début des années 70. Les 60’s sont définitivement révolues et Richie Finestra finalise la vente de sa maison de disque, American Century Records, aux allemands de Polygram. Tandis qu’il s’apprête à profiter d’une retraite anticipée auprès de sa femme, récemment installée dans une maison loin de la ville, Richie doit régler les derniers détails du contrat de Led Zeppelin. Forcément, la situation s’envenime et notre patron de label se retrouve impliqué dans une sinistre affaire de meurtre. Alors qu’il se remet à sniffer tel le Delarue des grandes heures, notre antihéros sombre mais décide de remettre son suicide à plus tard pour se rendre à un concert des New York Dolls. Le groupe livre un live enragé qui fait vivre à Richie une véritable épiphanie. Les murs commencent à se fissurer et c’est la salle entière qui s’effondre littéralement. Se relevant au milieu des décombres, tels un Christ rock ressuscité, le boss n’est plus décidé à vendre et décide de relancer son label, au grand dam de ses associés, pas franchement motivés à retrouver le feu sacré.

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Le pilote, de la durée d’un film (1h50), est réalisé par Scorsese himself qui jouit donc de moyens considérables. On ne peut qu’être subjugué par la reconstitution des 70’s, le nombre vertigineux de figurants, la qualité des décors et des costumes, la classe de la photographie (signée Rodriguo Pietro, déjà chef op’ sur Le Loup de Wall Street) et les mouvements d’appareils aussi complexes qu’omniprésents. Si sa mise en scène reste toujours aussi percutante et inspirée, force est de constater que le maître est dans ses petits chaussons et joue la partition d’un projet finalement assez balisé. Ainsi, Vinyl montre vite ses limites et, si on est loin de la coquille vide souvent décrite, la série peine en effet à utiliser la musique autrement que comme un luxueux décorum à une histoire assez convenue. On pourra notamment regretter que l’intrigue policière vienne trop souvent s’inviter au programme, servant d’abord à dynamiser artificiellement les fins d’épisodes avant de se révéler plus intéressante (bien que très convenue pour une production Scorsese) lorsque la Mafia s’en mêle. Comme pour les problèmes conjugaux de Richie, Vinyl nous rejoue trop souvent les Sopranos et nous éloigne des affres de la création qui semblaient pourtant faire l’objet de la série. A l’image de son héros cocaïnomane qui se remet le pied à l’étrier pour l’amour de l’Art sans pour autant parvenir à définir une ligne éditoriale claire, la production semble perdre pied dans son cahier des charges pachydermique (estampillé HBO) et on ne sait jamais très bien où le show veut en venir.

Si son écrin flamboyant vaut à lui seul le détour, le plaisir suscité par Vinyl passe notamment par les nombreux artistes rencontrés par nos personnages. En vrac, ils croiseront ainsi Lou Reed (avec et sans le Velvet Underground), Alice Cooper, Andy Warhol, Bob Marley, John Lennon et Yoko Ono… ainsi qu’un David Bowie forcément émouvant en cette année 2016, d’autant que la ressemblance est vraiment troublante. Niveau trouble, on peut aussi noter la présence au casting d’un sosie de Brian Jones dans un rôle qui n’est pourtant pas celui du jeune Stone décédé prématurément à la fin des 60’s. Pour éviter tout spoiler (même si le twist est prévisible), je ne m’étendrai pas davantage sur ce personnage mais il est difficile de ne pas y voir un hommage de Mick Jagger au défunt membre fondateur des Rolling Stones. Un autre épisode, se déroulant en partie à Las Vegas, voit Richie Finestra arranger une entrevue avec Elvis Presley pour tenter de le signer. En une scène, la série dresse un portrait pathétique mais juste d’un King boursouflé et conscient de son déclin. D’autres légendes sont invoqués, de façon beaucoup plus symbolique, afin de traduire les émotions des héros, ce qui permet de montrer des artistes déjà morts en 70, tels que Otis Redding ou Janis Joplin. A travers tous ces « guests »,Vinyl témoigne  d’un amour de la musique au sens large, embrassant différents styles et faisant le pont entre différentes époques. Ainsi, le Rock paye son tribut au Blues tandis que le Funk, le Disco (et les premiers DJs) commencent à bousculer les nuits new-yorkaises.

Face à cette avalanche de références musicales, c’est la création originale de la série, le groupe punk The Nasty Beats, qui peine à marquer les esprits. Si le chanteur, interprété par James Jagger (fils d’un certain Mick…), ne manque pas du charisme sauvage qui caractérisait les Ramones ou les Sex Pistols, leurs compositions ne sont clairement pas assez mises en avant, le groupe étant pourtant présenté comme l’étendard artistique d’un Richie Finestra en quête de nouveauté. Alors que la saison se termine sur un premier gros concert particulièrement folklorique (il est arrêté dès le morceau d’introduction par l’arrivée de la police) et l’accession à une première marche du succès, cette partie de l’intrigue qui se retrouve donc brutalement fauchée par l’annulation de la série. Les Nasty Beats n’auront pas eu le temps de nous électriser. On aurait également adoré connaître le sort de l’horrible Xavier, Bowie d’opérette et protégé de Zak, le bras droit de Richie se rêvant producteur sans en avoir ne serait-ce que l’oreille.

 

Imparfaite mais généreuse, ambitieuse mais parfois vaine, Vinyl déçoit surtout parce que les attentes étaient énormes. On ne peut qu’en regretter l’annulation puisque ses défauts auraient largement pu être corrigés dans une saison 2. Il nous restera donc cette poignée d’épisodes, une œuvre inachevée et remarquable qui se sera montrée tout aussi décadente même si malheureusement moins créative que le milieu et l’époque qu’elle dépeint. Les amateurs de rock pourront se consoler avec Roadies, une nouvelle série créée par Cameron Crowe qui, après son Presque célèbre encore dans toutes les mémoires, repart explorer les coulisses de la musique. « Show must go on » comme dirait l’autre…

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About HollyShit

C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.