2015 – L’année des espions

 
 
 
 

Si tous les ans, les espions prolifèrent sur nos écrans, 2015 tient quand même du record avec la sortie du petit nouveau Kingsman, de la parodie Spy, de l‘adaptation Agent of UNCLE, des mastodontes du genre James Bond : Spectre et Mission Impossible : Rogue Nation ainsi que du dernier Spielberg, Le Pont des espions. Finalement plus nombreux que leurs omniprésents confrères les super-héros, plongeons nous ensemble dans ce nid d’espions.

 

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 Le 11 septembre (toujours lui !) aura marqué le cinéma du début du XXIème et on ne reviendra pas sur les multiples films américains qui ont pris une teinte particulière à compter de cette date. Touchant aussi bien le cinéma indé que les blockbusters les plus populaires, l’événement a logiquement bouleversé le cinéma d’espionnage : finit les actionners décomplexés (Cameron expliqua pourquoi un True Lies 2 était devenu inconcevable), les traditionnels mégalos aux plans machiavéliques et les querelles idéologiques entre les glorieux yankees et les red sucks communistes, place aux affaires troubles, aux âmes torturés et aux infiltrations à tous les niveaux. Le glamour et l’exotisme disparaissent aux profits d’images froides et désaturées. Alors qu’il avait disparu depuis les 80’s et les années Reagan, c’est le revival du cinéma paranoïaque et adulte de Pollack, Coppola ou Pakula. Si cette esthétique semblait être redevenue la norme à Hollywood, l’année 2015 amorce peut-être un changement.

 
 

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Ainsi, Kingsman débarque en ce début d’année et donne un gros coup de pied dans la fourmilière. Tandis que le dark Bond incarné par Daniel Craig a choisi son camp en faveur de Connery (même s’il serre un peu plus les fesses), Matthew Vaughn le clame haut et fort : son 007 préféré, c’est Roger Moore ! Une prise de position qui pourrait faire office de profession de foi tant son film, adapté du comics du même nom écrit par son pote Mark Millar (ils ont d’ailleurs développé l’histoire ensemble sur le tournage de Kick Ass), tranche pour la décontraction absolue. Son nouvel agent secret est un jeune cockney d’aujourd’hui, casquette sur la tête et Brit hip hop dans le mp3, et si son mentor, taillé à quatre épingles, semble beaucoup plus classique, il n’en fait pas moins preuve d’un flegme à toute épreuve. La coolitude du film ne l’empêche pas d’être tout aussi sérieux que la concurrence quand il le faut (et également plus violent) et les enjeux dépassent vite les questions de terrorismes modernes pour interroger des menaces plus globales. Samuel L.Jackson et son inoubliable cheveu sur la langue, en méchant magnat apparemment philanthrope, vient cristalliser toutes ces ambitions du film, à l’exception de la violence graphique que son plan engendre mais que son regard ne saurait tolérer. Kingsman emmène avec panaches le genre vers de nouveaux pâturages, oubliant le dark de façade pour privilégier un divertissement à la fois plus funky mais largement aussi lucide.

Retrouver la critique d’Evilhost en cliquant ici 

 
 

SPY

Bien moins marquant, le Spy de Paul Feig aura déjà eu le mérite d’être drôle, ce qui était assurément son principal (unique ?) but. Parodie sans grand génie mais efficace, le film se permet néanmoins d’attaquer avec bonheur un des travers du genre : le machisme. En suivant le parcours de son assistantes rondelettes, Paul Feig fait passer Jude Law du statut bondien (l’acteur prend un plaisir palpable à incarner ce rôle mythique qu’il n’aura très certainement jamais) à celui de faire valoir pour Melissa McCarthy qui se permet également de mettre à l’amende Jason Statham (pour le coup beaucoup moins à l’aise) en agent anglais aussi viril que mytho. L’héroïne, elle, devra passer par plusieurs couvertures des plus démystificatrices et humiliantes avant de pouvoir d’imposer comme l’espionne classe qu’elle rêvait de devenir.  Spy n’affichant aucun véritable choix esthétique, il sera difficile de véritablement situer parmi tous ces films d’espionnages cette sympathique potacherie paritaire.

 
 

MI5ROGUE NATION

Comme le chantaient Les négresses vertes, voilà l’été, voilà l’été et avec lui un nouvel épisode de la série Mission : Impossible. Une fois de plus, notre jeune quinquagénaire scientologue se débat comme un beau diable pour montrer qu’il en a encore sous le capot et qu’il est encore prêt à assurer lui-même les cascades les plus frappadingues. Ainsi, le Tom Tom (pour le moment sans nana pour la petite info people) aura bien fait le buzz en s’accrochant à un avion en vol à plus de 800 mètres d’altitude. La scène en question fait office de pré-générique, nous montrant avec audace qu’on a encore rien vu. Et effectivement, le film déroule un programme de 135  minutes des plus trépidantes, culminant lors d’une séquence très réussie dans l’opéra de Vienne. Même si on peut regretter que Brad Bird, dont la mise en scène virtuose était le point fort du précédent opus,  n’ai pas rempilé, on peut néanmoins se consoler avec un script cette fois-ci bien plus riche et prenant. Comme pour Spy, on peut noter un certain féminisme inédit dans la série via l’arrivée d’Ilsa Faust (Rebecca Fergusson), espionne anglaise qui joue d’égal à égal avec un Ethan Hunt sous le charme. S’il ne révolutionne pas le genre, ce M:I 5 est un divertissement savamment agencé qui montre  l’excellente santé de la saga dont les acquis fonctionnent toujours aussi bien (Tom Cruise qui court, des héros désavoués, des méchants froids et machiavéliques, des séquences d’action impossibles, une infiltration millimétrée, un peu de gadget, beaucoup de chance, du piratage informatique, des masques et les répliques de Simon Pegg qui font mouche). Côté « géopolitique internationale », le film botte une fois de plus en touche et s’inscrit dans la continuité des autres épisodes avec cette intrigue où les espions s’affrontent entre eux, les agents d’hier devenant les terroristes d’aujourd’hui, et où l’information et les gros sous sont le nerf de la guerre, contrairement aux valeurs morales qui ne sont jamais évoquées : finalement, c’est peut-être plus lucide qu’il n’y paraît Mission : Impossible.

Retrouvez la critique d’Hamburger Pimp en cliquant ici 

 
 

man-from-uncle

Quand vient la fin de l’été, y a la rentrée (et promis j’arrête les références musicales !) et là encore, les espions sont de la partie avec The Man from UNCLE, ou Agents très spéciaux chez nous. Adapté d’une série, il faut bien l’admettre, assez méconnue, le projet est d’abord passé entre les mains de Matthew Vaughn, qui lui préféra Kingsman, et sera finalement réalisé par son comparse Guy Ritchie (rappelons qu’avant de réaliser, Vaughn était le producteur d’Arnaque, crime et botanique et Snatch). Le réalisateur anglais semble surfer sur le succès de ses Sherlock Holmes (dont le premier opus était tout aussi réussi que le second était raté) en proposant une nouvelle aventure décontractée se basant sur un duo détonnant et pouvant aboutir sur une franchise en cas de succès. D’un côté, on retrouve l’anglais Henry Cavill (le nouveau Superman) dans le rôle d’un espion de la CIA et de l’autre, l’américain Armie Hammer (le Batman de George Miller pour sa Justice League qui ne verra jamais le jour) joue quand à lui un agent russe (vous suivez ?). Les deux rivaux de la guerre froide doivent s’unir pour affronter un ennemi commun aux deux blocs et protéger une jolie allemande (interprétée par la suédoise Alicia Vikander) sous les ordres de Hugh Grant (qui lui, pour le coup, joue bel et bien un anglais !). Guy Ritchie met en boite un film plutôt divertissant mais qui peine à convaincre, notamment à cause de personnages assez peu développés une fois passée leur introduction mais aussi de la rude concurrence en cette année 2015 (qui fait d’ailleurs l’objet de cet article pour ceux qui n’auraient toujours pas compris !). Là encore, le réalisme et les considérations politiques sont mis de côté au profit d’une approche très pop, logique vu le type aux commandes même si, pour le coup, Ritchie met la pédale douce sur ses effets de mise en scène souvent lourdingue. En tout cas, vu les résultats du film au box office, il y a peu de chances qu’il puisse se rattraper avec un deuxième volet.

 
 

SPECTRE 2

Arrivant en fin de mêlée, le bon vieux 007 des familles, le roi des agents secrets, celui qui ne meurt jamais et qui s’en fout même de dissimuler son identité. Après un excellent Skyfall couronné de succès, Sam Mendes (premier grand réalisateur à la tête d’un film de la saga) prenait le risque de réitérer son exploit en gardant la même approche mortuaire et intimiste et en optant pour casting des plus attendus : Lea Seydoux (la petite frenchie à la mode en James Bond girl…), Christoph Waltz (dont on plaisantait sur un éventuel rôle de méchant de James Bond lorsqu’il recevait son prix pour Inglorious Bastards) et Monica Bellucci (elle avait pas déjà fait un Bond ? Vraiment ?). Sachant en plus qu’il ambitionne de  lier tous les films de l’ère Daniel Craig, qui compte parmi les épisodes les plus réussis, on peut alors clairement dire que le Mendes s’est craqué ! Contrairement aux autres films d’espionnage déjà cités, ce Spectre s’inscrit lui directement dans la continuité des films post 11 septembre (les Bond avec Craig doivent beaucoup à Jason Bourne) : 007 est une fois de plus au cœur des questions qui agite notre monde via ici, le contrôle de l’information et son bras armé la dérive sécuritaire (Valls ferait-il parti du Spectre ?). Mais plus que ces sujets brûlants, finalement assez anecdotiques, c’est bien le manque de renouveau et le côté très premier degrés (même si le Blofeld à l’ancienne peut (volontairement ?) prêter à rire), malgré la présence d’une brute à la Shark finalement plutôt mal exploité, qui lasse. Espérons que l’épisode conclusif de l’ère Craig (s’il est réalisé) saura ne pas trop enfoncer le clou, au risque de paraître carrément ringard.

Retrouvez la critique d’Hamburger Pimp en cliquant ici

 
 

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Reste un dernier film à évoquer pour la fin de l’année 2015 et pas des moindres puisqu’il s’agit du dernier Spielberg : Le Pont des espions. Le cinéaste, épaulé par la plume des frères Coen, revient sur la célèbre affaire d’un grand échec de l’espionnage américain (dès lors qu’une affaire d’espionnage devient célèbre, on peut légitimement parler d’un échec !). Néanmoins, l’espionnage n’intéresse qu’assez peu Spielberg (qui n’en a cure du genre tel qu’on a pu le montrer se redéfinir) et, si le film peut-être rangé de par son sujet auprès de Munich, son approche n’est pas du tout la même. Tandis que dans ce film, il s’intéressait aux agissements très discutables du Mossad (ce qui lui valu d’ailleurs des menaces) et renvoyait dos à dos israéliens et palestiniens, dans Le Pont des espions, les dessous de l’affaire servent avant tout à dresser le portrait d’un personnage à la Capra, James Donovan, un homme ordinaire placé dans des circonstances extraordinaires (pour reprendre une célèbre réplique des Dents de la mer qui résume bien l’ensemble de la filmo du Monsieur). Spielberg ne charge pas la mule vis-à-vis du régime communiste comme il ne glorifie pas les Etats Unis, ses valeurs ne transparaissant que par la figure de son héros (et le choix de Tom Hanks comme interprète). Les détails de l’espionnage ne semble pas l’intéresser (on ne sait d’ailleurs rien des informations en passe d’être divulguées par l’espion russe) : c’est bien l’humain derrière les machinations politiques et l’idéal de justice qui font l’objet de son intérêt. Le personnage de Tom Hanks, ambassadeur malgré lui, est contraint de devenir une sorte d’agent double, dissimulant des informations pour parvenir à ses fins, non pas au service de sa patrie mais bel et bien pour ses propres valeurs. A l’image du colonel Miller (déjà incarné par Hanks) dans Il faut sauver le soldat Ryan, il transcende les objectifs de sa mission pour atteindre l’humanisme le plus pur : « Celui qui sauve une vie sauve l’humanité toute entière » (phrase tirée du Talmud et gravée sur l’anneau offert à Oscar Schindler par « ses » juifs). Pour le coup, Donovan en aura même sauvé plusieurs.

Retrouvez la critique de Skreemer en cliquant ici

 

2016 devrait être plus tranquille mais nous réserve néanmoins le retour de Matt Damon en Jason Bourne ainsi que ce qui devrait être une sorte d’anti-film d’espionnage : le Snowden d’Oliver Stone. Bonne année !

 

HollyShit

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About HollyShit

C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.