Critique: Loving

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Loving

de Jeff Nichols

Avec Joel Edgerton, Ruth Negga, Michael Shannon, Nick Kroll, Terri Abney

Etats-Unis – 2016 – 2h03

Rating: ★★★★☆

loving

Cinéaste folk par excellence et élève assidu de l’école malickienne, Jeff Nichols aime capturer la vie humble des populations rurales américaines. Entre dur labeur, pauvreté inéluctable et bonheur simple, la vie à la campagne a quelque chose d’édénique, de stoïcien. Inspiré de l’histoire vraie de Richard et Mildred Loving, le film nous transporte dans la Virginie ségrégationniste de la fin 50’s – début 60’s. aux débuts de la Lutte pour les Droits Civiques, pour raconter le parcours semé d’embûches, de ce couple mixte issu de la classe prolétaire. C’est dans ce contexte où les traditions racistes ont la vie dure que Richard, fils de l’accoucheuse du coin, épouse Mildred, son amie d’enfance.

En ouverture du film, alors qu’elle lui confesse nerveusement sa grossesse, il choisit de lui offrir un terrain pour bâtir leur maison et l’emmène en secret se marier à Washington; où les mariages entre noirs et blancs sont légalisés. Mais ce que la Capitale éclairée accepte et célèbre, leur Etat de naissance refuse de le légitimer et condamne les unions et naissances issues de couples mixtes.

Choix des plus intéressants que ce fait-divers qui a bouleversé l’Histoire, révélateur à plusieurs niveaux, dans les rapports humains et sociaux qui se nouent autour de cette problématique, car il témoigne, au delà de la fin d’une époque et de l’avènement d’une nouvelle, de l’impact que peut avoir une personne sur le destin de milliers. De la façon la plus simple possible, la plus méticuleuse, Nichols se pose en observateur des prémisses de ce qui apportera une vraie révolution. En adoptant le point de vue du couple, Nichols nous place dans leur intimité, et offre un réalisme palpable. Tel un naturaliste et comme à son habitude, il se pose en témoin, en observateur de la Nature Humaine.

Subtilement, il dresse la cartographie sentimentale de leur relation, entre suprématie masculine des débuts à son affirmation à elle, en tant que femme noire et en tant que mère. Là où sa soeur travaille aux champs comme une esclave, Richard et la condition qu’il lui apporte lui permettent d’échapper à un destin tout tracé. Alors que Richard ne recherche que la paix de pouvoir vivre comme bon lui semble, elle finit par se sensibiliser à la cause noire, elle choisit la lutte…

Nichols examine, observe presque à la loupe ses personnages. A travers leurs gestes, leurs attitudes, leurs choix, il esquisse le sentiment qui les lie, dessine l’Amour sous ses multiples formes, qu’il soit celui de Richard pour Mildred, celui de sa soeur, de Mildred pour ses enfants. Moteur au final de toutes les décisions, chaque personnage n’agit qu’au nom de l’Amour, un Amour pur, rempli d’abnégation. Mais le cinéaste observe également leur environnement et l’influence de celui-ci. Au bonheur procuré par la vie simple du propriétaire terrien de la campagne, il oppose l’anonymat et la solitude sordide de la ville, où ils vivent heureux car cachés, noyés dans la masse.

Fort de l’interprétation saisissante d’un Edgerton au top de sa forme et une Ruth Negga qui se révèle après 12 Years a Slave, Loving capture le moment où la petite histoire bouleverse la Grande. A la manière d’un naturaliste, Nichols dissèque les réactions de ses personnages, de l’obstacle au changement d’environnement, pour chercher à en extraire l’essence même de leurs motivations, le grain de sel dans l’engrenage qui fera évoluer la machine, le sentiment le plus noble qui puisse motiver un homme, l’Amour. Une Révolution romantique en somme.

 

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.