Critique: Steve Jobs

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Steve Jobs

De Danny Boyle

Ecrit par Aaron Sorkin

Avec Michael Fassbender, Kate Winslet, Seth Rogen, Jeff Daniels, Michael Stuhlbarg et Katherine Wasterson

Rating: ★★★★☆

jobs

Après des années de développement (qui verront passer David Fincher, Christian Bale ou encore Leonardo DiCaprio sur le projet) et une sortie catastrophique aux Etats Unis, le Steve Jobs d’Aaron Sorkin débarque enfin sur nos écrans. En effet, même s’il est adapté par Danny Boyle, c’est bien la présence du scénariste culte qui fait l’objet de toutes les attentions.

Nous ne reviendrons pas sur la carrière du Monsieur (la série A la maison blanche suffisant à elle seule à en faire un des meilleurs scénaristes en activité) mais ce Steve Jobss’impose évidemment comme la suite logique (ou le préquel) de Social Network. Tandis que ce premier film jouait l’allée retour entre la fondation de facebook et les démêlés judicaires de Zuckerberg, Sorkin opte cette fois pour une approche plus singulière en ramassant tout son récit sur trois moments précédant la présentation de trois produits informatiques : le premier Macintosh en 1984, le Next en 1988 et l’iMac en 1998. Comme pour Social Network, il dresse un portrait assez contrasté de l’entrepreneur. Contrairement au précédent biopic, l’inoffensif Jobs avec cette endive d’Ashton Kutcher, le film montre l’envers du décor (au sens propre comme au figuré via les coulisses des conférences de presse) de la succès story et tente de percer les secrets de l’icône Steve Jobs, révélant son obsession du contrôle et son incapacité pathologique à reconnaître la moindre erreur. Les dialogues caractéristiques de Sorkin, comme à l’habitude incroyablement rythmés et denses, noient le spectateur dans les détails techniques, les anecdotes et les indices psychologiques et révèlent tout autant les caractères qu’ils les cachent. Si la forme adoptée par le scénariste se montre aussi attrayante que perspicace, on peut néanmoins regretter que ce découpage en trois actes finisse par se montrer assez redondant. Le but de Sorkin était peut-être de montrer ainsi un Steve Jobs, grand gourou de l’innovation technologique, finalement incapable d’évoluer à un niveau personnel mais le procédé avère malgré tout assez lourd et quelque peu mécanique.

 

Mais Steve Jobs n’est pas seulement un scénario, c’est également un film aussi audacieux qu’ambitieux qui donne néanmoins l’impression de placer Danny Boyle dans un inconfortable entre-deux. Conscient de passer après Fincher (il a clairement expliqué être sous influence du cinéaste sur ce film),  Boyle semble hésiter entre une mise en scène plus sobre (qui fît merveilles sur Social Network) et sa propre approche beaucoup plus instinctive. Le résultat est plutôt déstabilisant et semble ne jamais s’accorder parfaitement avec l’écriture d’Aaron Sorkin. Ainsi, si certains partis pris fonctionnent (une scène se passant derrière un écran diffusant la fameuse pub 1984 réalisée par Ridley Scott, la projection du décollage d’une navette spaciale sur le mur d’un couloir…), certains dialogues semblent au contraire artificiellement sur-dramatisés (le dialogue qui se répète par deux fois entre Jobs et son boss via un montage alterné exigeant mais bordélique avec des flashbacks et une musique tonitruante !). Si on ajoute en plus que le film déploie trois directions artistiques différentes en fonction des époques, on regrette de ne pas voir à l’œuvre une mise en scène plus marquante, ou du moins plus cohérente ou rigoureuse. Ainsi, il est difficile de ne pas penser à Birdman et à son incroyable réalisation décrivant elle aussi les coulisses du show business (qui doutait encore que Jobs liait le business au show, et vice-versa ?).

Reste que Danny Boyle est un bon metteur en scène, certes bordélique mais qui a le mérite de ne pas s’être assagi après son oscar et qui sait malgré tout rendre un tel projet intéressant, d’autant qu’il est ici épaulé par un casting de choix (de Michael Fassbender toujours impeccable à Seth Rogen tout en humanisme, en passant par une Kate Winslet très « sorkinienne » et Jeff Daniels, déjà habitué via The Newsroom aux dialogues du maître). Après, la présence de Sorkin a l’écriture ne lui permet pas pour autant d’apporter une conclusion satisfaisante (ah Danny Boyle et le troisième acte, ça mériterait bien un article !), le film optant pour un happy end beaucoup plus sage et moins satisfaisant que le magnifique final doux amère de Social Network. Comme quoi, même la plume de Sorkin ne peut vraiment égratigner l’icône Steve Jobs.

HollyShit

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About HollyShit

C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.