Un film en un plan: Gangs of New York

 
 
 
 

Martin Scorsese et le plan séquence, c’est une longue histoire d’amour qui ne commença pourtant pas sous les meilleurs auspices, le jeune cinéaste étant en effet congédié du tournage des Tueurs de la lune de miel en 1968 car il ne découpait pas assez son film. Quoiqu’il en soit, il pût ensuite expérimenter à loisir cette figure stylistique mais, loin d’en faire un gimmick comme son pote DePalma, Scorsese en use avec une certaine parcimonie et lui confère toujours un sens très fort : symbole et ivresse du pouvoir via un passage par les cuisines dans Les Affranchis, autopsie des rites de la haute new yorkaise du 19ème dans Le Temps de l’innocence ou bien encore description du transit routinier de l’argent par  la mafia à Vegas dans Casino. Aujourd’hui, nous nous intéresserons à celui de Gangs of New York, tout aussi lourd de sens.

 

gangsofny

 

Dans la première partie du film, Amsterdam (DiCaprio) accompagne Bill le boucher (Day Lewis) dans le foisonnant port de New York (magnifique décor signé Dante Ferretti) et ses quais alternant accumulations de marchandises et interminables files d’attente de migrants européens. Le plan quitte alors nos personnages pour épouser dans un élégant mouvement le destin de milliers d’irlandais  au son du chant traditionnel Paddy’s Lamentation (Paddy étant un terme péjoratif désignant les migrants issus de la diaspora irlandaise). Les hommes ont à peine quitté le service d’immigration et fait les premiers pas dans leur nouveau pays qu’ils passent au bureau de recrutement  et signent les papiers pour s’engager. Ils arborent alors leurs uniformes flambant neufs et prennent les armes afin de se diriger vers le bateau, un dernier au revoir à femme et enfants avant l’embarquement. La caméra accompagne les soldats jusqu’au pont puis suit la funeste cargaison du navire qui débarque les cercueils  revenus du front sur les planches des docks.

Scorsese porte le même regard lucide et sans concession sur les Etats-Unis et son histoire dans l’ensemble de sa fresque des plus ambitieuses. Et si film a pu être quelque peu malmené par Harvey Wenstein, il est toujours bon de se rappeler qu’il n’y a de Scorsese mineur.


 

HollyShit

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About HollyShit

C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.