Critique: The Hateful Eight – Les 8 salopards

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The Hateful Eight

De Quentin Tarantino

Avec Samuel L. Jackson, Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh, Walton Goggins, Tim Roth, Michael Madsen, Bruce Dern

Etats-Unis – 2015 – 2h48

Rating: ★★★★★

hatefuleight

Quentin Tarantino a sorti un nouveau film, et je peux vous garantir que c’est le moins convivial de toute sa filmographie.

Pourquoi?

Pour plusieurs raisons, en fait:

La première, c’est que c’est son film où on s’attache le moins aux personnages. L’empathie ici existe, mais uniquement quand on va partager celle forcée d’une balle qui vient se loger dans de la chair vivante. Le reste du temps, on a affaire à de gros connards. Le titre à ce niveau n’est absolument pas mensonger, les huit personnes présentées ici sont absolument détestables, exécrables et n’ont aucun baromètre moral correspondant à celui que l’ont peut avoir.

Que ce soit le bourreau, le soldat, le vétéran, la prisonnière, les hôtes, le shérif, les chasseurs de tête, chacun ici agit de manière radicalement contraire à ce que l’humanité voudrait. Ce qui donne du coup un film déstabilisant car on ne réussit jamais à éprouver de sympathie pour qui que ce soit, alors que dans d’autres films de Tarantino, on pouvait éprouver de la sympathie même pour ses anti-héros les plus abjects comme Ordell dans Jackie Brown ou encore M. Blonde dans Reservoir Dogs.

La deuxième, c’est que le film dure presque trois heures, qu’il est long et lent, et surtout, qu’il est d’une sauvagerie rare. En plus de l’ambiance poisseuse décrite ci dessus, on a un film qui prend son temps et explose d’un coup dans des accès de violence complètement exagérés et complaisants, qui durent, qui sont lents, et qui baignent le film d’un sang qui va du rouge au bordeaux dépendant de l’ambiance et de la fraîcheur du dit fluide. On sent ici complètement les influences de Tarantino qui tirent vers le cinéma d’horreur. J’avais déjà dit à mon frère il y a des années que Reservoir Dogs ressemblait quand même beaucoup à The Thing, mais ici, c’est beaucoup plus assumé, poussant l’influence jusqu’à rendre hommage à l’esthétique du film. On sent aussi l’influence de Corbucci, qui est connu autant pour ses westerns que pour son gore à toute épreuve. J’ai d’ailleurs beaucoup plus pensé à l’original de Django ici qu’en regardant son homonyme (que j’adore aussi, cela dit). On ne peut s’empêcher de penser au Grand Silence aussi, si on a vu ce dernier (je vous le conseille vivement).

La troisième, c’est que c’est son film le moins pop. C’est celui qui ressemble, malgré tout, le moins à un hommage et où le réalisateur bricole le moins et s’appuie sur une confiance absolue dans son cinéma plutôt qu’une confiance absolue dans le cinéma des autres. Ce qui donne ainsi un film dense comme peut l’être un Tarantino, mais sans la facilité de lecture qu’on avait grâce à son art du recyclage. Au niveau de la musique, pareil, plus/peu de morceaux connus, punchys, ramenés à la vie par le réalisateur et qui tourneront en boucle partout sans que personne ne s’en lasse, ici, tout ou presque est composé pour le film par Morricone (qui a d’ailleurs composé la musique de The Thing et dont plusieurs morceaux sont ici repris).

Enfin voilà, un court résumé de ma pensée sans trop vous spoiler je l’espère.

Sachez que les acteurs sont fantastiques, les dialogues excellents, le côté 10 Petits Nègres est hyper bien rendu, et la réa ainsi que la musique du film sont à tomber.

Tarantino continue à explorer l’Histoire à travers le prisme du cinéma, et j’aime de plus en plus sa démarche en fait. J’aime qu’il crée un univers à lui où finalement, tous les films sont liés, où ce film est le passé de ses films qui se passent dans le présent, où il règle ses comptes avec l’Amérique actuelle et part en introspection comme il avait pu le faire auparavant avec les nazis qui meurent au ciné ou la figure du hors la loi noir qu’on a dans Django.

Quelques petites longueurs à mon goût, mais le film vieillit si bien dans ma tête que j’ai l’impression qu’elles s’envoleront une fois que je le reverrais une deuxième fois.

Et par rapport à ce que je disais au début, oui, le film n’est absolument pas user-friendly, et je pense sincèrement que si le public non cinéphile qui apprécie Tarantino en général aime ce film, j’aurai une grande confiance dans l’avenir du cinéma.

Ne me décevez pas, je compte sur vous.

Skreemer

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About Skreemer

Comme le dirait son bon pote Brassens, « Autrefois, quand j’etais marmot, J’avais la phobie des gros mots, Et si je pensais «merde» tout bas, je ne le disais pas… Mais Aujourd’hui que mon gagne-pain c’est de parler comme un turlupin, Je ne pense plus «merde» pardi ! mais je le dis. » En plus de tout ça, Skreemer a un goût certain pour la bagarre verbale avec les cons, les livres, les films et les bandes dessinées. Ses biscuits préférés sont les Hello Kitty à la fraise et il a toujours du Coca-Light et des clopes chez lui au cas où une demoiselle passerait. Par contre, il fait de longues phrases sans fin, avec plein de virgules dedans et n’aime pas les tomates. De plus, il est petit en taille et compense en utilisant du verlan.