Critique: Midnight Special

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Midnight Special

De Jeff Nichols

Avec Michael Shannon, Jaeden Lieberher Kirsten Dunst, Joel Edgerton, Adam Driver et Sam Shepard

États-Unis – 2016 – 1h51

Rating: ★★★★☆

MIDNIGHT SPECIAL

Shotgun Stories, Take Shelter, Mud… En trois films, ce jeune prodige américain de Jeff Nichols nous avait profondément marqué avec son puissant triplé de drames naturalistes teinté d’Americana mélancolique. Des petites histoires sur des petites personnes cherchant à conserver le peu qu’ils ont dans une Amérique en crise, le tout sans moralisme, sentimentalisme ou misérabilisme mais privilégiant l’humain, rehaussé par des jeux d’acteurs en acier et une mise en scène aussi économe que puissante.

Avec ce quatrième film, road-movie aux enjeux fantastiques qui voie un père et son gamin doté de puissants pouvoirs fuir les hommes de main d’une secte sans scrupule, Jeff Nichols s’essaie ouvertement à un vrai film de genre, avec ses codes et ses contraintes, quelque chose de plus mainstream pas si éloigné dans l’intention d’un Looper, les moto volantes et les fusillades exacerbées en moins.        

 

Cette course poursuite aux multiples clins d’oeil spielbergiens reste dans la sobriété habituelle de Nichols, concentrant la tension par un montage précis et un travail surpuissant sur le son (un coup sur la pédale d’accélérateur et c’est toute la salle qui tremble). Certes, le film cède au flare facile, se faisant une joie d’irradier l’écran de ses lumières amblinesques avec la même béatitude enfantine de J.J. Abrams. Mais difficile de ne pas se laisser embarquer dans cette virée des aires d’autoroutes et des motels incertains, d’autant que Michael Shannon, toujours parfait quand il joue avec son réalisateur fétiche, parvient à maintenir la tension dramatique de son jeu impassible et imposant.

Effeuillant le mystère de son intrigue fantastique avec économie, Midnight Special se pare d’un final à la Damon Lindelof qui amène littéralement Jeff Nichols sur de nouveaux territoires, comme une volonté de sortir momentanément du pessimisme ambiant par la magie du cinéma. La démarche pourra surprendre les habitués du cinéaste ou même passer pour une forme de concession. Au delà de la simple pause ludique, Midnight Special poursuit pourtant les réflexions parentales de Take Shelter : sommes nous prêt à nous sacrifier pour offrir un avenir radieux à nos enfants ? En attendant le prochain Loving, sur l’Amérique ségrégationniste des années 50, Nichols nous offre une parenthèse enchantée dont on aurait tort de se priver. Parce que, même mineur, un film de Jeff Nichols reste un grand film.  

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».