Critique: Golem

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Golem

De Piotr Szulkin, d’après le roman éponyme de Gustav Meyrink

Avec Marek Walczewski, Emil Karewicz, Arkadiusz Bazak, Zofia Czerwi?ska, Krystyna Janda

Pologne- 1980- 1h32

Rating: ★★★★☆

golem

Après une catastrophe nucléaire mondiale, des expériences conduites en secret par une caste de scientifiques dans le but de créer une toute nouvelle race d’individus améliorés tournent court lorsque l’un de leur prototype expérimental s’échappe.

Le chef d’oeuvre de Gustav Meyrink mériterait certainement encore aujourd’hui une adaptation qui rendrait hommage à son atmosphère trouble et ésotérique située dans le ghetto de Prague à l’aube de la Ière guerre mondiale, où un modeste artisan se voyait transformé (à l’image de la créature mythologique qui prête son nom au roman) en un émissaire de la vengeance d’un jeune médecin orphelin et tuberculeux contre son propre père, lui aussi médecin et ayant bâti sa fortune en établissant de faux-diagnostics. Le réalisateur Piotr Szulkin en élague ici considérablement la trame, abordant la forte teneur initiatique du récit sous un angle davantage science-fictionnel que surnaturel, et en inversant le postulat d’origine : sa créature à lui manifeste au contraire des signes par trop proéminents d’humanité, et devient à son corps défendant le témoin de la standardisation de notre espèce.

Contrairement au roman, peu de personnages seront susceptibles de servir de modèles ou de guides à notre pauvre Pernat égaré, tout occupés qu’ils sont par leurs menues exactions pour survivre, leurs obsessions personnelles qui les rongent ou bien leur fascination pour le cinéma, rebaptisé « Eglise de la Sainte-Transfiguration ». Au cours de l’une de ses rares échappées du ghetto, Pernat aura en effet l’occasion d’entrevoir les coulisses des mécanismes de contrôle des masses, et ce dans des proportions tout à fait orwelliennes.

Hormis la puissance subversive de son propos, on remarquera également l’influence qu’à pu avoir le film de Szulkin sur plusieurs générations de cinéastes : Terry Gilliam y piochera allègrement l’ambiance kafkaïenne de son Brazil (réalisé tout de même cinq ans plus tard), aussi bien que certaines tonalités burlesques (notamment pour le personnage incarné par Robert de Niro) tandis que la quête identitaire accompagnée d’une photographie monochrome sépia renvoie tout à fait au premier opus magnifique de Lars Von Trier, The Element of Crime. Quand au dépouillement extrême des décors, ils ne manqueront pas d’évoquer par moments les expérimentations scénographiques de Dogville, du même réalisateur.

Tout un tas de bonnes raisons, me sembla-t-il, de renouer avec ce film encore un peu trop méconnu, surtout avec l’imminence du biopic de Michael Almereyda, Experimenter, consacré à Stanley Milgram, l’inventeur des tests de personnalité mettant à jour, dans des circonstances controversées, le rapport d’obéissance de l’individu vis-à-vis de l’autorité.

Nonobstant2000

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