Chips-Série: The New People

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The New People

 

De Larry Gordon et Aaron Spelling, ainsi que Rod Serling (crédité sous le pseudonyme de «John Philips»)

Avec Tiffany Bolling, Zooey Hall, Jill Jaress, David Moses, Dennis Olivieri, Peter Ratray

Etats-Unis – 1969 – 17 épisodes de 45mn

 

Rating: ★★★★☆

 

the new people - bandeau

Rod Serling est un personnage fascinant, voilà ce que je n’arrête pas de me dire.

D’autant que si on fouille un peu sa biographie, on se rend compte que l’intégrité s’avère une qualité chez lui à peu près aussi proéminente que son talent. Quand Aaron Spelling vient lui proposer en 1969 l’idée pour un show-télé qui verrait un groupe d’étudiants s’échouer sur une île déserte (un ancien site pour des tests nucléaires) et amenés en quelque sorte à créer leur propre société, on devine aisément son intérêt pour le sujet. La filiation du projet d’avec le roman de William Golding, Sa majesté des mouches*, ne pouvait certainement pas manquer de l’intéresser, tout concerné qu’était l’auteur par le sort des générations futures – on lui doit notamment le twist final légendaire du final du premier film de la saga de La planète des singes l’année précédente, sinon il suffit juste de repenser au (sublime) dernier épisode de la dernière saison de La Quatrième Dimension, qui voyait deux orphelins passer de l’autre côté du miroir (en plongeant dans un étang) et découvrir un monde merveilleux, qui justement n’est destiné qu’aux enfants orphelins. On pourrait pratiquement voir dans cette façon de conclure la série anthologique qui l’a rendu célèbre un serment de profession de foi similaire à celui de Charles Foster Kane.

Cependant il se dédouana quasi-immédiatement du projet (avec une amertume relativement tangible en interview) après avoir vu le script du pilote charcuté (ce sont ses mots) par Spelling. Au vu de celui-ci, initialement prévu pour une durée de 60mn et ayant été réduit à 45 (ce qui était cependant une durée-record pour les émissions de l’époque, et une première pour la chaîne ABC) on comprend effectivement son désarroi autant les enjeux et les diverses informations nous sont envoyés littéralement à la truelle. N’empêche, les intentions de l’auteur transparaissent dans la caractérisation des personnages, et avec ceci une volonté de vouloir bien refléter la jeunesse de l’époque et ses préoccupations  – en voyage d’échange culturel en Asie du Sud, les étudiants devaient en effet être rapatriés parce que l’un d’eux est venu brandir un drapeau russe devant l’Ambassade de son propre pays ! C’est durant le voyage de retour qu’ils se crashent.

Volonté qui n’a pas échappée aux critiques de l’époque, toutefois assez divisés sur la série : on traite en effet de l’égalité sexuelle et raciale, de la lutte des classes et fatalement un peu de la légitimité de l’autorité, mais selon eux, sans réussir à transcender vraiment le matériel source.

 

 

Etant donné que les 17 épisodes qui constituent l’intégralité de la série sont aujourd’hui quasi-introuvables, nous éviterons tout jugement hâtif. De plus nombre de séquences de ce pilote au rythme pourtant un peu précipité ne manquent de faire leur petit effet, notamment la découverte des mannequins éparpillés un peu partout dans le paysage qui mènera nos protagonistes à la découverte de la nature réelle de l’île. Une ville moderne reconstituée en guise d’habitation casse un peu d’emblée l’ambiance mystérieuse par contre, et pour ce qu’on peut voir en préviews du second épisode, pousse un peu la conduite de l’intrigue dans une direction finalement un peu trop western, ce qui est un peu dommage avec une telle installation et un tel concept pourrait-on se dire au premier abord si ce n’est que la série semblait justement proche de trouver son assise dans cette oscillation : entre la nature intouchée de l’île et les marques du passage de l’ Homme, l’ état de Nature et des possibles face aux acquis de la civilisation ; on obtient au final une petite touche qui pourrait presque faire penser pour le coup à une anticipation du Westworld de Michael Crichton, non pas en ce qui concerne la réfléxion sur les avancées de la robotique et tout ça, mais simplement dans cette confrontation de l’anachronique et du moderne.

Ainsi la séquence du chef de l’équipe de foot locale qui le premier a trouvé la planque aux armes militaires, revenant menacer le black fier à bras qui l’a « humilié » un peu plus tôt, puis la scène de petite joute qui s’en suit en pleine rue pour le ramener vaguement à la raison ne manque en tout cas certainement pas d’une certaine iconicité. Ce même personnage s’empressera ensuite d’aller éteindre le bûcher installé sur la plage (par le seul adulte survivant, mais sévèrement blessé) pour signaler leur présence à un avion qui passe à ce moment-là, enterrant leur dernière chance de sauvetage, juste pour coincer sur place le type qu’il n’aime pas, condamnant le groupe et lui-même dans la foulée. Là encore la séquence où le groupe s’empare de torches sur la plage pour le courser jusqu’ en ville avec l’intention de le lyncher délivre un petit moment de bravoure assez bien senti et l’on perçoit bien l’intention géniale de Sterling de faire éprouver au spectateur américain l’Histoire de son propre pays en recourant au stratagème de la reconstitution un peu biaisée.

Surtout ça me fait plaisir d’aborder The New People parce que cela me permet de parler un peu de Lost et c’est assez difficile de parler de Lost vu que tout ou presque a déjà été dit sur Lost. Pourtant à sa sortie, on a pas manqué de faire le parallèle avec la création de Serling mais Damon Lindelof prétend ne jamais en avoir entendu parler ! –sinon de son propre aveu, il aurait rebaptisé ainsi le groupe du personnage de Charlie Pace. Qu’on le veuille ou non, il y a un avant et un après Lost, qui a brûlé la route pour quelques années encore en ce qui concerne les récits de science-fiction tout public avec ce postulat de départ tout simple, voire éculé, devenu pourtant le réceptacle de toutes les possibilités narratives les plus déjantées. Alors oui je ne dissimulerais pas mon plaisir à la découverte de The New People, parce que j’ai eu l’impression d’en découvrir littéralement le prototype* (avec sa délicieuse image altérée par le temps, que s’en est presque à se demander si ce n’est pas déjà en soi un des films de la Dharma Initiative) et qui plus est, sorti de l’imagination de l’une de mes idoles. Là ou ça devient vertigineux en effet, c’est qu’après l’interruption de la diffusion télé, la série s’est vue déclinée en comics (deux numéros seulement, dont il est quasi-impossible de connaître le contenu) et un roman (« They came by the sea ») où les rescapés voyaient l’île envahie par ..des crabes géants.

 

DES FUCKING CRABES GEANTS !!!

– probablement une conséquence des expérimentations radio-actives menées sur le site, mais peu importe c’est pas là où je voulais en venir : The New People aurait pu  prendre la même direction fourre-tout-méga-mish-mash-s.f que Lost et cela, cela aussi est merveilleux..

Mais ce n’est pas tout, l’une des premières choses que je m’étais absolument dites durant mes premiers visionnages (dans le désordre) de Lost, au vu des flashbacks dévoilant le background des personnages en parallèle de l’intrigue sur l’île, ce fût justement « tiens, enfin quelqu’un qui a bien compris Watchmen » ou « c’est quasi l’irruption de Watchmen dans le mainstream » (par ailleurs, Lindelof n’a jamais nié l’influence d’Alan Moore, étant lui-même un lecteur féru de comics) et là quel ne fût le choc quantique en découvrant le pilote de The New People, où après la séquence du crash, nous retrouvons des personnages s’exprimer face caméra pour parler un petit peu d’eux-mêmes …calme-toi me répondit aussitôt mon paquet de chips, regarde ce ne sont pas des personnages de la série c’est une pub pour un après-rasage (mon anglais à l’oreille étant ce qu’il est, il m’a fallût un petit temps de décalage pour comprendre que tous les personnages interviewés parlaient en fait de leurs papas ou de leurs maris et comme quoi le parfum en question était le cadeau idéal)(imaginez tout de même le vacillement le temps d’un instant) …et le cheminement extra-méta-dimensionnel n’en avait pas terminé avec moi, dans le spot suivant pour Minute Maid on croirait voir un sosie d’Evangeline Lily, puis dans le deuxième entracte publicitaire quinze minutes plus tard, on tombe sur quoi ? … un ours polaire.

 

the new people - zoo

Loin de moi l’idée évidemment de spéculer inutilement sur l’honnêteté intellectuelle de Lindelof ou sa façon de chercher les idées (même si ce sont de drôles de coïncidences)  -je suis par ailleurs tombé sur un document assez intéressant il y a peu, par l’un des scénaristes de son staff (pour les deux premières saisons** tout du moins) et d’où ressort le cheminement créatif qui a fait la force indéniable de la série, et ce, qu’on ne pourra jamais complètement enlever au showrunner. Cheminement certainement tortueux mais non exempt de professionnalisme, car en écriture il n’y a pas de règles mais il y a des méthodes : ici un gros travail de background (les personnages, leur passé ; la nature de l’île, sa mythologie en propre) qui se retrouve ensuite re-raconté au compte-goutte au spectateur, à la fois omniscients (pour les flashbacks et les flashforwards) mais aussi détenteurs du point de vue des personnages découvrant eux graduellement la nature de leur environnement : des mécanismes dont ils ignorent le fonctionnement ainsi que d’ autres phénomènes mystérieux. Et c’est ça qui est fascinant, par cette découverte progressive (du Dharma notamment) on se met à spéculer sur des expérimentations inédites, on attend l’inattendu : des découvertes et des révélations sur l’Humanité en général et oui, on tombe un peu des nues quand on réalise qu’on a à faire à des gens comme les autres, finalement aussi désarmés que vous et moi devant, par exemple, un charge nucléaire. Mais c’est le propre de toute fiction que de nous sortir un temps de la réalité, nous faire entrevoir un éventail de champs de possibilités, pour ensuite mieux nous y ramener. Et comme aime à le dire Neil Gaiman, quelque fois un peu mieux armé qu’en partant.***

Serling, comme d’autres auteurs éminents avant lui, avait tenté de nous avertir à propos de la direction que prenait le monde et croyait fermement en la puissance de la télévision pour en rêver un nouveau, un meilleur. Oui cette lourde tâche en revient aux plus jeunes, humains-trop-humains et ce de générations en générations, parfois détenteurs des leçons pas forcément complètement comprises du passé : le seul adulte dans The New People meurt de ses blessures à la fin du premier épisode, transmettant vaguement –dans une scène magnifique- un certain regard sur le monde à un jeune marine qui les accompagnait, déjà lui-même quelque peu abîmé (rappelons-le également : Jack Shepard, le héros de Lost, devait lui aussi initialement périr à la fin du pilote, mais comme expliqué dans le document mentionné plus haut et que je vais relayer plus bas : « you can’t kill the white guy »)(les intentions de Lindelof étaient cependant tout à fait louables : il voulait montrer par là que tout pouvait arriver dans son show, y compris la mort d’une figure principale. L’argument précédemment cité, plus les compétences de médecin du personnage, l’auront sauvé) . Avec la question d’un nouveau monde sur les bras et le challenge de ne pas reproduire l’ancien, c’est la notion d’humanité elle-même qui est à repenser. Quelle belle idée..

Nonobstant2000

 

*en plus du  Lord of Flies  de William Golding, il faudrait également peut-être considérer le manga L’école emportée  de Kazuo Umezu, mais ce ne sont là que pures spéculations de ma part.

 

**http://okbjgm.weebly.com/lost

 

-Ok c’est 42 pages en anglais mais ça vaut la peine, ne serait-ce que pour la vue en coulisses de l’une des plus prestigieuses writing-room ayant jamais existée.

 

.*** Pacôme Thiellement développe tout ceci à merveille dans ses ouvrages  La main gauche de David Lynch  et  Les mêmes yeux que Lost .

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Le samedi soir il mange des chips. Pas de catch, pas de foot; si tu veux tu peux venir!