Chips-Movie : Cut Throats Nine

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Condenados a vivir

de Joaquin Luis Romero Marchent

avec  Claudio Undari, Emma Cohen, Alberto Dalbès, Antonio Iranzo, Manuel Tejada, Ricardo Diaz, José Manuel Martin, Carlos Romero Marchent, Rafael Hernandez, Eduardo Calvo

Espagne – 1972 – 1h30

Rating: ★★★★★

CT9 bandeau

Un convoi chargé de transférer des bagnards d’une prison à l’autre est attaqué par des bandits de grands chemins, persuadés que celui-ci dissimule une cargaison d’or. La recherche s’étant avérée infructueuse, les moyens de transports sont détruits et le groupe dirigé par le Sergent Brown et sa fille laissés pour morts. Celui-ci compte bien cependant mener à terme sa mission..

Semi-classique quelque peu oublié mais revenu sous les feux de l’actualité sous l’impulsion de la critique spécialisée dans le sillage du dernier opus de Quentin Tarantino, Cut Throat Nine permet en effet une délicieuse occasion de prolonger la douce torpeur du western à chiffres. Mais ce n’est pas tout. Hasard des coïncidences, celui-ci délivre littéralement tout ce que l’on pouvait espérer dans nos rêves les plus fous de la part de Hateful Eight, et peut-être même du film de genre en général. Bon c’est une vieille polémique qui me tient à cœur, mais je pense sincèrement que la nullité ambiante est tellement omniprésente qu’à partir du moment où quelqu’un raconte une histoire à peu près correctement, c’est tout de suite intrônisé chef-d’œuvre – prenons par exemple le déroulement narratif clinique, une recette qui a tellement fait ses preuves que du coup, on la retrouve à peu près partout ; et ça c’est encore vérifié tout récemment avec The Revenant : un récit vide, vain et sans enjeux, mis- à -part les bons vieux topics inattaquables : «  jesus-godammit-motherfuck, this-son-of-a-bitch- just- fucking-killed-my-son-and-left-me-for-fucking-dead », sous vos applaudissements, et ceux du monde entier, mais je digresse.

Ce n’est pas moi cependant qui irait reprocher à Tarantino, grand story-teller devant l’Eternel, d’avoir ré-habilité le who dunnit – de ce point de vue il est même à l’abri de toutes critiques ou reproches, pour avoir imposé le mélange des genres depuis From Dusk Till Dawn, grâce lui en soit mille fois rendue – en nous rappelant qui plus est dans la foulée ( et non sans une certaine malice) à quel point le western est aussi un terrain rêvé d’exception pour le gore. Mais donc, n’oublions pas qu’à une certaine époque c’était quelque chose de courant et ne soyons pas dupes des slogans putassiers d’éxécutifs prêts à ré-écrire l’histoire du cinéma derrière de fourbes intérêts mercantiles. Concernant Cut Throats Nine précisément, la violence graphique fût également un argument qui aurait soit-disant survendu la marchandise pour le goût de certains (Lucio Fulci s’imposant d’emblée comme référence) et c’est là où j’interviens : peut-être oui peut-être certains parti-pris n’avaient rien de sensationnels dans le contexte de l’époque (ça reste à voir) en tout cas au jour d’aujourd’hui ils apparaissent presque novateurs, voire bien plus audacieux et rafraîchissants (..hum) que les trois-quarts de ce qui sort actuellement sur les écrans.


Nous sommes donc dans la neige et le froid en compagnie d’une bande de rascals, et le réalisateur a bel et bien l’intention d’utiliser à plein tonneau cet aspect surnuméraire car contre toute attente, le récit a tôt fait de multiplier très très rapidement les intrigues : il ne s’agit pas simplement pour le héros de simplement rentrer à bon port, car l’or convoité par les pillards sur la route s’avère en réalité la chaîne qui relie tous les prisonniers, ce qui tout de suite donne une dimension nouvelle à la question de la survie. Et il se trouve en plus que parmi les criminels se cache le meurtrier de la femme du Sergent, dont celui-ci ignore l’identité, et qu’il est tout à fait déterminé à profiter de l’excursion pour résoudre ce mystère. Tous ces éléments sont progressivement amenés par un emploi « pas si subtil » (enfin, toujours pour certains, moi je trouve que ça fonctionne très bien) des flash-backs (parce que ralentis, parce que musique dramatique) qui finiront cependant par donner au film sa syntaxe si particulière (à partir du motif récurrent tout simple de « la vie qui défile devant les yeux à l’approche de la fin », appliqué à tous les personnages indifféremment, pas seulement au héros) qui culmineront en un hommage sublime et impromptu au Kiss Me Deadly de Robert Aldrich – qui devrait certainement ravir également au passage les fans de David Lynch – et achèvent de donner au récit une teinte mystico-existentielle assez superbe..

Les mauvaises langues pourront continuer d’invoquer un final qui « ne résout rien » mais ce serait encore une fois se méprendre, car jamais l’expression de Neil Gaiman n’aura été aussi fondée : « en narration, le voyage importe davantage que la destination ». Le récit bascule en effet bien vite dans le survival, déclinant tous les aspects les plus abjects de la nature humaine que l’on était en droit d’attendre de la part de tels personnages, mais encore une fois la construction narrative vient apporter une épaisseur supplémentaire à l’ensemble des thématiques (« nous-mêmes,  qu’aurions-nous fait dans de telles circonstances ? ») avec une conclusion qui renvoie tout au fait à l’ampleur du propos du Shutter Island de Martin Scorcese : « avoir vécu comme un monstre, mourir cependant comme un homme » .CT9 photo

Vous l’aurez compris, tout peut arriver et rien ne se passe comme prévu, il n’est donc pas dit que justice sera faite, alors comme d’habitude, n’allez surtout pas croire que j’essaie de vous influencer. Je vous assure en tout cas qu’il y a des choses à voir dans ce Cut Throat Nine, presque de quoi en finir pour de bon avec le pseudo-contemplatif à la mode ces temps-ci. Voilà bien un film qui s’empare à bras le corps de son postulat sans courir se réfugier derrière une moralité bien-pensante dès qu’il se rapproche un peu trop des réalités. Peut-être que l’on ne se posera pas forcément de grandes questions, peut-être que l’on n’en sortira pas non plus davantage réconcilié avec la nature humaine, mais au moins ne subsistera pas la désagréable impression qu’on nous a encore raconté une berceuse. Audaces narratives disais-je (et rafraîchissantes, dammit je me souviens bien), épaisseur thématique osais-je encore ajouter, et c’est bien cela le plus affreux au regard des daubes insipides qui sillonnent nos écrans : il ne s’agit même pas d’expérimentations de petit malin, juste la recherche de la forme la plus adaptée à quelque chose de plus en plus en voie de disparition de nos jours, je n’entends par là rien d’autre qu’un réel propos. Et encore une fois, il ne s’agit ici que d’une simple petite série B sans prétentions.

 

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