Critique: Saint-Amour

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Saint-Amour

De Benoît Delépine et Gustave Kervern.

Avec Benoît Poelvoorde, Gérard Depardieu, Vincent Lacoste, Céline Sallette

France – 2016- 1h41

Rating: ★★★★☆

 

saint amour hollyshit

 

Comme tous les ans, Bruno (Poelvoorde), agriculteur vieux garçon porté sur l’alcool, fait la route des vins sans quitter le salon de l’agriculture. Jean (Depardieu), son père, décide de l’emmener faire ce voyage pour de vrai afin de se rapprocher de lui et de le convaincre de reprendre la ferme familiale. Ils empruntent alors le taxi de Mike (Lacoste) et se lancent sur les routes de France. Leur périple sera ponctué par des rencontres qui interrogeront leurs rapports aux femmes.

Le Delépine Kervern nouveau est arrivé. Après un Near Death Experience radical et plutôt austère, les deux cinéastes, devenus des incontournables du cinéma hexagonal, nous reviennent avec ce  Saint Amour, leur film le plus sage. Les réalisateurs grolandais auraient-ils sacrifié leurs âmes de punk sur l’autel du politiquement correct ? Non, ils poursuivent simplement leur filmographie avec la même cohérence, se détachant peu à peu de l’humour gras qui a fait le succès de Groland au profit d’une sensibilité de plus en plus assumée (même si depuis Mammuth, on n’était pas vraiment dupes). Dans ce bien nommé Saint Amour, ils se font carrément fleur bleue (épaulés par la jolie partition tout en violons, clavecins et piano de ce lover de Sebastien Tellier !).

En effet, au risque de décevoir ceux qui espéraient voir y un remake d’Un singe en hiver ou de La grande bouffe, l’alcool n’est pas le sujet principal du film (malgré l’omniprésence du vin et une scène mémorable sur les 10 étapes de l’ivresse) qui s’intéresse davantage au sentiment amoureux à travers trois portraits d’hommes : le timide maladif (Poelvoorde), le mytho faussement sûr de lui (Lacoste) et le veuf inconsolable (Depardieu). Les acteurs sont au diapason, de notre Gégé national (ou binational plutôt !) tout en retenu et en simplicité à l’éternel puceau Vincent Lacoste qui tient parfaitement la route face à ses prestigieux partenaires. Mais c’est bien le bouleversant Benoît Poelvoorde qui domine le casting par son interprétation à fleur de peau traduisant toute la détresse affective du personnage. Alors que nos trois mâles pas vraiment dominateurs se lance sur les routes de France, le road  movie (genre fétiche du duo grolandais) les conduira à rencontrer toute une galerie de femmes : une jeune serveuse submergée par les angoisses de la générations Y (Segolène Rigot), une agent immobilière mystérieuse aux motivations singulières (Ovidie), des jumelles pas vraiment identiques (Ana Girardot), une femme mûre d’une grande tendresse (Andréa Ferréol), une œnologue bienveillante (Chiara Mastroianni)… C’est Vénus, véritable allégorie de l’amour incarnée par la charismatique Céline Sallette, qui marquera la fin de leur voyage et, sans spoiler davantage, annoncera le début d’une nouvelle vie pour nos trois comparses.

Si Delépine et Kervern parlent évidemment des problèmes relationnels rencontrés par les agriculteurs (et qui font le bonheur d’une célèbre chaîne de télévision) et plus généralement du manque d’estime dont ils peuvent souffrir, ils  ne se cantonnent pas au message politique ou social et privilégient une approche plus poétique. Saint Amour est avant tout un hymne à l’instant, une œuvre humaniste et légère (sans faire l’impasse non plus sur une certaine gravité) qui fait l’éloge des plaisirs simples.

HollyShit

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About HollyShit

C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.