Critique: The Lobster

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The Lobster

de Yórgos Lánthimos

avec Colin Farrell, Angeliki Papoulia, Rachel Weisz, Léa Seydoux, Ben Whishaw, Michael Smiley

Grèce / Grande-Bretagne – 2015 – 1h58

Rating: ★★★★☆

TheLobsterHollyShit

Dans ce qu’on imagine être un futur proche, les célibataires sont contraints de se rendre dans un hôtel où ils ont 45 jours pour trouver l’âme sœur. Quotidiennement, des chasses aux « solitaires » (des dissidents se cachant dans les bois) sont organisées et permettent aux plus fins limiers de rallonger leur séjour. Mais une fois le délai passé, ceux qui n’auront pas trouvé chaussure à leur pied se verront transformés en l’animal de leur choix. David, récemment abandonné par sa femme, est donc conduit dans l’étrange établissement accompagné par son chien de frère. Il choisit d’être changé en homard au cas où sa quête amoureuse (autrement dit la recherche de son homard pour reprendre la métaphore de circonstance chère à Phoebe pour les fans de Friends) se solderait par un échec.

Voilà donc le programme pour le moins excentrique de The Lobster, premier film en langue anglaise du cinéaste grec Yórgos Lánthimos et prix du Jury du dernier festival de Cannes. Tandis qu’on pourrait s’attendre, face à un pitch aussi zinzin, à une farce loufoque (que ceux qui attendraient une métamorphose animalière se reportent plutôt sur Tusk !), The Lobster souffle le chaud et le froid, passant de l’humour absurde le plus grinçant à la cruauté la plus malsaine, et s’impose comme une fable aux métaphores vertigineuses. La dystopie mise en place permet effectivement de dresser un portrait au vitriol de notre société où l’épanouissement amoureux, réduit à la plus stricte fonction sociale, est érigé en véritable diktat et où le couple ne peut exister hors d’une concordance absolue et pour le moins narcissique. Le film étend sa problématique à la notion de conformisme, y compris dans un deuxième acte qui semblait pourtant renverser les règles du métrage. Tous ces questionnements sociologiques et philosophiques se déploient sans didactisme malgré une certaine opiniâtreté de Lánthimos et sauront interpeller chaque spectateur de façon toute personnelle.

Le cinéaste ôte à son casting 3 étoiles tout son glamour pour les réduire à des marionnettes apathiques, des personnages aliénés contraints de dissimuler leurs émotions : de Colin Farrell (tout en lunettes et en moustache et qui, pour l’occasion, a bien mangé à la cantine) à Rachel Weisz (dont la beauté se passe bien de maquillage) en passant par Ben Whishaw (en opportuniste boiteux) et John C.Reilly (en vieux garçon zozotant), Léa Seydoux (dont la platitude et la froideur de son jeu sont pour le coup particulièrement appropriées) ou encore Olivia Colman et Michael Smiley (toujours aussi savoureux que so british). Si on pourrait tenter de rapprocher le film de Lánthimos d’un Lars Von Trier, d’un Kubrick, d’un Bunuel, d’un Haneke ou encore du Truffaut de Fahrenheit 451, force est de constater que The Lobster déploie un univers et un ton qui n’appartient qu’à lui. Rien que pour cela, l’éprouvante expérience mérite d’être vécue et offre même de véritables moments de grâce pour s’achever malgré tout sur un final des plus ambigus qui semble refuser toute réponse définitive à la démonstration. Tout ça tiendrait donc en un seul mot : anticonformiste*.

*Un seul mot, c’était quand même un peu « just » pour une première critique.

Clem’ 

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About HollyShit

C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.