Un film en un son – The Devil’s Rejects

Un film en un sonFree bird

Film sacrément iconique d’un réalisateur rôdé davantage sur des tournages de clips de métal que de films – vu qu’il n’avait alors réalisé qu’un seul film, La Maison des 1000 Morts, The Devil’s Rejects tranche dans le ton comme dans l’approche choisie pour la mise en scène avec le précédent opus.

C’est dans un final majestueux que Rob Zombie dit adieu à ses tout aussi iconiques Firefly. Et quel morceau ne pouvait mieux accompagner l’intensité de cette scène que Free Bird des Lynyrd Skynyrd, son chant mélancolique illustrant à merveille le désillusion, la résolution, la détermination dans cet acte ultime, filmé au ralenti, laissant défiler la chanson dans toutes les variations qu’elle recèle.

Débutant par des panos et autres travellings, Zombie ancre ses iconiques rednecks et leur voiture dans un espace ouvert, immense et désertique, entrecoupés de flachbacks souvenirs, les humanisant et illustrant leurs relations au delà de l’attrait du meurtre.

D’un gros plan à travers le miroir, il nous replace dans la voiture, montrant ainsi les Firefly blessés, vulnérables, que des flashbacks viennent réhumaniser. Car là est le dernier acte pour ses antihéros, ses marginaux gratte-poil d’une Amérique où un redneck peut être descendant d’amérindiens, d’esclaves, de vrais “natifs” nourris par des siècles de discrimination et de rejet de la société.

A la montée de la chanson, la voiture s’arrête, la caméra passe par dessus pour tourner autour avant de passer d”un plan d’Otis à celui du barrage de flics, signant la fin de la balade. Par le jeu de montages alternés, Zombie utilise le couplet pour illustrer à la fois ce que fut la vie ( les moments heureux de cette échappée), et l’état de blessures sérieuses qu’ils endurent, puis leur détermination à mourir en beauté à la reprise du refrain, dont le climax coïncide avec la voiture redémarrant.

Devils rejects ending

 

Le solo final rythme alors les échanges de balles illustrés par un montage alterné, plan rapproché pour les Firefly, plan plus large, rendant anonyme et impersonnel la lignée de flics. A trois contre ce “mur de flics”, bien que la cause soit désespérée, elle est sublimée par la mise en scène qui lui confère une grâce chevaleresque, alors qu’il s’agit de meurtriers sanguinaires et psychopathes. Une fin à la Thelma & Louise version Aileen Wuornos en somme. Puis la musique stoppe net avant la fin, l’image se figeant sur chacun des trois personnages, le corps criblé de balles, avant que ne retentissent les coups de feu.

 

Continuant jusqu’au bout à sublimer ses antihéros, Rob Zombie leur offre un final majestueux, de ceux réservés d’habitude aux héros rebelles, embrassant la mort devant une fin certaine, seule option pour des personnages au final en marge de la société, difficilement intégrables.

 

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.