Un film en un plan: New-York 1997

 
 
 
 

Un certain jour de la mi-septembre 2001, un événement majeur changea la face du monde et donc logiquement celle du cinéma aussi. En effet, alors que l’affrontement final de Spider-Man impliquant les deux tours fût remanié et que le climax de Men in Black II changea également de lieu, Spike Lee, à l’inverse, parti quand à lui filmer les décombres du World Trade Center dans la 25ème heure. Un autre film fût aussi directement impacté, sauf qu’il était déjà sorti depuis tout juste 20 ans…

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New York 1997 (ou Escape from New York dans la langue de Matheson) montre dans son premier acte l’avion présidentiel en chute libre vers la grosse pomme, pour le coup bien infestée de vers, ses deux tours emblématiques dressées dans la nuit noire telles… telles deux tours dans la nuit noire ! En plus de lancer l’histoire, ce plan est déjà remarquable à plusieurs niveaux, que ce soit la qualité de ses effets visuels ou l’efficacité de sa composition toute en profondeur. Celle-ci met parfaitement en valeur l’espace mis en place par Carpenter ainsi que les enjeux du film en général. Le siège de la « ville qui ne dort jamais »  (mais semble désormais bien éteinte) est ici symbolisé par la présence du garde au premier plan. On peut noter l’inversement du dispositif mis en place dans Assault, où ce sont les forces de l’ordre qui sont cernées par les criminels. Air Force One vient s’enfoncer dans le champ, brisant, via la transversalité de sa trajectoire, les lignes horizontales de la composition, symboles d’un système apparemment bien huilé. L’avion lie ainsi le premier et deuxième plan, l’état et le « hors la loi », deux mondes qui devaient ne plus jamais se rencontrer. Carpenter montrera dans la suite du film que l’antagonisme de ces deux mondes n’est pas si simple et que, à l’image de Snake, son cultissime anti héros, le manichéisme n’a pas droit de cité ici. En effet, le cinéaste s’avère particulièrement critique dans la suite de ce western urbain dépeignant une Amérique glauque, en proie à la décadence mais aussi et surtout, en creux, au conservatisme et au puritanisme (sujet qui sera développé de manière beaucoup plus frontale dans son injustement décrié suite/remake Los Angeles 2013).

Pour en revenir à notre introduction historico-culturelle, vous l’aurez bien compris, difficile après 2001 de ne pas voir dans ce plan une prophétique mise en scène des attentats du 11 septembre. Robert Altman ira jusqu’à dire à Carpenter que les terroristes avaient sûrement dû voir son film pour planifier leur attaque. Visionnaire Big John ? Evitons quand même de revoir The Thing, l’Antre de la folie ou encore Prince des Ténèbres avec cette idée en tête afin d’espérer encore pouvoir dormir sur nos deux oreilles…

HollyShit

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About HollyShit

C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.