Critique: Ni le ciel ni la terre

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Ni le ciel ni la terre

De Clément Cogitore

Avec Jérémie Renier, Kévin Azaïs, Swann Arlaud

France/Belgique – 2015 – 1h40

Rating: ★★★★★
 

Ni le ciel ni la terre
 

Afghanistan, 2014. Alors que les troupes de l’OTAN se retirent peu à peu, la section du capitaine Bonassieu surveille une vallée désertique à la frontière du Pakistan. Un matin, on découvre que les hommes d’un poste de surveillance avancé ont mystérieusement disparu. Le cartésien Bonassieu doit alors faire face à une énigme insoluble et, tandis que la tension monte entre les militaires et la population locale, les hommes continuent de disparaître…

Ni le ciel ni la terre, premier film du vidéaste Clément Cogitore, a déjà le mérite de s’attaquer à deux genres pas franchement favorisés par le cinéma français : le film de guerre et le fantastique. Le cinéaste peut compter dans sa démarche sur la présence de Thomas Bidegain (scénariste pour Audiard et réalisateur des Cowboys) parmi les (nombreuses) mains à l’écriture ainsi que sur l’investissement physique d’une troupe de jeunes acteurs prometteurs, menée par l’impeccable Jérémie Renier (à ne pas confondre avec le Jeremy Renner de Démineurs !). Cogitore met en scène cette relecture métaphysique des Disparus de Saint-Agil chez les bidasses de façon sobre mais classieuse et envoûtante. Par un rythme lent qui met en valeur le silence et le vide (l’absence est bien sûr un thème central du film) Il parvient à imposer un mystère pesant qui ne manquera pas de susciter la réflexion.

 

 

A la manière du cinéma américain des années 2000, le réalisateur adapte le film de guerre aux conflits modernes où l’ennemi demeure invisible, caché dans des grottes ou dissimulé au sein des populations civiles. Perdus au milieu de magnifiques paysages désertiques (le film a tourné au Maroc), les soldats, dans leur mission de surveillance de la frontière, connaissent aussi bien le stress que l’ennui. Le fantastique surgit alors, invisible, brisant la routine via des disparitions inexpliquées. Ni le ciel ni la terre met en place un mystère insoluble qui évoque directement Pique-nique à Hanging Rock, le chef d’œuvre de Peter Weir (on pourra aussi penser à The Leftovers, la série mystique de Damin Lindelof qui paye également son tribut au film de Weir). Refusant de se laisser aller à l’angoisse et au mysticisme qui montent dans sa section, Bonassieu tente de comprendre ce qui a pu se passer. Il va jusqu’à mettre en place une trêve fragile avec les Talibans, qui font eux aussi face à la disparition de leurs hommes, mais toutes ses tentatives s’avèrent bien vaines face à l’inexplicable. Ce fantastique ténu finit par révéler ce qui rapproche afghans et français : les croyances et la quête de vérité. Tentant de trouver coûte que coûte une explication à cette indéchiffrable cosmogonie, les uns se tournent vers les croyances locales, issues du Coran, tandis que les autres pensent y voir une prophétie biblique. Bonassieu, militaire consciencieux et point d’ancrage rationnel du film, cèdera lui aussi au trouble et devra se résoudre à accepter son incapacité à comprendre et donc à maîtriser le monde qui l’entoure.

Si Ni le ciel ni la terre a donc le mérite de lier film de guerre et fantastique, il ne se limite pas à ce mix entre les genres et développe une réflexion philosophique qui dépasse les cadres géopolitiques pour interroger plus largement notre rapport à l’existence et à ses impénétrables mystères.

 

HollyShit

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C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.