Critique: The Human Centipede 2 (Full sequence)

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The Human Centipede 2 (Full sequence) 

de Tom Six

Avec Laurence R. Harvey, Ashlynn Yennie, Maddi Black, Kandace Caine, Dominic Borrelli, Lucas Hansen, Lee Nicholas Harris

USA – 2011 – 1h31

Rating: ☆☆☆☆☆

Human Centipede 2

En 2009 sortait de nulle part, The Human Centipede, high concept dégénéré, relecture improbable du mythe de Frankenstein sous influence scatophile, qui s’illustra, pendant quelques temps, comme un véritable saint Graal pour cinéphages déviants en manque de délires bien dégueulasses. Interdit dans la quasi-totalité des pays dans lesquels il devait être vendu, la chose fut téléchargée à outrance et se tailla une petite réputation malgré la déception palpable des premiers spectateurs… Il faudra attendre 2012 pour voir finalement le bousin jaillir en DTV… et, force est d’admettre que, contre toute attente, le premier essai du jeune réalisateur hollandais Tom Six, aussi crétin et Z soit-il parfois, se révèle bien plus vicieux et désagréable au visionnage que ne le laissait supposer son pitch hautement débile. Il convient donc, afin d’opérer au mieux notre critique du second opus, de revenir un tant soit peu sur quelques détails constituant la réussite de l’original.

Première séquence

Deux jeunes femmes tombent en panne au beau milieu de la campagne allemande. Elles trouvent refuge chez le Docteur Heiter, néo-nazi, ancien chirurgien et savant fou, qui les séquestre pour en faire les cobayes de l’expérience chirurgicale ultime : créer le mille-patte humain en cousant trois personnes, bouche à anus, pour ne faire plus qu’un seul tube digestif.

THE HUMAN CENTIPEDE

 

Trois points principaux font du premier opus de la trilogie (The Human Centipede 3 (final sequence) a débarqué l’an dernier) une œuvre étonnamment intéressante :

  •  L’absence de légitimité apportée au concept : en effet, il y a, au cœur du film, primat de l’image sur la représentation. Et, la force de cette image, qui ne représente donc rien, est de justement ne reposer que sur une seule idée, un unique concept de base, au sujet duquel Tom Six se refuse à toute explication, ne donne jamais aucune justification : le film apparaît donc, en ce sens, totalement amoral dans la gratuité absolue des actes qui y sont perpétrés et, c’est là que réside toute sa puissance abjecte.
  • Appréhension et suggestion : Tom Six joue, durant le premier acte, sur l’appréhension que peut susciter pareil concept, appréhension qui est, selon Wittgenstein, la somme de toutes les peurs. La séquence qui voit le chirurgien, à l’aide de petits schémas, décrire à ses  »patients » les tenants et les aboutissants de l’intervention, est glaçante et laisse vagabonder notre pensée logique jusqu’à ce qu’elle anticipe évidemment la fameuse nécessité de la défécation… Pour continuer sur cette lancée, le film, à aucun moment, ne sombre dans le gore, il demeure chirurgical, peu sanglant, préfère le hors-champ qui ouvre les vannes de notre imagination bien plus fertile que n’importe quelle image !
  • La gestion subtile du grotesque menant insidieusement à une ironie particulièrement corrosive : le second acte s’ouvre de manière frontale sur la créature, le monstre né de l’opération, de manière à gommer l’horreur trash et dégoulinante attendue, et le ridicule, le grotesque de l’image qu’elle aurait pu engendrer, pour mieux instaurer un sentiment de compassion en même temps que du dégoût chez le spectateur, qui mènera progressivement à un final terriblement ironique et marquant.

 

Pour conclure sur ce petit retour en arrière, The Human Centipede premier du nom n’est nullement un torture porn mais, si l’on peut l’appeler ainsi, un humiliation porn (mâtiné de survival), le second pan du récit reposant sur la longue série d’humiliations que va subir la créature totalement déshumanisée puisqu’incapable de s’exprimer. Cette partie du récit questionne, de manière inattendue, certes pas toujours très fine, mais en tout cas bien plus intelligente et perverse que nous n’aurions pu l’imaginer, la relation du maître et de l’esclave, chère à des auteurs comme Pier Paolo Pasolini ou Fernando Arabal. L’humiliation n’est-elle pas la pire des atrocités en cela qu’elle se pose comme un acte profondément humain consistant à faire déchoir brutalement et définitivement un autre homme de son statut d’homme en ne le considérant plus comme autrui, en refusant de lui accorder l’humanité à laquelle tout homme a le droit de prétendre.

 

Deuxième séquence

Martin (Laurence R. Harvey, bluffant, le seul et unique point fort du film), un gardien de parking quarantenaire atteint d’une déficience intellectuelle, est un fan absolu du film The Human Centipede (first sequence). Obsédé par l’expérience du Dr Heiter, il décide de kidnapper plusieurs personnes afin de reproduire l’expérience dans la réalité. Martin va essayer de réaliser un mille-pattes humain, mais, cette fois-ci, il sera composé de douze victimes au lieu des trois présentées dans le film… Son fantasme morbide de créer le plus long tube digestif au monde va aboutir à une abjection au-delà de l’imaginable !

human-centipede2

 

Autant l’écrire de suite, sans détour, afin que tout soit le plus clair possible, The Human Centipede 2 (full sequence) est une purge indéfendable qui prend un malin plaisir à détruire, un à un, chacun des éléments qui faisaient l’étonnante réussite de son prédécesseur et ce, avec la grâce et la subtilité d’un éléphant sous laxatif au beau milieu d’un magasin de porcelaine ! Et pourtant, sur le papier, cette séquelle, aussi inutile soit-elle, ne partait pas d’un postulat inintéressant ; la mise en abîme proposée, quand bien même elle ne tient pas du génie, loin de là, eut pu être un point de départ pertinent pour, tout au plus, tenter de renouveler le concept… En l’état, elle ne constitue finalement qu’un prétexte pour faire glisser la saga d’un genre à un autre ; du survival habilement suggestif, on bascule brutalement dans le torture porn scatophile et scatophage dégueulasse, plus démonstratif tu meurs, relayant donc définitivement hors-champ toute possibilité de hors-champ ! Tom Six semble nous donner enfin ce que certains attendaient dès le premier opus et devant lequel, en 2009, ils se trouvèrent fort dépourvus.

En réalité, tout est question ici d’antithèse, d’opposition terme à terme avec l’original : tandis que The Human Centipede 1 brandissait fièrement, avec un aplomb et une mauvaise foi hilarante  »100% medically accurate », The Human Centipede 2 se propose, pour notre plus grand plaisir, en tous les cas le croit-il, d’être  »100% medically inaccurate »… Et, soyez sûr que, sans mauvais jeu de mot, vous allez en chier ! Ainsi, nous n’avons plus, à l’origine du projet, un véritable médecin, un savant fou, amoureux du troisième Reich, grand, sec, exécutant ses sombres desseins avec méthode, chirurgicalement, à l’aide du matériel approprié, stérilisé, mais Martin, un attardé, vigile dans un parking, victime de la perversité humaine la plus ignoble, petit, gros qui, faute de connaissances médicales va créer son monstre à la barbare, avec le contenu, somme toute rudimentaire, d’une boîte à outil. Exit les sutures toutes belles, toutes propres, bonjour la bonne vieille agrafeuse des familles et le scotch, le système D ma bonne dame, que voulez-vous, c’est la crise ! L’environnement bleuté, froid, stérile baignant la demeure du Dr Heiter laisse place à un sous-sol de parking sordide, sale, suintant la puanteur et la crasse ; la photo lisse, clinique du premier, sombre dans un noir et blanc agressif, volontairement laid, quasi-documentaire, le traitement formel s’avère donc, à ce niveau, pour le coup, tout à fait réussi. Le cadre est, au passage, étrangement finement travaillé, mais, honnêtement, pour ce qui en jaillit, était-il nécessaire de se donner autant de mal…

the-human-centipede 2

Passons à ce qui fait l’essence même de ce truc immonde : la violence ! Parce que oui, de la première à la dernière minute, Tom Six nous montre tout ce qu’il s’échinait à nous faire appréhender puis imaginer dans le premier. Il ne fait que constamment surenchérir sur la séquence qui précède au détriment de toutes velléités narratives et dramatiques, et même du respect du spectateur au point de littéralement lui chier sur la gueule et d’exposer, de fait, la seule couleur présente sur les 90 minutes de métrage : le marron ! Je vous passe l’interminable suite de sévices et autres détails cradingues en tout genre, de la masturbation au papier de verre, à la stimulation du transit par l’ingestion de laxatif, en passant par une hémorragie anale sacrément coriace, et là encore, nous la faisons soft ! Et tout cela pour quoi donc ? Et bien pour rien du tout, le néant absolu, une vacuité scénaristique totale, aberrante, et surtout, pour un impact, au final, infiniment inférieur à celui de son aîné ! The Human Centipede 2 ne raconte strictement rien et, par conséquent, ne nous implique jamais émotionnellement, Tom Six ne fait que vulgairement brandir sa violence graphique gratuite, avec un mépris certain pour son spectateur, comme unique caution résolument malhonnête à l’existence de son second essai. Probablement moins putassier et hypocrite que le prétentieux, surestimé et lamentable A Serbian Film (aka le film dont on ne prononce pas le nom à Celluloïdz, ndlr) qui se la joue film à message pour déballer à l’écran tout et n’importe quoi, The Human Centipede 2 n’en demeure pas moins résolument inutile, d’une connerie abyssale et d’un goût plus que douteux…

Que reste-t-il donc ? Un vulgaire torture porn avec du caca, une sorte d’excroissance paroxysmique du genre, qui eut pu se révéler, comme son prédécesseur, fascinant dans sa radicalité, mais, qui n’est, au final, qu’une expérience navrante et écœurante se vautrant avec complaisance et allégresse dans une bêtise à la limite de l’inacceptable. Nous ne pouvons dès lors que vous conseiller de voir ou de revoir le premier opus de la saga, également sorti chez Condor il y a de cela quelques années, et dont la critique de notre cher The Vug constitue un belle entrée en matière. En ce qui concerne l’ultime morceau de la trilogie parachevant le jeu de mise en abîme façon poupées russes, The Human Centipede 3 (final sequence), nous y reviendrons peut-être un jour prochain, mais notons tout de même que celui-ci, lorgnant du côté de la comédie trash, constitue une agréable surprise, divertissante car délaissant le gore scato insupportable pour la farce déjantée probablement tournée sous cocaïne, gentiment crado, et, quoique drôle, on ne peut plus bourrine dans ses intentions politiquement incorrectes au demeurant parfaitement louables.

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.