Critique: Les Ardennes

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Les Ardennes

De Robin Pront

Avec Jeroen Perceval, Kevin Janssens et Veerle Baetens

Belgique / Pays-Bas – 2015 – 1h33

Rating: ★★★★☆

 

Les Ardennes

Suite à un braquage qui tourne mal, Dave parvient à s’enfuir tandis que son grand frère Kenny en prend pour quatre ans. A sa sortie de prison, Kenny veut retrouver Sylvie qui n’a pas donné signe de vie. Celle-ci s’est depuis mise en couple avec Dave qui, face au caractère bouillonnant de son grand frère, n’ose rien lui avouer.

Premier long de Robin Pront, Les Ardennes s’impose, quatre ans après Bullhead, comme le choc flamand du moment. Primé aux Magritte (les Césars belges) et au festival de Beaune, le film est tiré d’une pièce de théâtre écrite par Jeroen Perceval qui interprète également le rôle du plus jeune frère : Dave. Les Ardennes se montre particulièrement elliptique dès ses premières secondes (et le restera…), esquissant son braquage d’introduction en quelques plans (tandis qu’une scène avait bien été tournée) avant de présenter succinctement le couple en devenir Dave/Sylvie pour nous envoyer quatre années plus tard.

A sa sortie de prison, le personnage de Kenny, pourtant encore loin de la réinsertion, ne connaîtra pas la classique rechute dans le crime organisé, le film préférant se concentrer, malgré une violence omniprésente, sur les retrouvailles entre ces deux frères et le secret de leur triangle amoureux. L’intrigue s’apparente ainsi à une tragédie grecque,  sorte de pendant belge au cinéma de James Gray. A l’instar du cinéaste new yorkais, Robin Pront et son chef opérateur (Robrecht Heyvaert pour le citer) n’ont pas peur du noir, quitte à tutoyer la sous-exposition (plans très sombre où même l’objet est noyé dans l’obscurité) et la mise en scène se ponctue de travellings légers mais omniprésents. Le réalisateur fait ainsi monter la pression autour de son trio de personnages et tandis que les non-dits deviennent insupportables, Les Ardennes vire au film noir.

 

Alors que la situation dégénère, les deux frères sont contraints de partir dans la région du titre afin de régler une basse besogne en compagnie d’un couple de rednecks à la croisée entre Rob Zombie et Fabrice Du Welz. Le film prend alors des allures à la Fargo, se montrant tout aussi sanglant mais dépouillé de son ironie (quoique les autruches…). Alors que la nuit tombe sur les forêts enneigés et qu’explose la confrontation entre Dave et Kenny, le film se conclue sur un twist prévisible mais néanmoins d’une implacable brutalité.

 

Diamant noir rythmé à l’électro flamande chelou, Les Ardennes brille par la qualité de son écriture et de son interprétation ainsi que la maîtrise certaine de sa mise en scène. S’il ne révolutionne pas le film noir, il suffit à imposer Robin Pront comme un nouveau talent du cinéma belge à surveiller.

 

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C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.