Critique : La désintégration

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La désintégration

De Philippe Faucon

Avec Rashid Debbouze, Yassine Azzouz, Ymanol Perset

France – 2012 – 1h18

Rating: ★★★☆☆

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Ali est un jeune diplômé cherchant un stage pour débuter dans la vie professionnelle. Nasser est un jeune qui galère, il n’a pas de travail et déscolarisé, il erre dans sa cité dortoir. Quant à Hamza, c’est un converti qui se destine à obtenir un poste religieux dans la communauté musulmane. Tous trois rencontrent Djamel à la mosquée, lors d’une prêche, un homme plus âgé avec un certain charisme, qui tient certains propos sur les failles de la société…

5 ans après La trahison, un des rares films sur la guerre d’Algérie, Philippe Faucon évoque le djihadisme en France. C’est un des premiers réalisateurs sur ce sujet, si ce n’est le premier. Le récit commence avec la fête de l’aid el kebir où Ali, par geste d’humour, joue avec le voile de sa mère, pour finir dans l’effroi. En effet, par une sobriété qui est sa marque de fabrique, on est dans une réalisation proche du documentaire, on suit le quotidien quasi répétitif de ces trois jeunes dérivant vers l’aliénation où la spirale de la violence est précédée de la spirale de la colère et du rejet. Pour cela, c’est Ali, joué par Rashid (frère de Jamel) Debbouze, présenté comme le plus équilibré des trois jeunes – entouré d’une mère un grand frère et une petite sœur – qui est le métronome du récit et de la tension qui monte. Car il a un but simple : trouver un travail pour s’intégrer à la société. Alors d’une manière plus proche du drame que du thriller, on filme son enthousiasme qui disparaît peu à peu, sa volonté qui disparaît peu à peu, son visage qui se ferme de plus en plus, pour laisser une colère qui monte. De là, la mère prodigue des conseils en se référant à l’Islam (elle plaisante même à lui dire que ce n’est surtout pas lui qui va lui appendre la religion) quand ses frère et sœur le soutiennent socialement (le frère qui réconforte, la sœur qui plaisante aussi en disant que le seul truc à changer sur son curriculum vitae est son nom).

Mais cela ne calme pas la déception et le désarroi et surtout, cette quête de travail qui ne marche fait apparaître le rejet. Le rejet est portail de la colère et de la frustration, d’ailleurs la frustration devient figuration quand Ali prend un travail d’ouvrier prolétaire tout en arrêtant ses recherches de travail digne de son diplôme (le quotidien devient par conséquent de plus en plus aliénant). Ces sentiments font le pain béni des extrémistes religieux. Car être rejeté, peut être la perception de n’être reconnu par l’autre, de ne pas être compris, pas comme dans une crise d’adolescence. Pour préciser cela installe cette idée violente et viscérale qu’on ne fait pas partie de la société, qu’on ne fait pas partie de la majorité des gens. D’où le discours des enrôleurs djihadistes qui les font se sentir dans une communauté, la vraie et unique communauté, celle élue par Allah. Ces enrôleurs qui disent qu’ils sont les seuls à les comprendre. Comprendre, un mot qui fait du bien, « Je vous ais compris » de Charles de Gaulle au peuple de l’Algérie française a occulté tout le reste de son discours par exemple et avait calmé au départ les ardeurs. Car la caractéristique thriller du film se trouve dans la manipulation de Djamel, Iago des temps modernes toujours calme et monotone mais habité à chacun de ses propos énoncés. Surtout c’est qu’aucun de ces trois jeunes est présenté au début comme à la fin comme un psychopathe en puissance, un être aux pulsions meurtrières voire un cauchemar sur pattes. Il en existe des profils de ce genre dans les cités dortoirs, malheureusement, mais au départ ils n’adhéraient pas au djihad, maintenant c’est le profil le plus présent, des pratiquants de la violence nihiliste. « La religion ne transforme pas les hommes en criminels, ce sont les criminels qui utilisent la religion comme alibi de leur soif de pouvoir. » a dit le Dalaï Lama.

Thiller dramatique tout en sobriété et en économie (des décors, des dialogues) pour ne pas dire épuré, La désintégration  réfléchit sur qui est l’autre et du défi d’essayer de le comprendre. Même si l’autre n’est que son voisin, tout autant citoyen que nous et qui a eu le même parcours.  Car Ali, Nasser et Hamza sont des jeunes étant nés, grandis et instruits en France. Tentez un coup d’œil en attendant la sortie prochaine de Made in France de Nicolas Boukhrief, s’il sort un jour…

Cet article est dédié à  notre couple star/rédacteurs en chef  Lullaby Firefly/The Vug toutes les victimes du terrorisme international de par le monde : Congo-Kinshasa, Congo-Brazaville, Mali, Nigéria, Kenya, Lybie, Liban, Egypte, Syrie, Irak, Afghanistan, Yémen, Inde, Pakistan etc. j’en oublie et je m’en excuse.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…