Critique : Landmine Goes Click

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Landmine Goes Click

De Levan Bakhia

Avec Sterling Knight, Spencer Locke, Dean Geyer, Kote Dolordava, Nana Kiknadze, Nika Apriashvili, Helen Nelson

Georgie – 2015- 1h44

Rating: ★★★★☆

landmine goes - bandeau
Trois touristes américains amateurs d’escalade effectuent un séjour randonnier en Georgie : Daniel, sa compagne et bientôt future épouse Alicia, leur meilleur ami et futur témoin Chris. Ces deux derniers ont eus une aventure passagère et le futur marié s’en est aperçu. Bon prince et sans la moindre amertume, il laisse Chris le pied sur une mine de terre disposée sur le terrain de leur campement par un ami guide quelques jours auparavant, et l’abandonne à son sort en compagnie d’Alicia. Le couple entrevoit cependant un espoir en la personne d’Illya, un chasseur solitaire qui passait par-là. Espoir de courte durée, car ce dernier va profiter de l’immobilité forcée de Chris pour tirer avantage de la situation, sous tous les angles possibles.

Le film dispose d’une assez bonne presse rapport à quelques passages remarqués dans divers festivals mais a été magnifiquement distribué nulle part ou presque, en tout cas pas par chez nous. C’est compréhensible, car en effet l’absence de budget du film de Levan Bakhia a de quoi faire de l’ombre à l’ensemble de nos productions de façon assez fulgurante. Son postulat, peut-être assez simple en apparence, demeure d’une efficacité redoutable : que vous soyez en train de vous noyer, il y aura toujours quelqu’un pour négocier la perche qu’il va ou non vous tendre…Un aspect de la nature humaine que même des tonnes de CGI ne parviendront jamais à maquiller, aussi c’est à se demander si l’ensemble de la profession ne s’est pas mise d’accord pour faire comme si finalement l’aspect en question n’existait pas. Le choix d’un tel sujet mériterait donc déjà à lui seul toutes les récompenses du monde, mais les auteurs (Bakhia et ses deux scénaristes, Adrian Colussi et Lloyd S. Wagner) nous prouvent définitivement qu’ils n’ont pas choisi leur thématique uniquement pour l’esbroufe : les dialogues sont merveilleusement écrits et marquent uns à uns de façon très progressive les échelons de toutes les façons imaginables de monnayer ce qui ordinairement relève de l’ordre du vital. La mise-en-scène est toute en humilité discrète, entièrement focalisée sur les comédiens, au jeu impeccable par ailleurs.

Il y a un twist cependant –le film se divise en deux parties, et la première en occupe les trois-quarts – et c’est à travers celui-ci que le film propose véritablement une réflexion sur ses propres enjeux. Chris survit et revient pour se venger d’Illya, prenant sa famille en otage et leur infligeant ce qu’Illya a infligé à Alicia. La vengeance et la violence deviennent tout à coup un peu plus déstabilisantes retransposées dans le cadre d’un doux foyer. Ce n’est pas le premier cas d’home-invasion auquel nous sommes confrontés, et un peu à l’image du Knock-Knock d’Eli Roth, on pourrait croire que le film se cantonne à baliser deux pôles moraux les plus éloignés possibles, et de laisser le spectateur jauger de la gravité des interactions qui se déroulent entre les deux. Or cette deuxième partie inversée, au cadre retransposé, ne fait que renvoyer à son point d’origine (la nature sauvage et désolée – enfin, toujours après coup malheureusement) comme si l’impunité assurée de l’isolement devait forcément tout justifier. Quelque soit l’endroit, ce sont bien toujours les mêmes comportements que l’on retrouve inlassablement, à peine maquillés de temps à autre du vernis de la civilisation : imposant ses sévices foncièrement barbares, Illya ne cesse pourtant de se référer à la « loi », à la règle du jeu.

Il semblerait que c’est bel et bien à l’intérieur de ce grand écart trouble que l’humanité n’a toujours pas fini de décider quelle était exactement son identité réelle (à choisir entre celle qui lui a été donnée et celle qu’elle s’est construite – et il devait bien y avoir quelques raisons !), et c’est cette abstraction qu’elle va devoir dissiper au plus vite pour trouver sa réponse, se fixer une bonne fois pour toute sur l’époque à laquelle nous vivons vraiment.

Une chance que le cinéma soit là pour l’y aider ouhlàlà oui.

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Le samedi soir il mange des chips. Pas de catch, pas de foot; si tu veux tu peux venir!