Récap des séries tv 2015 – Deuxième partie : les nouveautés

 
 
 
 

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JESSICA JONES

Deuxième titre du projet Defenders, une équipe de super-héros urbains du catalogue Marvel, après Daredevil et en attendant Luke Cage et Iron Fist. La veine urbaine, parlons-en parce qu’ effectivement elle est bien là et ça change radicalement des interactions un peu perlimpinpin des créations DC, ce qui mérite d’être signalé. La série s’inspire du comic-book Alias de Brian Michael Bendis et Michael Gaydon et reprend un des arcs fondateurs qui ont fait son succès, témoignant également d’une volonté de l’univers télévisuel Marvel d’aborder des thématiques résolument adultes : notre héroïne est un personnage endommagé, ayant été sous la coupe (dans tous les sens du terme) d’un super-vilain ayant le pouvoir de contrôler quiconque selon son bon plaisir – et bien sûr c’est un sociopathe (David Tennant s’en donne à cœur joie) et la série développe sous un panel d’angles finalement assez surprenants la réflexion initiée par le comics sur le rapport à l’abus , au harcèlement et à la maltraitance.

Après y aussi quelques trucs qui cafouillent un peu, le choix de l’actrice un peu trop fluette au regard du personnage original (même si on peut prendre vaguement plaisir à voir Krysten Ritter se réveiller en petite tenue et arborer des gueules de bois à chaque fois plus fantastiques, ça reste embarrassant puisqu’à côté on a Rachael Taylor dans le rôle de Patsy Walker alors qu’elle est le sosie de la Jones du comics)(inversement on donne une perruque rousse à Rytten et on a la Hellcat de la team original des Defenders ..wtf ?), quelques invraisemblances également en ce qui concerne les super-pouvoirs, un peu à géométrie variable afin de permettre telle ou telle avancée du récit (c’est un peu pénible) mais l’ensemble du casting est très impliqué (une belle brochette de seconds rôles, dont Carrie-Anne Moss et Clarke Peters) et la photographie est juste superbe. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas cet aspect du registre super-héros ils pourraient être agréablement surpris.

 

THE MAN IN THE HIGH-CASTLE

..bon ok, mais alors vite :

un premier épisode pilote porteur des plus belles promesses pour ce projet attendu par les fans de Philip K.Dick depuis des générations, qui laissait présager une adaptation digne, respectueuse et intègre de ce chef-d’oeuvre de la science-fiction, quand tout à coup paf, un coup de poignard dans le dos avec un espèce de cow-boy psychopathe sorti de nulle part dès l’épisode 3, rajouté uniquement pour la tension et le drame et qui d’emblée couvre de ridicule un peu toute l’entreprise. On ne le verra pas très longtemps, mais il y a de grandes chances qu’on le revoie par la suite tout de même – il y avait toute une panoplie de choix possible, notez-bien hein, mais non ils ont choisis le pire cliché possible, et soyez rassurés n’allez pas croire qu’ ils s’arrêtent là pour autant, le but étant de tenir au mieux 3 saisons vous l’aurez compris, alors on rajoute plein de personnages et des sous-intrigues dans un univers qui oui, effectivement maintenant qu’on y réfléchit, aurait bien quelques similitudes avec celui d’un roman célèbre de K.Dick : nous sommes effectivement dans un futur alternatif où les Nazis et les Japonais ont gagnés la II e Guerre Mondiale, donc on a des moments sécuritaires hein, des Américains maltraités mais une belle photographie rétro, des Résistants, des rapports de force et des moments de tensions en montage alterné, un superbe portrait féminin comme K.Dick excellait tant à les composer qui se retrouve magnifiquement passé à la trappe au profit d’une bleuette à trois francs (c’est un triangle amoureux) et un petit twist temporel pour chapeauter le tout..

C’est rageant car la série parvient à faire exister cet univers parallèle totalitaire par petites touches avec certains à-côtés bien sentis (le décorum, ainsi que de délicieux relents de collaborationnisme bien développés – je pense à la scène de transaction dans un bordel tenu par des yakuzas, un peu cliché également mais qui fait mouche – ou encore les multiples variations sur la notion d’intégration) mais se retrouve à se réfugier laborieusement derrière certaines valeurs inattaquables (la notion de seconde chance) pour (frôler mieux le vif-argent)(pardon) excuser un didactisme relativement plombant et une conduite de récit un brin poussive. Une série que l’on regarde par acquis de conscience, dans les soupirs et oui, peut-être même un peu dans la souffrance, en se demandant un peu qu’est-ce que ceux qui ne connaissent pas le roman vont bien pouvoir penser (spéciale dédicace à la tentative de marketing virale en recouvrant des sièges d’une rame de métro américaine avec les drapeaux des nations victorieuses – ça n’a pas marché)

 

SCREAM QUEENS

Enfin le plongeon dans la foi que nous avions encore et toujours attendus désespérément mais qui ne vînt jamais en ce qui concernait la franchise Scream mais que celle-ci n’avait jamais pu à se résoudre à franchir, trop occupée à se prendre au sérieux avec ses références métas de petits-malins – à propos de la transition sur le petit-écran, et où malgré on se retrouve avec un sous-texte pas du tout inintéressant sur fond de lutte des classes, on assiste tout de même à un retournement de veste en forme d’aveu d’impuissance : se tourner du côté de James Wan plutôt que de creuser la veine initiale de Wes Craven (« iniquité, iniquité »). Ici c’est donc le retour de l’avènement du slasher-nawak, dont nous nous languissions (moi, surtout moi) depuis environ l’époque des faux-trailers Grindhouse: Ryan Murphy et Brad Falchuk délivrent un spectacle de haute-volée dans un registre burlesque (dans la même logique de « gadgetisation » et de dématérialisation de la violence et du spectaculaire revendiqués l’année passée par des séries comme Fargo ou Z Nation ) aux dialogues écrits véritablement à coups de genoux. Le casting, rempli d’inconnus talentueux, est au diapason, avec les prestations déjantées de Jamie Lee Curtis et Emma Roberts pour donner le ton et repousser toujours les limites du possible dans l’idée de faire un sort dans les règles à la mentalité bling-bling qui sévissait sur nos écrans impunément depuis bien trop longtemps, et pour couronner le tout la série s’approprie elle-aussi la tradition des citations métas au travers du personnage du père de l’héroïne et professeur de cinéma, rendant par ce biais de magnifiques hommages au genre qui assurément finiront par devenir cultes (je vous laisse la surprise). Une vraie petite frayeur toutefois, au mauvais moment – l’épisode 2- mais il faut s’accrocher : la suite évolue par après sans la moindre fausse note . En un mot comme en cent, une pépite à regarder entre amis mais d’abord et surtout, à recommander à des gens que vous n’aimez pas.

 

LE BUREAU DES LEGENDES

.. cocorico, pour une fois qu’une série française ne se passe pas dans un bordel (ou à proximité)(ou dans des châteaux, avec des costumes super-chers, pour raconter des trucs qui finalement pourraient très bien se dérouler dans un bordel) c’est tout de même la moindre des choses que de lui accorder un peu d’attention. On ne le sait pas assez, mais fût une époque l’espionnage était encore le seul registre dans lequel nos productions locales arrivaient à s’en sortir avec un tant soit peu de dignité (et même plus que ça – c’était peut-être même l’un des espoirs de grand renouveau de notre cinéma) notamment dans les années 90 avec des films comme le sublimissime -et encore inégalé à ce jour- métrage d’ Arnaud Desplechin La Sentinelle , et le non moins réussi Les Patriotes de Eric Rochant. Le passage à l’an 2000 n’aura cependant rien épargné sur son passage, pensez à Agents Secrets avec un certain couple people de l’époque, et vous aurez une idée de ce que le registre est devenu, à peu près aussi lamentable que ce que nous avons fait du registre policier malgré la superbe brèche ouverte par Bertrand Tavernier et son magnifique L 627. Il y avait donc de quoi se réjouir avec le retour d’Eric Rochant dans ce registre, cette fois-ci pour le petit écran, avec qui plus est un très très bon concept : une légende est en effet le terme employé pour désigner nos agents officiant à l’étranger sous de fausses identités – toutefois ce ne sont pas des recruteurs, juste des chasseurs de têtes – aussi suivons-nous le parcours de Guillaume Debailly (Matthieu Kassovitz) aka Malotru, de retour de mission mais avec quelques points restés en suspens qui font que ses supérieurs en viennent à douter de son intégrité, ainsi que la formation d’une jeune espionne (Sara Gireaudeau), domaine (la formation d’agents) où Rochant excelle merveilleusement – et il l’avait déjà bien prouvé avec Les Patriotes, mais redisons-le encore une fois, car le réalisateur réussit de nouveau à rendre cet univers mystérieux qui nous fascine autant qu’il nous effraie, absolument crédible et dont les protocoles-mêmes finissent mine de rien par dicter sa marche à suivre à la narration.

Bureau des légendes

Le découpage et la conduite du récit sont donc plutôt bien menés, mais là où ça devient vraiment stratosphérique (j’y peux rien, ça marche à chaque fois avec moi ce genre de trucs) c’est dès qu’on aborde les petits détails, notamment par exemple les noms de codes (« Malotru ? Enchanté, Moule à Gaufre. – oui, j’ai beaucoup entendu parler de vous.. »). Côté distribution, Sara Giraudeau s’en sort à merveille dans son rôle de fausse ingénue et Matthieu Kassovitz quand à lui se retrouve avec la part du lion, car tout le monde n’arrête pas de nous dire que c’est un crack, alors qu’il est la plupart du temps dans le registre de la retenue (voir carrément de l’anti-spectaculaire, il va plus volontiers se laisser casser la gueule plutôt que faire la démo du super-agent..). Sinon la trame principale concernant les amours de Malotru est plutôt agréable à suivre, les rebondissements sont je trouve plutôt bien envoyés (mais après tout que vaut mon avis ? Au bout des trois premiers épisodes d’Engrenages, j’avais failli me défenestrer de mon propre chef alors que tout le monde dit que c’est génial, donc bon..) et on se retrouve tranquillou bientôt à la fin après quelques beaux slaloms entre les figures imposées inhérentes au registre, mais sans réelle prise de risque non plus.. quand tout à coup, le miracle, le moment pataphysique de grâce ultime qu’on a pas vu venir, que l’on ne pouvait pas voir venir mais dont on aurait du se douter quand-même après une première performance de Jonathan Zaccaï (dans une très belle composition d’agent secret aussi maladroit que paranoïaque..) un moment de cinéma comme nous autres finalement sommes capables d’en produire et auquel il convient absolument de rendre justice : au cours d’une séquence de grande tension et de montage alterné (pas très loin du Révélations de Michael Mann, c’est pour dire, ou d’un truc qui se passerait à Wall Street) à propos de l’identification d’un agent, le personnage de Zaccaï se rappelle tout à coup d’un détail déterminant qui viendra débloquer à la dernière minute cette situation des plus .. cruciales : « ..il n’ a qu’une couille.. »..

le-bureau-des-legendes

.. « Il n’a qu’une couille » oui (enfin plutôt « yllakunekouill », dans le feu de l’action) – par cette réplique désormais intemporelle déclamée avec un aplomb qui force absolument le respect (il y aurait un article entier à écrire sur les fausses larmes à l’oeil de Jonathan Zaccaï, je le pense vraiment) par cette réplique disais-je et bien nous savons que CECI est la preuve que Paris sera toujours Paris, et en quoi quelque part nous résisterons toujours. Evidemment pour continuer de brouiller les pistes, la série retourne illico se faufiler derrière les standards habituels (notamment le twist de fin de saison, oulalà..) mais là pour le coup, « I want to believe ». Car grâce à cette magnifique scène je me suis retrouvé l’espace d’un instant projeté dans une autre (introuvable pendant longtemps) celle du repas de famille des colons français d’ Apocalypse Now – dont je n’ai jamais vraiment su au final s’il s’agissait ou non d’ une caricature (un peu comme ici). Mais nous avons en effet cette dignité de ne parler sérieusement que de ce qui en vaut la peine, et de ne plaisanter le reste du temps uniquement sur ce que nous sommes incapables de concevoir vraiment, et ça, ça c’est un petit peu notre flegme à nous, c’est pourquoi j’ai été un peu ému, je ne m’attendais pas à le retrouver, je ne l’avais plus revu depuis longtemps. Alors je ne sais pas trop ce qu’il y a espérer en terme de prise de risque, de regard sur le monde contemporain depuis les coulisses de ceux qui en tirent les ficelles (pour l’instant on s’intéresse surtout aux changements de costume) en tout cas je serais là si je peux pour une deuxième saison histoire de voir un peu quel genre de coup de Trafalgar on va bien pouvoir nous envoyer – appelez-ça de la curiosité malsaine, et il y a de ça, même si ça ne vaudra jamais un bon vieux 49-3..

 

MR ROBOT

..loin de moi l’idée de venir faire le rabat-joie, car après tout nous parlons ici du « sleeper-hit » de l’année, mais les influences respectives de Chuck Palanhiuk et de Brett Easton Ellis prennent un peu trop de place pour que l’on puisse à proprement parler de « grande révélation », les monologues monocordes du hacker font un peu trop écho à ceux du narrateur insomniaque de Fight Club et la figure de l’antagoniste yuppie renvoie fortement à celle autrement plus acide d’ American Psycho. Mais on ne peut pas enlever à la série une certaine force, celle de porter un regard féroce et lucide sur son époque et celle de parier sur la révolte de son temps – bien que l’on puisse avoir une petite pensée émue pour Utopia, autrement plus originale et bien plus subversive.

Quelque chose fait mouche en effet, quelque chose d’exemplaire, au travers de la figure d’Elliott, car les hackers sont définitivement les bandits-héros des temps modernes, et l’on ne peut que cautionner (envier, admirer) ce bel exemple de révolte du citoyen qui finalement, « agit à sa propre échelle » mais je ne sais pas non plus si la série aurait eu autant d’impact sans les pieds d’argiles de son héros, finalement bien de leur époque eux aussi, et je pense alors qu’on l’aurait traitée peut-être avec bien plus de condescendance. Le twist du trouble dissociatif (censé évoquer aussi une certaine attitude par rapport à la clandestinité) dans Fight Club n’enlevait cependant rien à la force de son propos, et c’est le cas également ici, en ce que les personnages ne sont pas non plus éternellement engoncés dans leur mal-être, ils évoluent et la série développe ainsi une notion intéressante autour de l’idée de  devoir composer avec l’ennemi . L’avenir nous dira jusqu’où la série s’avérera ou non «  de son temps ».

 

WAYWARD PINES

On a tremblé dès les premières images du trailer, puis dès les premiers épisodes : on craignait un mauvais rip-off de Twin Peaks, et on pouvait noter une proximité plus qu’alarmante avec Under the Dome. Quand les premiers symptômes apparents d’un quelconque mindfuck avec la temporalité se profilèrent ce fût ensuite le début de la grosse flippe à l’idée d’un mish-mash mal digéré de Lost, mais tout va bien, tout finit par s’expliquer, tout se tient sauf que si on ne connaît pas les romans originaux, on ne peut pas savoir. C’est un ressort important de l’intrigue aussi nous ne le spoilerons pas, sachez toutefois que contre toute attente, après ce déballage de références (presque toutes) prestigieuses, l’influence qui émerge entre toutes serait plutôt celle de la série culte de Patrick McGoohan, Le Prisonnier, et si vous me passez l’expression, ce n’est pas la moindre. Structures sociétales liberticides, endoctrinement de la jeunesse, débat sur la désobéissance civile et la notion d’engagement, M.Night Shyalaman continue de scruter (depuis son sublime The Happening, qui le temps aidant, apparaît de plus en plus comme un véritable Manifeste) avec acuité et pertinence les racines de notre civilisation consumériste. Le final peut paraître un brin précipité, mais c’est pour mieux rebondir vers une deuxième saison soigneusement préparée (s’éloignant totalement de la série de romans cette fois-ci) et assurément très prometteuse. Une vraie bonne surprise pour tous les amateurs de s.f et d’anticipation.

 
 

Retrouvez l’intégralité du récap ici

 

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