Un film en un son : Lord of war

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Lord Of War : Warlord de Antonio Pinto

Écrit et réalisé en 2005 par Andrew Niccol, Lord Of War raconte l’ascension dans le trafic d’armes de Yuri Orlov, émigré ayant fuit l’Ukraine Soviétique pour s’installer aux États-Unis avec son frère et ses parents. Après l’effondrement du bloc soviétique, il jouera de ses contacts à l’Est pour accroître ses activités clandestines et devenir le plus grand trafiquant d’armes international.

La musique est composée par le brésilien Antonio Pinto, à qui l’on doit notamment l’excellente bande originale de La Cité de Dieu. Nous allons nous intéresser dans les prochaines lignes au morceau Warlord qui est le thème principal de Lord Of War. Ce thème évoque le parcours de Yuri, sa structure est calquée sur l’évolution du personnage au sein du récit. La composition se divise en plusieurs parties et repose principalement sur un aller-retour entre les notes fondamentales des accords et leur quinte. Le mode est mineur et tout est composé sur une une suite d’accords classique (on ne s’éloignera pas beaucoup de LAm / DO / SOL). Le mode mineur est souvent de mise pour des partitions aux ambiances tristes ou mélancoliques, contrairement au mode majeur qui est fréquemment utilisé pour des tons plus joviaux et enjoués. Chantez « do ré mi fa sol la si dooooo », vous verrez, c’est joyeux, et ça fonctionne aussi avec Le Petit Bonhomme en Mousse ! A l’inverse, si vous sifflotez Paint I Black ou Fear Of The Dark c’est tout de suite moins gai. C’est la magie du mode mineur.

 

lord-of-war un film en un son

 

La partition commence avec une guitare classique jouant un aller-retour, comme évoqué plus haut, entre trois notes. Les mesures sont composées de six temps. Les trois premiers appuient la quinte alors que sur les trois suivants, cette dernière est augmentée d’un demi ton avant de redescendre sur la quinte juste. Ces mesures se répètent en boucle, rien n’en ressort, tout comme Yuri au début du film qui est enfermé dans un quotidien sans avenir, maussade et ennuyeux. Lorsque le premier changement arrive, il n’offre qu’un enchaînement de deux accords logiques et attendus, mettant une fois de plus en exergue la situation ordinaire du héros (de 00:00 à 00:25). Après quelques mesures, la guitare évolue toujours sur le même motif d’aller-retour entre peu de notes mais effectue une montée dans les aiguës, avant de redescendre vers le premier accord. Cette légère montée symbolise le moment où Yuri découvre le business des armes, c’est une lueur d’espoir pour lui, un moyen de s’épanouir et faire quelque chose d’excitant dans sa vie (de 00:25 à 00:38).
Ce changement laisse place pour la première fois à un arpège aiguë légèrement dissonant qui interpelle l’oreille, nous ne sommes plus dans le même confort d’écoute auquel Antonio Pinto nous avait plongé jusqu’à présent. Nous sommes au sommet, le moment où tout va basculer, où le héros va prendre la décision qui fera passer sa vie de glandeur à trafiquant d’armes (de 00:38 à 00:45). D’ailleurs après ce pic, le thème sera rejoué durant quelques mesures mais uniquement plus haut dans les aiguës, comme si Yuri était passé à un palier supérieur, son quotidien et sa routine ce sont les armes maintenant (de 00:45 à 01:22). La mélodie reprend plus basse sur le même ton qu’au début. Le tour de piste est fini, on repart à zéro. Yuri fait tourner son business tout en le gardant secret ce qui lui permet d’avoir une vie de famille presque banale. L’excitation et la nouveauté sont passées, vendre des armes est un boulot comme un autre pour lui. La grosse différence est qu’Antonio Pinto fait entrer les contrebasses et les violons dans le score à ce moment. Ce qui donne une dimension beaucoup plus dense et moins minimaliste, avec une mélodie triste et mélancolique. Cette envolée lyrique symbolise les conséquences tragiques de l’activité du héros. Tandis que le thème à la guitare se répète inlassablement, les violons et le piano essaient de le couvrir, tel des cris d’agonie déchirant la fumée épaisse d’une explosion de mine antichar (Gutbuster, écrivain) (de 01:22 à fin).

On notera qu’à la fin de la partition, le piano joue la mélodie du thème de la guitare représentant le héros. Le piano étant souvent défini comme l’instrument Roi, l’instrument symbolisant l’humanité, il est intéressant de voir au travers de la musique à quel point le personnage de Yuri Orlov est complexe. Car malgré ses choix et sa morale il reste humain, attachant et tellement ordinaire. Tout comme la mélodie de Pinto reste simple, minimaliste, et sublimement efficace.

Je voudrais m’excusez d’avance au près de tous ceux qui ont la chanson Le Petit Bonhomme en Mousse dans la tête par ma faute.

 

Gutbuster

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About Gutbuster

Gutbuster est un fantôme, un esprit frappeur s'amusant à effrayer les gens dans leur quotidien. Infligeant des tortures mentales abominables, le bougre s'amuse à intervertir les dvd dans des mauvaises pochettes, ouvrir les boites de figurines ou encore régler les radio-réveils sur NRJ. Il peut aussi s'amuser à pirater votre compte Amazon pour commander des livres de Berbard-Henri Levy ou le dernier film en date de Franck Dubosc. Tremblez, cinéphiles du monde entier, Gutbuster veille au grain pour vous faire trembler d’effroi !