Critique: Frankenstein (2015)

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Frankenstein

de Bernard Rose

avec Xavier Samuel, Carrie-Anne Moss, Danny Huston, Tony Todd

Etats-Unis- 2015 – 1h26

Rating: ★★★★☆

Frankenstein Bernard Rose

Bernard Rose est un auteur que j’affectionne tout particulièrement. Certains m’ont d’ailleurs peut-être lu dans ses colonnes, il y a quelques mois de cela, défendant dans la joie et l’allégresse son found-footage estampillé Steven Schneider (producteur on ne peut plus opportuniste de Paranormal Activity, Insidious, The Bay), Sx Tape, une œuvre certes pas toujours réjouissante, souvent calibrée et impersonnelle, mais possédant, contre toute attente, une ambiance puissante, malsaine et délétère… A ce stade, reconnaissez tout de même que nous pourrions considérer ma démarche critique comme un véritable sacerdoce. Inutile de rappeler à votre bon souvenir Paperhouse et Candyman, deux morceaux de fantastique extrêmement importants, fascinants à plus d’un titre, et malheureusement aujourd’hui encore trop peu connus, reconnus, alors même qu’ils témoignent indéniablement de l’immense talent du réalisateur britannique. Bernard Rose se fait cependant rare (et tout ce qui est rare n’est-il pas précieux ?), semblant choisir minutieusement ses projets quel qu’en soit le budget, pourvu que ceux-ci puissent lui permettre de creuser et d’exprimer ses obsessions. Trois ans ont passé depuis Sx Tape, les métrages se suivent et, a priori, ne se ressemblent pas, nous voilà en possession de sa relecture du séminal et mythique Frankenstein de Mary Shelley…

Le monstre est vivant. Il se réveille, ne sait pas qui il est, ce qu’il est. Immédiatement vont suivre des batteries de tests et, en même temps, les souffrances continues et intolérables ; il est le cobaye, ses parents sont ses bourreaux. Il parvient à s’enfuir de sa prison et se retrouve blessé, livré à lui-même, dans un monde qu’il ne connaît pas, en plein cœur d’un Los Angeles inquiétant. Les habitants de la ville vont le craindre, le haïr, le traquer. Le monstre, terrifié, va semer la mort sur son passage…

Bernard Rose décide donc de transposer le roman de Mary Shelley à notre époque, dans un Los Angeles apocalyptique, en pleine décomposition sociale (William Lustig et Frank Henenlotter ne sont pas loin) cependant, il fait preuve, à son égard, d’une fidélité à toute épreuve ! La rencontre avec la petite fille, la relation touchante s’établissant avec l’aveugle (sublime Tony Todd interprétant une version vieillissante, douce et amère du Candyman), les retrouvailles avec son créateur,… les arcs narratifs principaux sont parfaitement respectés. Mais le cadre, la dégénérescence sociale dans laquelle semble errer et pourrir le monstre dont le corps, quasi cronenbergien, est la représentation radicale et viscérale, témoigne à merveille des obsessions de Rose, entre approche brutale et sans concession détournant avec brio les codes du genre, se posant et s’imposant parfois à la limite du documentaire, travaillant le body horror avec un sadisme raffiné et dérageant où la violence, systématique, se révèle éprouvante pour le spectateur. Rien ne nous est épargné, le calvaire vécu par le monstre, son parcours initiatique, celui d’un bébé dans un corps tout puissant, est atroce, vous n’en sortirez certainement pas indemne… Le malaise général est renforcé par notre propension naturelle à l’identification, ce processus étant fortement mis à mal à chacune des fulgurances gores engendrées par les meurtres perpétrés par la créature. Notre morale est constamment menacée, est très sérieusement mise à l’épreuve, joue l’équilibriste à des kilomètres du sol, la chute est souvent très douloureuse !

FRANKENSTEIN rose 2

Xavier Samuel est bluffant de bout en bout, aussi touchant que monstrueux, déployant un jeu incroyable quelque part entre le nouveau-né apeuré, découvrant le monde infiniment cruel auquel on l’a injustement condamné, et la bête sauvage incontrôlable capable d’exploser un crâne entre ses doigts sans déployer aucun effort. Dès lors, peut-être peut-on évoquer le défaut principal du film, qui n’atténue cependant en rien la force qu’il déploie et le propos qu’il tient : le déséquilibre un peu trop flagrant, quoique sûrement désiré, entre le traitement des différents personnages qui, parfois, suscite, chez le spectateur, une petite frustration. En effet, le couple de scientifiques, quoique remarquablement interprété, manque indéniablement de développement, ou, tout du moins, arrive-t-il sur le tard, laissant alors un goût de précipitation soudaine dans leur caractérisation et même d’inachèvement.

Ainsi, le final, malgré tout, nous bouleverse comme rarement, nous laisse dans un état émotionnel très étrange, exsangue et la larme à l’œil, ce qui n’empêche pas à une très légère pointe de manque, de trop peu, de se faire sentir, celle-là même qui, si elle avait été comblée, eut pu faire de la présente œuvre un chef-d’œuvre instantané. En l’état, le dernier film de Bernard Rose tutoie l’excellence à défaut de transcender définitivement le matériau de base, ce qui est déjà énorme, et s’impose, de manière indiscutable, comme la meilleure adaptation du mythe depuis James Whale, ce qui n’est pas la moitié d’un sacré putain de compliment !

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.