Critique: The Revenant

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The Revenant

D’Alejandro González Iñárritu

Avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson

Etats-Unis – 2015 – 2h36

Rating: ★★★★★

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Hugh Glass est un trappeur engagé par l’armée en tant que guide. Il doit aider à faire traverser des hommes marchandant des peaux de bêtes traités, en territoire indien jusqu’à un fort militaire. Mais ils sont attaqués par des autochtones à leur QG…

Là où Tarantino, avec 8 Salopards, peut prétendre que le cinéma western prend peut-être fond dans la situation découlant de la Guerre de Sécession (Civil War chez eux) ; Alejandro Gonzalez Iñarritu lui prend une idée au bond, pour l’explorer au maximum, afin de peut-être donner sa définition du western : des hommes d’un monde moderne survivant dans la nature… Car ils ont gardé l’instinct animal… Comme les Indiens. Car avec l’esclavage des noirs, le traitement fait aux Indiens, entre déportation et pratiques concentrationnaires, est l’autre injustice américaine avec un grand I et un grand A. Il y a avant tout le choix radical de la lumière naturelle tout au long du nouveau long-métrage du réalisateur mexicain oscarisé, un défi. Tantôt douce, tantôt brute, la lumière, assurée par le chef opérateur Emmanuel Lubezki, est la force principale du film. Hormis le spectateur, elle est le témoin du calvaire du héros, l’accompagnant dans chacun de ses mouvements et choix, même dans ses rêves. Elle relève du sacré comme du profane, intermédiaire entre le monde des vivants et celui des morts, entre le visible et l’invisible entre teintes bleutées, verdâtres et grisâtres. Mais elle requiert une autre force, celle d’être la valeur ajoutée aux scènes d’action. En effet, dans le style steadycam voire shakycam (ou effet de recadrage), les séquences d’action sont mises en scène à bras le corps, au plus près des personnages (en amorce de leur bras de leur tête ou de leurs jambes), au point de ressentir l’effet « caméra embarquée/caméra guérilla » (l’impression de les « vivre comme si on y était »), d’y voir une influence du dyptique The Raid de Gareth Evans ou de jouer à des jeux vidéo récents. Pour les références geek, on peut penser à la franchise Farcry. Les deux derniers volets rejoignent l’aventureux western avec Leonardo DiCaprio, le 4 pour le mysticisme et le Primal, qui se déroule à l’âge de pierre, pour la magnifique séquence de combat face à un grizzly (la scène de combat de l’année et pourtant on attend trois films de super-héros et l’un est sorti récemment). On peut aussi évoquer Red Dead Redemption, la franchise Call of duty, la franchise Lara Croft et celle de Metal Gear Solid pour la dimension infiltration-pistage…

Et tous les jeux cités ont la caractéristique survivaliste. Car le film est plus une question de survie que de vengeance. À travers le travail esthétique sur le corps et la chair (rappelons à nouveau la scène du grizzly où le corps du héros est meurtri), doublé d’un héros quasiment ou rendu muet voire mutique, on comprend que la survivance est d’abord une question organique avant d’être une question d’espace. Hugh Glass est d’abord corps rampant, puis corps boitant. Les gros plans de visage blancs burinés et sales rappellent cette période de l’’Amérique encore sauvage en contraste aux visages peints et maquillés des Indiens leur conférant une certaine classe, une certaine noblesse. Et le summum de la survie, tant en matière de récit qu’en matière de mise en scène est lorsque le héros se retrouve à dormir à l’intérieur d’un cheval dont il a extrait les boyaux et les tripes pour ne pas mourir de froid. D’ailleurs les chevaux, comme le grizzly (je ne me remets pas de cette scène), les bisons ou les loups – bref les animaux – participent à un lyrisme sauvage. Un lyrisme sauvage complémenté par le travail de la matière brute : la terre boueuse ; l’eau avec ses courants, fleuves et rivières (qui donne une belle séquence de fuite aquatique avec effet tête sous l’eau/ tête hors de l’eau) ; les arbres à la fois cercueil, maison, fusil et incarnation humaine ; le feu symbolisant la vie et la mort mais aussi l’espoir et enfin la neige mortifère (qui rejoint très bien Tarantino pour le coup). Ce lyrisme sauvage peut se percevoir comme une version alternative du lyrisme chrétien de Tree of life, un autre film qui a des points communs avec The Revenant notamment sur les images mentales et les images flashbacks mais aussi sur la représentation de la femme… Et citons aussi Essential Killing de Jerzy Skolimowski voire Dead Man de Jim Jarmusch.

Ajoutons une mention spéciale au second rôle joué par Domhnall Gleeson (Harry Potter, Shadow Dancer, Frank, Ex Machina, Star Wars), sobre mais toujours juste. Et finissons, malheureusement, par craindre les mêmes retours négatifs qu’il y a eu sur Birdman : par exemple « passé la mise en scène, il n’y a plus rien. L’acteur principal en fait trop. La fin est interminable » etc… Comme rappe Kool Shen, « trop sophistiqué c’est péché ». Néanmoins ce western sensitif est une forte réflexion sur la condition humaine, tuer ou être tué. La vengeance appartient au Créateur, à Dieu.

Hamburger Pimp

 

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…