Critique: Le complexe de Frankenstein [PIFFF 2015]

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Creature designers – the Frankenstein complex

D’Alexandre Poncet et Gilles Penso

Avec Phil Tippett, Rick Baker, Steve Johnson, les frères Chiodo, Tom Woodruff Jr, Guillermo Del Toro, Joe Dante, John Landis, Kevin Smith, Christophe Gans (ouais, ça pète !)

France – 2015 – 1h42

Rating: ★★★★★

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Il y a trois ans, le duo Gilles Penso et Alexandre Poncet nous gratifiait de l’excellent documentaire Ray Harryhausen, le Titan des effets spéciaux dans lequel ils parvenaient à faire une synthèse remarquable de l’incroyable carrière du génie des effets spéciaux via les entretiens d’une incroyable galerie de guests (Del Toro, Cameron, Jackson…) mais surtout du maître himself. Aujourd’hui, ils nous reviennent avec un nouveau documentaire, suite logique de leur premier effort, dans lequel ils ambitionnent d’étendre leur propos à l’ensemble des créateurs de créatures.

Après la sortie de Ray Harryhausen, Alexandre Poncet s’offre son premier voyage à Los Angeles et se retrouve logé pendant une semaine par Phil Tippett. Le cinéphile, bien connu des lecteurs de Mad Movies, est alors plongé dans l’antre du maître et commence à prendre photos et vidéos. Lorsqu’il rentre à Paris, avec un matériel déjà incroyable, il retrouve son compère Gilles Penso et décident ensemble de se lancer dans une nouvelle aventure au cœur du monde incroyable des effets spéciaux. Ils partent alors à la rencontre des plus grands artistes afin de dresser un tableau global de la création de monstre au cinéma.

Devant l’ampleur de la tâche, on pourra bien sûr noter quelques absents : Méliès (même si le père des effets spéciaux est quand même cité) et Benoît Lestang (pour faire les franchouillards !), Kevin Yagher, Carlo Rambaldi ou encore Tom Savini (cf le podcast en bas d’article pour ces deux derniers). L’exhaustivité est forcément impossible dans une telle entreprise et il faut au contraire saluer le formidable esprit de synthèse à l’œuvre, le film retraçant les grandes dates des effets spéciaux de créatures. Je fais la liste ? Allez, je fais la liste ! : Lon Chaney Jr, les Universal Monsters, Ray Harryhausen (inévitablement cité même si il faudra évidemment se reporter sur le premier doc pour plus d’infos sur lui et son mentor Willis O’Brien), Star Wars, Alien, Hurlements, Le loup garou de Londres, The Thing, Gremlins, Robocop, Abyss, Terminator 2, Jurassic Park, Starship Troopers, Le seigneur des Anneaux, Hellboy, Avatar. Néanmoins, la chronologie n’est pas l’axe central de la démonstration ni l’exhaustivité le principal souci des deux réalisateurs qui préfèrent interroger la question de la création elle-même via une structure fine qui privilégie avant tout l’émotion (qui transparaît également via le score très efficace composé par Alexandre Poncet lui-même).

Même si les connaisseurs n’apprendront pas forcément grand-chose (par contre pour les néophytes, le film sera la meilleure des entrées en matière !) à part quelques savoureuses anecdotes de plus, cela n’empêchera pas Le complexe de Frankenstein d’être toujours captivant. Il faut dire que les maquilleurs, grands enfants à la lueur de folie dans l’œil, savent donner vie à ce qu’ils racontent avec le même talent que pour leurs fantastiques créations, avec le même humour et la même passion. On peut citer Steve Johnson qui s’exprime tel Robert Downey Jr, le phrasé si singulier de Richard Taylor, le calme apparent du grand Rick Baker et la bonhommie d’un Phil Tippett aux allures de père noël (à la hotte extraordinaire !). Les réalisateurs ne sont pas en reste avec les propos toujours aussi profonds que limpides de Guillermo Del Toro, les interventions hilarantes de ce roublard de Kevin Smith et une interview en duo de John Landis et Joe Dante, revenant avec délice sur la joute artistique qui a pu opposer Hurlements et Le loup garou de Londres.

Si l’un de ces grands génies brille par son absence, même si toute une partie lui est logiquement consacrée, c’est l’immense Rob Bottin. Il n’interviendra pas ici et je vous conseillerais de vous reporter sur les passionnants bonus de The Thing tournés début 2000 pour voir le maître parler de son travail. Retiré du business depuis de longues années (sa dernière création remonte à un corps dans Fight Club), le Kid des effets spéciaux a été dégouté par la tournure prises par les effets spéciaux. En effet, c’est un événement majeur dépeint par le film : la mutation soudaine du métier avec Jurassic Park et l’avènement du numérique. Penso et Poncet ont l’intelligence de ne pas renvoyer dos à dos la prothèse et la synthèse mais dénoncent plus généralement le consensus  irraisonné des studios qui s’est fait autour de l’informatique. Après, on comprend bien vers quelle conception leurs cœurs (comme celui des créateurs) balancent, mais ceci pour une raison très simple : l’ordinateur semble paradoxalement élargir le champ des possibles mais bride l’apport créatif du responsable des effets spéciaux, du moins sa vision, celle-ci se développant loin des plateaux et se retrouvant ainsi à la merci de multiples modifications impromptues. Néanmoins, il est bien expliqué ici qu’il faudra toujours le talent d’un animateur pour créer un effet de synthèse. Loin de se clôturer sur ce constat amer, le documentaire insiste aussi sur une nouvelle révolution des effets spéciaux de plateau qu’on a hâte de voir pleinement à l’œuvre, peut-être dans le prochain Star Wars à en croire le making of déjà mis en ligne. Le réveil de l’animatronic ? Wait and see

Passionné et passionnant, inspiré et inspirant, Le complexe de Frankenstein saura donc séduire tous les publics et suscitera probablement des vocations. Le cinéma se construit à partir des rêves tout autant qu’il les créé et il est toujours fascinant de constater que découvrir ainsi l’envers du décor n’enlève rien à la magie de ses effets. Il ne reste dès lors qu’une chose à faire, découvrir au plus vite ce précieux documentaire.

Hollyshit

BONUS : N’hésitez pas à écouter ce podcast très intéressant sur le film mis en ligne par le PIFFF : http://soundcloud.com/pifff-podcast/pifffcast-06

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About HollyShit

C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.