Chips-movie: Something Weird

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Something Weird

de Herschell Gordon-Lewis

avec  Tony Mc Cabe, Elisabeth Lee, William Brooker

Etats-Unis – 1967 – 1h20mn

Rating: ★★★★☆

Something weird

C’est vendredi et le monde étant ce qu’il est, peut-être n’avez-vous pas eu votre quota nécessaire de transcendance. Vous en avez marre des berceuses et de la désinformation, vous avez envie de passer aux choses sérieuses, de vous coltiner du solide, de voir un truc de ouf, un truc ..barré ?..eh bien eh bien sachez que Herschell Gordon-Lewis avait déjà pensé à vous en 1967 avec Something Weird. Délaissant quelque peu le registre qui a fait sa légende, le pape du gore délivre ici un film d’exploitation-somme, comme s’il s’était mis en tête de réunir en une fois tous les trucs à la mode de l’époque, et les panneaux clignotants à l’entrée du drive-in (« Girls ! Ghosts ! Karaté ! LSD ! CIA ! Supernatural ! Psycho-Killers !») ne manqueront pas d’apparaître sous vos yeux émerveillés une fois que je vous aurais détaillé le pitch , espérant vous avoir donné envie de voir un peu comment tout ce beau monde pourrait bien faire pour tenir ensemble.

Défiguré par un accident électrique le jeune Cronin Mitchell découvre qu’il a en contre-partie acquis quelques qualités paranormales (télépathie, télékinésie) ce qui ne l’empêche pas de rester un petit con, et vu l’état de son visage il se prend encore plus de rateaux que d’habitude  jusqu’à ce qu’il ne croise la route d’une sorcière toute droit sortie du Magicien d’Oz, Ellen, qui lui propose de rafistoler magiquement sa façade à condition qu’ils forment un couple. Le jeune homme accepte et ils prennent la route ensemble, ce qui n’est pas aussi idyllique que ce que l’on pourrait penser : tandis qu’Ellen apparaît aux yeux de tous comme une créature bombastique, lui continue de la voir sous sa réelle apparence du fait de ses nouveaux pouvoirs. Mitchell acquiert cependant une renommée croissante en qualité de médium, ce qui pousse la CIA à faire appel à lui pour essayer de mettre la main sur un tueur en série faisant des ravages dans une petite ville du Wisconsin.

Gordon-Lewis lorgne ostensiblement du côté des productions Corman (pour le côté  psychédélique, avec une très belle scène de prise de LSD où le héros entrevoit sa propre mort) sans se départir toutefois de la charge subversive habituelle qui le caractérise, notamment dans son rapport avec l’autorité avec un grand A, et malgré une vitrine un brin racoleuse, de par sa singularité le film continue d’être prisé dans les cercles les plus occultes de la cinéphilie. Force est d’admettre qu’ il a probablement du avoir un impact certain sur tout une génération d’artistes aujourd’hui consacrés : outre la scène d’attaque des couvertures de lit reprise par Wes Craven dans le premier Freddy-Les griffes de la nuit, on pensera notamment à l’atmosphère foutraque des romans de Tom Robbins, auteur de Skinny Legs and All  (roman sublime qui reste encore à découvrir) ainsi que de l’excellent Another Roadside Attraction  (enfin traduit en français il n’y a pas si longtemps) et aussi de Even Cow-Girls Get the Blues (adapté à l’écran par Gus Van Sant dans les années 90 – qui offre un rôle magistral à Uma Thurman, et un chouette caméo à William Burroughs, mais qui fait malheureusement complètement l’impasse sur la veine initiatique et spirituelle de son auteur). Enfin et surtout, on ne manquera pas de voir s’esquisser un drôle de parallèle avec le célèbre roman de Stéphane Roy, Zone Morte, qui emprunte au film l’une de ses sous-intrigues.

Le concept original viendrait d’un script du producteur James F.Hurley qui clamera plus tard que Gordon-Lewis a perverti sa vision du projet, et l’on peut se faire une idée de ses réelles ambitions artistiques avec The Psychic, réalisé en 1968, qui lui se coltine une réputation nanardesque absolument effroyable. Il se pourrait dès lors que Gordon-Lewis n’aie pas fait les plus mauvais choix en rajoutant un brin de frénésie créative et quelques unes de ses obsessions habituelles, concluant le métrage par l’un de ses twists un peu Twilight Zone dont il a le secret. Dans un sens Something Weird donne délicieusement l’impression d’être une sorte de Plan 9 from Outer-Space (même si dans un registre totalement différent) qui aurait  bien atterri !

 

        Nonobstant2000

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