Critique: Les Dissociés

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)

Les Dissociés

 De Raphaël Descraques et Julien Josselin

avec Raphaël Descraques, Marsu Lacroix, Vincent Tirel et le collectif Suricate

France – 2015 – 1h15

Rating: ★★★★☆

dissocies-collectif-suricate

Quelle belle surprise, que de fraîcheur et d’idées ! Non, honnêtement, je ne m’attendais nullement à un tel résultat : pas que, jusqu’alors, je n’appréciais pas le travail du collectif Suricates, bien au contraire, mais, il faut bien avouer que passer du format sketch à celui de long-métrage, en évitant justement et soigneusement le faux pas de la compilation, de l’enchaînement des dits sketchs, tient de l’exercice d’équilibriste sacrément casse-gueule. Ajoutons à cela que prétendre à poser un tel univers fantastique, plausible, sans jamais qu’il ne sombre dans le ridicule malgré de très belles fulgurances absurdes et avec un budget aussi serré, demande à ses commanditaires d’avoir une sacré talent et une paire de couilles en béton armé ! Bien sûr, et nous allons le voir un peu plus tard, Les Dissociés n’est pas exempt de quelques maladresses résultant surtout des faibles moyens à disposition, cependant, quoique nous puissions en dire, impossible de ne pas kiffer et de ne pas saluer un travail de passionnés, d’une sincérité et d’une générosité sans faille, qui aurait pleinement mérité une vraie sortie salle ! C’est un constat d’autant plus irritant que nous ne cessons d’observer le manque cruel  d’imagination et la qualité plus que douteuse des  »grands divertissements populaires français » qui brassent allègrement de la tune en même temps que du vent, à grand renfort des vannes insipides de quelques icônes autoproclamées de l’humour pour adolescent, suivez mon regard… et ça, bordel à queue, ça me les brise ! Mais trêve de péroraisons vénères, venons-en au fait !

Lily et Ben forment un jeune couple parisien, heureux mais quelque peu enfermé dans un quotidien monotone…. jusqu’au jour où ils se font voler leur corps par un groupe de Dissociés : ces derniers se révèlent des êtres humains capables d’échanger leur corps avec celui de quelqu’un d’autre. Pour récupérer leur corps, Lily et Ben devront faire face à un Dissocié dangereux : Milo, qui peut contrôler le corps d’autrui sans pour autant quitter le sien. Le couple sera aidé dans sa quête par Magalie, une petite fille de 5 ans résidant dans le corps d’un homme de 30 ans…

Mine de rien, l’on peut aisément considérer Les Dissociés comme une véritable petite prouesse dans la très petite sphère des web films, esquivant un à un et avec une habileté certaine chacun des écueils inhérents à sa condition si particulière se dressant sur son chemin. L’humour eut pu prendre le pas sur la narration et la phagocyter purement et simplement, au lieu de cela, il est très finement géré, tient de la couche de fond discrète mais terriblement efficace, amène une feel good attitude jamais feinte ou artificielle. Osons l’écrire, il y a quelque chose d’Edgar Wright à certains instants, et ça, il faut l’admettre, ce n’est pas la moitié d’un putain de compliment ! Cette proximité avec le brillant réalisateur de la Trilogie Cornetto, Les Dissociés l’entretient également dans sa manière d’aborder l’histoire et le mélange des genres dans lequel elle s’inscrit, jamais avec condescendance, au contraire avec un amour à toute épreuve, se battant corps et âme pour transmettre une riche palette d’émotions aussi bienvenues qu’inattendues à son spectateur ! Touchant souvent, angoissant parfois, sensuel même, le film brasse mille et un thèmes et tons sans une once de prétention, qui font indéniablement écho chez le spectateur quelque soit son profil, dans sa singularité propre. Et puis, tout cela fourmille de petites idées jouissives et quel plaisir de les découvrir !

Il est évident que l’ensemble souffre de quelques problèmes de rythme, rien de grave rassurez-vous, d’une mise en scène inégale, quand bien même certaines séquences se révèlent vraiment inventives d’autres, au contraire, manquent de relief, d’un environnement trop restreint qui empêche parfois à l’univers de s’étendre au-delà d’une rue dans l’imaginaire de celui qui le reçoit ;  cependant, rien de tout cela ne pèse vraiment dans la balance, ne nous extirpe violemment de ce à quoi nous sommes en train d’assister. En réalité, Les Dissociés se révèle avant tout une œuvre d’écriture formidablement interprétée, mention spéciale à Vincent Tirel, bluffant de bout en bout dans le rôle d’une petite fille ayant élu domicile dans le corps du grand barbu qu’il est, et dont le regard est habité tantôt d’une folie enfantine irrésistible, tantôt d’une candeur bouleversante, tantôt d’une force et d’une résignation qui donne le frisson ! Notons aussi un bad guy  il est vrai un poil caricaturale (Quentin Bouissou dans la peau de Milo), et dont les motivations ne se révèlent pas toujours très convaincantes, mais résolument impressionnant lorsqu’il se réapproprie les mimiques déstabilisantes du Micheal Ironside de Scanners de Cronenberg ! Le reste du casting n’est pas en reste et achève de rendre attachant et on ne peut plus cohérent ce joyeux et surprenant jeu des corps  musicales.

Alors que conclure de ce premier film Suricates ? Eh bien qu’on attend avec impatience le second pardi ! Cela fait un bien fou de constater un pareil moment de liberté venu de nos contrés ! Que ce premier essai ne soit pas parfait sur tous les fronts, c’est indéniable et, pourrions-nous même écrire, tout à fait normal, mais qu’il soit habité par une telle âme alimentée par un si grand cœur, là nous touchons à quelque chose de rare et de précieux… Il apparaît dès lors évident qu’une telle âme et un si grand cœur ont certainement encore beaucoup de choses à nous raconter, autant dire que nous les attendons de pied ferme !

 

Naughty Bear

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.