Chips-Movie: Embrasse-moi Vampire

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Vampire’ kiss

De Robert Bierman

Avec Nicolas Cage, Maria Conchita Alonso, Jennifer Beals, Elisabeth Ashley

Etats-Unis – 1988 – 1h 43

Rating: ★★★★☆

embrasse moi vampire

Peter Loew (Nicolas) comme tout agent littéraire qui se respecte (surtout dans les années 80) est à la recherche de la gloire et de la reconnaissance, quand un jour sa vie bascule, il est mordu par un vampire (une, Jennifer Beals). Commence alors une lente transformation inexorable en créature de la nuit.. si ce n’est que ça se passe seulement dans sa tête.

Echec total au box-office à sa sortie mais nimbé avec le temps d’une aura assez culte, je n’avais moi-même que quelques souvenirs vagues du film, surtout axés autour de la performance de Cage. Dans ma quête métaphysique de la chips ultime, il fallût bien sûr que j’en eus le cœur net, et oui, ma mémoire ne m’avait pas fait défaut, Nicolas déambulant dans les rues de New York, tentant de convoquer l’esprit de Max Schreck de sa démarche balourde est un plaisir coupable qui ne mérite même pas la moindre ligne supplémentaire d’argumentation.

Mais c’est aussi un peu la fin des années 80, et le réalisateur Robert Bierman en exhume avec subtilité les derniers stigmates oubliés par les journaux télévisés. Il s’attaque à l’une des plus fameuses emblêmes de l’époque, les jeunes cadres dynamiques en costumes et montés à la coke , aux commandes du monde le jour, écumant les boîtes à la mode la nuit. Le parallèle avec la fibre aristocratique du myhte originel du vampire s’impose de par lui-même sans forcer. A cette époque, Brett Easton Ellis n’a pas encore écrit Informers (Zombies, chez nous, et ne me demandez surtout pas..) le roman où il explicite le plus franchement le rapprochement, mais il s’est déjà attaqué au phénomène en le glamorisant faussement dès Less Than Zero son premier roman, véhiculant un spleen vaguement camusien dans lequel toute une génération s’est certainement retrouvée (qui donna lieu à un film discutable avec James Spader et Robert Downey Jr) puis en lui taillant un short dans les règles au travers de American Psycho. Ellis n’a pratiquement rien oublié dans sa dépiction des hobbies des gens de la semi-haute, tout le bling-bling de façade dans ses moindres détails, si ce n’est une chose – et c’est pourquoi j’ai une grande affection pour le film de Bierman : les rapports dominants/dominés.

Point de leçon de morale ici (de même que nenni les néons, que nenni la coke, que nenni la new-wave) après tout, cela n ‘a coûté la vie qu’à des milliers de personnes il n’y a pas si longtemps en France dans le cadre seul de la société du travail, mais il fallait le souligner tout de même tant le déroulement s’articule autour de cet axe, portant mine de rien le récit à sa conclusion (ce serait dommage de parler d’un film sans évoquer son propos finalement) et surtout, fait ressortir à merveille le détail de la structure narrative de celui-ci, assez simple également (dans le bon sens du terme) mais assurément déstabilisant : le contraste entre les comportement diurnes et nocturnes du héros. Deux espaces vraiment marqués, à vrai dire un monde de différence, l’un se nourrissant d’avec l’autre, pas pour les meilleures raisons et avec encore de moins bons résultats.

Embrasse-moi Vampire c’est d’abord le récit du basculement dans la folie d’un individu, un basculement auquel ne participe le spectateur que de façon distanciée, omniscient de loin. Quand Cage ne retrouve pas son propre visage dans la glace murale, le spectateur si, et il sait que celui-ci n’a même jamais quitté sa place. Cela offre encore de très beaux moments quand toutes les étapes de la métamorphose se sont manifestées, exceptés les crocs qui poussent et que le héros se voit contraint d’acheter un dentier en plastique dans une boutique de farces et attrapes. D’abord une chauve-souris qui interrompt un rendez-vous galant, puis une rencontre d’un soir qui vous laisse vidé de votre sang. Et qui continue de le faire à chaque nouvelle rencontre. Ce que le héros subit avec son amante fantasmatique – croit subir ? Aurait déjà subi ? Quand il croise le personnage de Jennifer Beals, apparemment ils se connaissent mais ne se seraient pas revus depuis très longtemps – il ne fait que le re-déplacer sur sa jeune secrétaire émigrée, développant des trésors de harcèlement moral et à la lumière du jour c’est tout de de suite moins glam. Implicitement la victime est donc devenue bourreau à son tour.

Heurté de plein fouet par le principe de réalité, ainsi que quelques réactions sèches en réponse à ses affects mal répartis (car après tout comme dirait quelqu’un, « il est pas méchant il veut jouer ») c’est au travers des derniers fantasmes de son héros que le film déploie sa chape visionnaire – une longue rêverie éveillée, prolongement quantique (c’est pas de moi) de Johnny Got His Gun, malheureusement recyclé depuis de manière infâmante comme cache-misère scénaristique dans toutes les comédies romantiques modernes – où le personnage de Cage a enfin la révélation sur ce que pourrait être sa vie.

Le film porte admirablement les désillusions de son époque, une génération d’enfants sages finalement, encore pétris des références littéraires du passé – en 1983, Les Prédateurs (The Hunger) de Tony Scott offrait déjà un regard assez revenu de pas mal de choses, et deux ans avant le film de Bierman, Ken Russell s’attaquait de front à la fois aux sources du mythe du vampire (attribué au médecin personnel de Lord Byron, le Dr Polidori) aussi bien qu’à son antidote (l’humain recomposé de Mary Shelley) au travers de son sublime Gothic.

(R.I.P David Bowie)

Nonobstant2000

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Le samedi soir il mange des chips. Pas de catch, pas de foot; si tu veux tu peux venir!