Critique: Creed – L’Héritage de Rocky Balboa

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Rating: 2.0/5 (1 vote cast)

Creed

De Ryan Coogler

Avec Michael B. Jordan, Sylverster Stallone, Tessa Thompson, Phylicia Rashad,

États-Unis – 2015 – 2h10

Rating: ★★☆☆☆

Creed

Avant toutes choses, chers lecteurs (et je sais que vous êtes nombreux de par le monde), je précise que l’article qui suit ne contient aucun spoiler. Installez-vous confortablement si vous êtes chez vous, vérifiez que votre boss n’est pas dans le coin si vous êtes au bureau, et profitez de l’avis d’un expert en cinéma (c’est moi, le meilleur même).

Adonis, jeune orphelin un peu paumé et bagarreur, voit sa vie basculer lorsque Mary Anne Creed décide de l’adopter. Elle lui apprend alors la vérité sur ses origines, il est en réalité le fils d’Apollo Creed, ce dernier ayant eu une aventure extraconjugale avec la défunte mère du jeune homme. Quelques années plus tard, Adonis décide alors d’emménager à Philadelphie, afin de se consacrer à sa seule passion, la boxe.

C’est en 2013 que la Metro-Goldwyn-Mayer donne au réalisateur Ryan Coogler la lourde tâche de mettre en boite un spin-off de la mythique saga Rocky. Le metteur en scène californien travaille de nouveau, après Fruitval Station, avec l’acteur Michael B. Jordan (souvenez-vous, c’était Wallace dans The Wire !). Ce n’est qu’en avril 2014 que la participation en tant qu’acteur de Sylverster Stallone sera confirmée par Coogler. Sur le papier, le projet a largement de quoi exciter. Le sixième volet de la saga Rocky en 2007 avait parfaitement réussi à conclure l’histoire d’un des personnages les plus mythiques du septième art. L’alter-ego fictif, au travers duquel Stallone mettait en scène les étapes essentielles qui l’ont construit en tant qu’acteur et en tant qu’humain, eut droit à une sortie de scène remarquablement poignante et pertinente. La note d’intention de poursuivre la légende en « passant le flambeau » est donc légitime. Le personnage de Rocky se transforme en mentor, débordant de sagesse, prêt à former la relève. Malheureusement c’est sur ce point précis, qui est pourtant le cœur du projet, que Ryan Coogler va s’emmêler les pinceaux.

Le problème majeur de Creed arrive lorsque Rocky apparaît à l’écran. La principale motivation d’Adonis est de sortir de l’ombre de son père. Créer son propre héritage, construit avec ses poings et surtout pas avec son nom. C’est peu ou prou le même problème qu’a le fils de Rocky, c’est d’ailleurs une des raisons qui pousse Balboa à aider le jeune boxeur. De manière intradiégétique, Adonis parvient effectivement à s’extirper du couvercle imposé par son nom, mais paradoxalement, pour le spectateur c’est le personnage de Rocky qui fait obstacle et empêche Adonis de prendre son envol. Ryan Coogler a eu la mauvaise idée de mettre les deux personnages sur un pied d’égalité, en effet, ils ont tous deux une « épreuve » (appelons cela de cette manière pour ne pas spoiler) importante à passer. Pour le jeune Creed, rien de plus logique, mais pour Rocky, c’est tout de suite beaucoup moins pertinent. En effet, comment attiser le feu d’un début de légende tout en continuant à souffler sur les cendres d’une autre ? Les deux personnages vont se nourrir, s’aider l’un l’autre à traverser leur « épreuve » respective. Ce qui donne au spectateur le sentiment de se retrouver devant un Rocky 7 « light ». Comme si Rocky n’avait pas eu assez de six films pour pouvoir prétendre à un rôle de simple mentor sans avoir besoin d’encore développer son personnage.

Tout ceci a bien évidemment une répercussion néfaste sur la forme. Non pas du point de vu de la mise en scène en général, Ryan Coogler fait même de l’excellent boulot, mais plus précisément dans la structure qui se révèle être plutôt bâtarde et étirée. Faute aussi à une romance franchement dispensable, avec un personnage féminin à peine esquissée avant d’être totalement mis de côté ; ce qui sonne un peu comme un aveu d’échec d’un trop plein de personnages. En mettant un protagoniste tel que Rocky au cœur du récit, au côté du premier rôle, il ne reste plus beaucoup de place pour les autres.

A ce stade, difficile de vous en dire plus sans spoiler. Finalement, même si le plus important est semi-raté, Creed reste un film plutôt sympathique. Beaucoup de choses fonctionnent, comme le combat final par exemple, digne de la saga, qui vous fera lever le poing et hérisser vos poils. Le personnage principal est réussi et évite pas mal d’écueils lourdauds, les raccourcis honteux mais tentants du type « fils de riche = tête à claque » ne sont pas de la partie. Sly joue à la perfection et arrive toujours à être émouvant. Dommage cependant que le métrage fourmille de détails maladroits, on apprend par exemple qui gagne entre Rocky et Apollo lors de leur troisième combat à huis clos à la fin de L’Oeil du Tigre (arf…). Un film maladroit donc, mais qui mérite le coup d’œil si vous aimez la saga.

Gutbuster

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Gutbuster est un fantôme, un esprit frappeur s'amusant à effrayer les gens dans leur quotidien. Infligeant des tortures mentales abominables, le bougre s'amuse à intervertir les dvd dans des mauvaises pochettes, ouvrir les boites de figurines ou encore régler les radio-réveils sur NRJ. Il peut aussi s'amuser à pirater votre compte Amazon pour commander des livres de Berbard-Henri Levy ou le dernier film en date de Franck Dubosc. Tremblez, cinéphiles du monde entier, Gutbuster veille au grain pour vous faire trembler d’effroi !