Critique: Fear The Walking Dead (saison 1 +Web série: Flight 462)

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Fear The Walking Dead / Fear The Walking Dead : Flight 462

De Robert Kirkman et Dave Erickson

Avec Kim Dickens, Cliff Curtis, Frank Dillane, Elisabeth Rodriguez, Alicya Debnam-Carey, Mercedes Masohn, Lorenzo James Henrie, Rubén Blades (FTWD), Michelle Ang, Brendan Meyer , Kathleen Gati, Lisa Watz, Levin Sizemore, Brett Rickaby, Sheila Shaw, Frank Dilane, Meegan Holaway (F462)

Etats-Unis – 2015 – FTWD : 1 pilote d’1h et 5 épisodes de 42mn/FTWD-F462 : 16 épisodes d’ 1mn

Rating: ★★★☆☆

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FEAR THE WALKING DEAD (saison 1)

L’annonce d’un spin-off de la série phare de Robert Kirkman avait de quoi réjouir sur le papier, car emplie de belles promesses : un point de vue autre, aux prémices même de la Zombie-Apocalypse qui allait déferler sur le monde pour le transformer en un univers si hostile où tout est permis au nom de la survie. De nouveaux personnages également, et par-là un pari assez risqué puisqu’il s’agit de rivaliser avec l’iconicité forte de ceux de la série originale. Après tout, qui aurait crût un jour que nous verrions sur petit-écran des séries se déroulant dans un univers peuplé de zombies ? Le postulat à lui seul suffirait à réjouir n’importe quel amateur de fantastique… Seulement voilà, le problème ne vient pas spécialement des zombies. Contrairement à son concurrent Z Nation de chez The Asylum, qui prend un pied monstrueux avec à la fois créature et contexte en les déclinants à toutes les sauces (un peu par la force des choses il faut bien le préciser, c’est le seul créneau qui restait puisque) les séries AMC adaptées du matériau original sont elles, définitivement engoncées dans le drama pur et dur, pas toujours des plus réussis comme nous allons l’évoquer plus bas. Seules nouveautés, la promesse d’en apprendre graduellement un peu plus sur les origines mêmes de l’infection, et un peu plus de fun en perspective puisque l’action va prendre place cette fois-ci en mer. Nouveaux enjeux donc, ou bien juste simplement nouveaux terrains de jeux ?

Le pilote nous offre de beaux moments d’installation dans sa première moitié : l’action se situe à Los Angeles et une très belle ouverture dans un squat en pose très bien les jalons. Le héros est un jeune toxico, et quand il découvre sa petite-amie zombifiée il croit tout d’abord à une hallucination. Ce sera notre point d’entrée vers l’éventail des principaux protagonistes, une famille bien d’aujourd’hui tiraillée entre deux ménages : la jeune sœur de Nick, Alicia, Madison la maman et Travis son nouveau mari, lui-même divorcé de Liza et père de l’adorable Christopher. Hormis le point de vue de Nick, les premiers signes de l’épidémie ne nous sont montrés que par le biais d’images différées auxquelles les médias ont bien du mal à fournir une explication. Quelques petits moments de tension ici et là, savoir si tout à coup n’importe quel quidam n’est pas déjà en pleine mutation – le voisin d’hôpital de Nick, le surveillant du collège de Madison, soit. Jusqu’ici tout va bien, mais la scène finale où Travis et Madison, à la recherche de Nick qui s’est enfuit, se retrouvent avec lui confrontés à la réalité des faits, elle, fait un peu peine à voir. Les personnages tournent en rond, la caméra aussi, on est dans un lieu bien vide et bien désert, pour que nous spectateurs comprenions bien ce qui se passe, mais aussi et surtout pour que les protagonistes soient bien de façon marquée les seuls détenteurs de cette terrible révélation. C’est un peu ennuyeux pour une scène-clé, ça manque un brin d’amplitude.

Calquée sur la série-mère pour le meilleur et pour le pire avec une ouverture en six épisodes montre-en-main, Fear The Walking Dead expédie malheureusement par la suite les éléments qui faisaient tout l’intérêt d’un spin-off, points que nous allons aborder après ce bref intermède publicitaire..

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FEAR THE WALKING DEAD : FLIGHT 462

..et il se trouve en effet que c’est la nature-même de cette web-série, diffusée parallèlement à la télévision durant les coupures publicitaires à raison d’un épisode d’une minute pendant 16 semaines en guise de teaser pour notre spin-off. On apercevra en effet le vol 462 en question dès le premier épisode de Fear The Walking Dead, puis de façon plus proéminente dans l’épisode 3 dans une séquence qui sera elle-même reprise à la fin de Flight 462. L’autre raison de l’existence de ce court segment serait le fait que l’un des personnages de la web-série devrait rejoindre le casting du spin-off à la saison 2.

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Cela aurait pu donner un magnifique septième épisode à intégrer dans la première saison sans plus d’explication, hormis le simple fait de profiter pleinement du spectacle d’un zombie déchaîné en milieu clos mais les exécutifs semblent avoir préférés la promotion virale au sens du propre du terme. Nous devrons donc nous contenter de ces 16mn bien interprétées certes, mais un peu sous-exploitées, presque anecdotiques, hormis le fait de présenter effectivement un personnage qui semble en savoir plus qu’elle ne veut en dire.

FEAR THE WALKING DEAD (saison 1) – suite et fin.

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Tandis que Madison retourne à son école chercher des médicaments pour le sevrage de Nick, Travis et Liza partent à la recherche de Christopher en centre-ville où le peuple commence à s’insurger face aux violences policières de plus en plus abusives. Rapidement c’est la panique et les émeutes, la petite famille Manawa trouve temporairement refuge dans la boutique de Daniel Salazar, en compagnie de la femme et de la fille de celui-ci. Attendant le retour de Travis, Madison et Nick ne peuvent bientôt plus dissimuler la nature des faits à Alicia quand leurs voisins zombifiés commencent à tenter d’envahir leur maison. Tout ce petit monde finit par se réunir chez Madison, Salazar attend que des cousins viennent le chercher lui et sa famille le lendemain matin, ainsi tout le monde pourra tenter de s’enfuir où bon lui semble. Leurs projets d’exode se retrouvent compromis lorsque l’armée décide de prendre la direction des opérations, ce qu’elle ne sera pas en mesure de faire très longtemps.

Ma question est, était-il si urgent de placer si rapidement tout ce petit monde sous la tutelle du mystérieux Victor Strand, qui semble en savoir plus que tout le monde sur la mystérieuse épidémie et qui vous sort comme ça patatrac une villa et un yacht du fond de sa poche ? Tout l’attrait d’assister à la lente désintégration de la civilisation, ainsi que les plaisirs de la chasse aux zombies en milieu urbain, se retrouve pour ainsi dire passés à la trappe. Les scènes entre voisins zombifiés/pas zombifiés étaient pourtant très bien menées, on aurait aimé ressentir davantage l’insécurité de la situation avant que les militaires n’interviennent. Idem en ce qui concerne les exactions de celle-ci, rapidement drastique et vaguement liberticide au nom de l’état d’urgence, il y avait beaucoup à montrer en ce qui concerne le « quotidien sous contrôle ». Or ce à quoi nous sommes confrontés ici n’est rien d’autre finalement qu’ un « story-telling » un peu trop « plot-driven », ce qui traduit du jargon signifie que peu importe ce qu’il va se passer ou ce qu’on va nous raconter, le premier souci de la conduite du récit est de nous emmener d’un point A à un point B (ici situer l’action en pleine mer), et basta. C’est aussi un peu le même problème avec la série-mère, qui ne prend même plus la peine de dissimuler ses ficelles et qui se repose un peu trop paresseusement sur le vivier d’histoires fortes que constitue le comics original : il est écrit que le groupe de Rick allait tomber dans les pattes de Negan, et donc notre petit groupe qui s’était transformé en super-warriors par la force des choses se font tous subitement avoir comme des bleus, sans que les Saviors ne fassent réellement preuve d’une quelconque supériorité tactique. Quand aux zombies, n’en parlons même pas, la mise-en-scène est tout simplement partie en vacances : c’est tout juste si chaque excursion à l’extérieur d’Alexandria ne se résume pas à une sympatoche petite randonnée.

Ici, à quoi bon nous présenter le personnage de Tobias, l’adolescent boutonneux, si c’est pour le faire rentrer chez lui dès le deuxième épisode ? Alors qu’avec son côté esseulé, il aurait pourtant donné un contre-point parfait au personnage de Christopher dont on a bel et bien décidé de faire « un enfant à problème », notamment grâce à la scène finale toute en finesse et suintante de pathos de la mort de Liza. Un autre ressort narratif essentiel envoyé aux oubliettes par ailleurs, car la dynamique entre elle et Madison était parfaite et aurait contribué à maintenir la petite touche dysfonctionnelle qui rendait sympathique tout ce nouveau petit monde (avec un peu de chance elles auraient peut-être même fini par se battre dans la boue, est-ce que vraiment c’est trop demander ?) et qui aurait pu prendre une ampleur supplémentaire dans ce tout nouveau contexte, sans compter toutes les possibilités fantastiques qui auraient étoffées le personnage de Travis.

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Attention, pathos montré en gros plan, âmes sensibles s’abstenir!

Tout ce que l’on peut peut-être déduire serait que Fear The Walking Dead semble vouloir affirmer éventuellement sa singularité dans la mise-en-scène d’une nouvelle facette de la notion de survie (un peu moins héroïque, un peu moins morale), ce qui entre nous soit-dit, demeure tout de même le minimum syndical en termes de thématique. L’attitude de Madison en témoigne régulièrement, toujours prête à « vivre et laisser mourir », et ne parlons pas de celle de Nick, dont les travers de toxicomane prennent le dessus quelles que soient les circonstances, le genre de mentalité survivante qui fait plus de dégâts sur ceux qui essayent d’aider que sur le principal intéressé qui lui s’en sort miraculeusement indemne. A l’heure d’aujourd’hui on ne sait pas encore très bien si les deux séries vont se croiser, en tout cas c’est cet angle d’approche qui semble pour le moment se dessiner le plus nettement : la confrontation de ces deux façons bel et bien différentes de faire face à l’adversité.

Nonobstant2000

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