Critique: The Neon Demon

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The Neon Demon

de Nicolas Winding Refn

avec Elle Fanning, Jena Malone, Keanu Reeves, Christina Hendricks, Bella Heathcote, Abbey Lee Kershaw , Karl Glusman, Desmond Harrington

Etats-Unis/France /Danemark – 2016 – 1h57

Rating: ★★★★★

The Neon Demon

Jesse, une jeune fille encore mineure mais déjà dotée d’une beauté envoûtante, vient tout juste de débarquer à Los Angeles pour devenir mannequin. Elle va vite découvrir que dans cette ville, les vautours sont habitués à se repaître de l’innocence volée de gamines comme elle, dans un milieu où la concurrence les poussent à se bouffer entre elles.

Dire que NWR est un génie est un euphémisme souvent utilisé dans les pages de Celluloïdz. Et pour cause, de l’année de création du site à nos jours, le cinéaste a livré Valhalla Rising, Drive, Only God Forgives et The Neon Demon donc. Autant dire tout de suite, quatre putains de chef d’oeuvre, le genre à servir de références pour évaluer ses contemporains. Alors certes, il ne fournit pas le cinéma le plus chaleureux et accessible du monde, mais chacun de ses métrages portent ce sens inné de la mise en scène et de l’esthétique pure, faisant de chaque photogramme de son film une composition à la beauté évidente.

Après avoir sublimé Ryan Gosling dans les néons bleus d’un L.A nocturne dans Drive, NWR s’attaque cette fois ci au L.A diurne, empli de jeunes nymphes à la beauté éphémère et de succubes prêtes à tout pour en sucer la substantifique moelle, qu’ils soient logeur, photographe, agent, publiciste. Le mannequinat, devenu depuis les années 80/90 le nouveau graal pour bien des proies juvéniles, est un miroir de l’industrie hollywoodienne, tous deux avides de jeunesses et de beautés. Un cadre parfait pour une critique acerbe d’une société de plus en plus eugéniste.

La glorification de la beauté pure, imberbe, d’une esthétique répondant à des canons faussés, forcés, fantasmés, par une société avide de représentations, d’apparences, tel est le constat amer que dresse The Neon Demon. Formellement superbe, le film se compose comme si chaque photogramme se devait digne d’une pub pour parfum, d’une image de papier glacé comme on a l’habitude d’en voir partout maintenant, sur les murs des métros, les devantures de bus et d’abris-bus, les pages des magazines. Refn s’emploie à faire de cette omniprésence, de cette obsession collective un sujet horrifique en soi, contrastant brutalement avec la violence des situations et des propos.

Mais le cinéaste est malin (un génie je vous dis) et après le flot de reproches faits à Drive et à Only God Forgives sur leur violence graphique, faire un film d’horreur, l’annoncer comme tel dès les balbutiements du projet avait quelque chose de très provocateur. Ultime pied de nez, son film d’horreur n’est pas brutal et gore comme nous pouvions le penser, Refn préférant la terreur de la suggestion au dégoût de la confrontation visuelle. Ainsi, le motif horrifique choisi ici (je n’en dirai pas plus pour ne pas dénaturer le film) n’en est que plus efficace, le choc chez le spectateur que plus impactant. La grande force du film reste de suggérer l’Horreur plus qu’il ne la montre, laissant le spectateur imaginer/fantasmer l’action, tout parvenant à le choquer, témoin passif / actif d’une dégénérescence programmée, la décadence d’une civilisation obsédée par le fantasme de la beauté parfaite, la fascination malsaine pour des canons attribués à la jeunesse.

A l’instar des autres films de Refn (incontestablement ceux de ces 6 dernières années), The Neon Demon est esthétiquement parfait, fort d’un code des couleurs s’affinant de films en films, mais porte également un regard sans concession sur son sujet, le fantasme de la beauté féminine pure, et les industries qui gravitent autour. Jouant sur l’inversion des valeurs, dévoilant l’indévoilable au cinéma et cachant ce que la fiction horrifique depuis les 70’s nous a appris à regarder en face, The Neon Demon fascine son spectateur avant de le choquer, insinuant progressivement un certain malaise, le laissant seul face à lui même et à ses démons…

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.